Enfin le no 5 porte inscrit sur son guidon «Maud» avec la devise «Comme je trouve».
Tous les hommes furent ensuite réunis pour l’inspection et pour entendre la lecture de l’ordre de marche.
Tous les préparatifs étant terminés, le départ fut définitivement fixé au lendemain soir à 6 heures. Le traîneau de Saint-Michel fut ensuite chargé, et les officiers reçurent leurs instructions.
CHAPITRE VI.
La retraite.
Le premier jour de la retraite.—Les difficultés commencent dès le début.—Les suites d’un malentendu.—Première crevasse dans la glace.—Un travail pénible.—L’été est la plus mauvaise saison pour voyager sur les glaces de l’Arctique.—Misère des naufragés pendant cette saison.—Quelques-uns d’entre eux se sont chargés d’objets non portés sur la liste réglementaire.—Conséquences de cette infraction.—On traverse, en radeau de glace, les ouvertures qui se sont produites dans la glace.—État des malades.—Notre première bonne journée.—Notre ordre de marche.—Marchant au sud et s’en allant au nord.—Pénible découverte.—Changement de direction.—Pourquoi nous redoutons les crevasses dans la glace.—Danenhower demande avec insistance à prendre part aux travaux de la retraite.—Motifs de mon refus.—Le soleil, le brouillard et la pluie alternativement.—La retraite continue.—Les bons et mauvais jours se succèdent.—Les aiguilles de glace.—Première vue de la terre.—Un ours.—Je vois distinctement la terre.—Quelle est cette terre?—Espoir de trouver la mer libre.—Plus de semelles de bottes.—M. Collins tue un phoque.—Mieux dîné que chez Delmonico.—Un autre phoque.—Nouveau festin.—Chipp rayé de la liste des malades.—Approche de la terre.—Difficultés pour atteindre le rivage à travers les glaces flottantes.—Changements à vue.—Alternatives de pluie, de brouillard et d’éclaircies.—Le vent fait rage.—Enfin nous mettons le pied à terre.—Prise de possession de l’île Bennett au nom des États-Unis.
Le lendemain, le capitaine de Long prépara une relation du voyage de la Jeannette, racontant tout ce qui était arrivé à ce malheureux navire, et mentionnant la découverte des îles Jeannette et Henrietta, etc. Dès que cette relation fut terminée, elle fut enroulée et cousue dans une feuille de caoutchouc noir qu’on plaça dans un bidon vide, lequel était destiné à rester sur la glace près du lieu de la catastrophe.
A 5 heures du soir, continue le journal de de Long, eut lieu un nouvel appel général des hommes, qui fut suivi du souper, que désormais nous appellerons déjeuner. Ce repas fut aussi bref que possible. L’ordre de lever le camp fut ensuite donné à 6 heures moins 10 minutes; mais, quoique le départ fût fixé à 6 heures précises, il était 6 heures 20 quand on se mit en route. Tous les hommes valides partirent alors avec le premier canot, tandis que les chiens conduits par Anequin faisaient de vains efforts pour les suivre avec le traîneau no 1. Le canot marcha sans trop de difficultés, mais le poids du traîneau était au-dessus des forces de nos chiens. Nous étant arrêtés un instant, nous revînmes leur prêter la main afin de les tirer d’une ornière profonde où ils étaient tombés; mais il fallut bientôt se rendre à l’évidence: la besogne était trop lourde pour ces pauvres bêtes. Je détachai donc six hommes du premier canot et je revins avec eux pour prendre le traîneau. Ce malheureux incident fut cause de tous les ennuis qui vinrent nous contrarier pendant la première journée.
La veille, j’avais envoyé M. Dunbar pour indiquer, au moyen de guidons noirs, la route que nous devions suivre pendant notre première étape. A son retour, je ne vis que trois de ces guidons et ne supposai pas qu’il pût y en avoir davantage. Melville, expédié en avant pour transporter les vivres de la journée, laissa ceux-ci, comme je le lui avais dit, au troisième guidon; mais quand arriva le premier canot, Dunbar leur fit remarquer qu’il existait un quatrième guidon, lequel indiquait la fin de l’étape du premier jour. Naturellement je ne pouvais être partout, sur une longueur d’un mille et demi, de sorte que Melville ignorant quelle était mon intention s’en rapporta à ce que lui disait Dunbar et se remit en marche avec le premier canot, laissant les vivres près du troisième guidon.