A la vérité, nous avons déjà donné les motifs qui avaient forcé Melville à se rendre à Yakoutsk, d’après une de ses lettres que nous avons reproduite antérieurement; néanmoins, nous croyons devoir reproduire encore un dialogue entre M. Jackson et le lieutenant Danenhower, dans lequel celui-ci explique les raisons qui ont guidé l’ingénieur Melville, non-seulement quand il est revenu à Yakoutsk, mais aussi quand il a pris le moins grand nombre possible de ses compatriotes pour opérer ses recherches. Voici donc textuellement ce dialogue:

—Pourquoi Melville vint-il à Yakoutsk, au lieu de continuer les recherches?

—Ceci est une longue histoire. En arrivant, il nous dit qu’il était venu pour chercher des renforts et demander le concours des autorités russes, ajoutant qu’en quittant Boulouni, il avait laissé des instructions au commandant de cette localité pour que, pendant son absence, il continuât les recherches dans la région déserte, où il avait trouvé les traces de la troupe du capitaine.

Au premier janvier tous les membres de notre troupe se trouvaient donc réunis à Yakoutsk.

—Dans quelles conditions étaient les hommes?

—La plupart étaient bien portants. Nous étions trois invalides seulement. J’avais l’œil gauche complètement hors service, et le droit affecté par sympathie. Cole était fou, il devait être étroitement surveillé; enfin Leach, ayant les pieds gelés, était incapable de faire quoi que ce soit de pénible.

—Et pourquoi les autres n’ont-il pas été emmenés pour faire des recherches en hiver?

—La plupart eussent été plus nuisibles qu’utiles, car ils ne pouvaient se faire comprendre et on aurait eu à les faire suivre par des indigènes. Vous ne pouvez vous imaginer combien l’homme blanc en général est inutile en pareille circonstance. Il n’est pas même capable de prendre soin de lui-même et il est obligé de s’en rapporter aux autres pour cela. L’homme blanc, au reste, ne peut résister à la rigueur extrême du froid de cette région.

—Quand Melville quitta-t-il Yakoustk?