—Le 27 janvier.
—Alors il y passa trente jours?
—Oui, en préparant l’expédition du printemps.
—Qui prit-il avec lui?
—Bartlett et Ninderman—Ninderman, parce qu’il était un de ceux qui avaient vu le capitaine en dernier lieu; et Bartlett parce qu’il avait appris quelques mots de russe, et pouvait très bien aller avec les indigènes.
—Pourquoi ne prit-il pas Noros aussi?
—Il ne désirait pas avoir Noros. A Yakoutsk, Melville reçut la première dépêche du secrétaire de la marine, lui ordonnant d’envoyer, sous un climat plus doux, les malades et ceux qui avaient les membres gelés. C’est pourquoi il m’ordonna de partir avec toute la troupe pour Irkoutsk et de gagner les rivages de l’Atlantique. En arrivant ici, je reçus l’ordre de rester et de continuer les recherches; mais j’étais complétement incapable de le faire. Après les longues émotions de notre vie dans le nord, mes yeux commençaient à s’inquiéter, ce qui me faisait souffrir de plus en plus; ayant ensuite eu froid pendant notre voyage en traîneau d’Yakoutsk à Irkoutsk, je fus forcé d’avoir recours aux soins d’un homme de l’art. Les deux oculistes que je consultai à cet égard me dirent que mon œil gauche était perdu et devrait être extrait pour empêcher l’œil droit d’être constamment affecté, ils me défendirent de lire et d’écrire, et me conseillèrent de rester ici jusqu’à ce que l’état de mon œil droit se fût amélioré. Au début, les consultations des oculistes furent très encourageantes au sujet de mon œil droit, et c’est pourquoi je proposai d’affréter le steamer la Léna, afin d’aller, au printemps, à la recherche de Chipp. Je demandai aussi deux officiers pour concourir à cette recherche, pensant que si l’œil droit venait à me faire défaut, quelqu’un se trouverait là pour prendre ma place.
—Que pensez-vous du sort de de Long et de sa troupe?
—Melville m’a raconté tous les détails de son excursion de vingt-trois jours. Il m’a dit qu’il avait suivi les traces de de Long et de ses compagnons jusqu’à la station de chasse établie pour l’été, à un endroit nommé Sisteraneck, sur la rive occidentale de la Léna, et que ces malheureux doivent se trouver quelque part entre cette station et Bulcour. Aucun de ces endroits n’est marqué sur les cartes ordinaires.
—Pensez-vous qu’ils soient encore vivants?