Il poursuivit sa route vers le sud jusqu’au 28 septembre, jour où il arriva à l’extrémité méridionale de la péninsule. Il résolut alors d’attendre que la rivière soit prise par les glaces. Ce ne fut que le 1er octobre, qu’il réussit à franchir la Léna, pour gagner la rive occidentale, ainsi qu’on le trouve mentionné dans son dernier record. A ce moment, de Long semble avoir passé près d’un endroit où il aurait pu trouver de la nourriture et des gens qui auraient pu lui fournir des secours. On a, en effet, trouvé depuis, seize rennes pendus dans une hutte à quelques milles seulement de la route qu’il avait dû suivre avec ses gens.
Il passa aussi à une distance de cinquante verstes d’un village indigène, comptant une centaine d’habitants. Malheureusement, il insista toujours pour tenir ses gens groupés ensemble, diminuant ainsi ses chances de trouver du secours. Noros et Ninderman indiquent Titary, sous 71° 53´ de latitude, comme le point où ils quittèrent le reste de la troupe. C’est probablement une erreur. Cette place est indiquée sur les cartes sous le nom de Ow Titary, abréviation de Ostrew ou Ostroff, qui signifie île. Dans une entrevue que je viens d’avoir avec Noros, celui-ci désigne l’île rocheuse au milieu de la Léna, près de laquelle il se sépara avec Ninderman du reste de la troupe, sous le nom d’Ostralva ou Stallboy, mots qui doivent être simplement leur manière de rendre le mot ostroff ou île; cette île, d’après le récit de Noros, devrait être placée plus au nord, sur la rivière. Melville la place dans une aire de quatre-vingts milles, entre les deux localités qu’il nomme Sisteranek et Bulcour. Cette dernière station est celle où Noros et Ninderman furent rencontrés, mais je crois que Noros, en rapprochant ce point, est plus précis.
Passons maintenant à ce qui a été fait pour trouver de Long et ses gens. Melville s’est hâté, ainsi que je l’ai dit, de se rendre à Boulouni pour y voir Noros et Ninderman. Il y arriva le 2 novembre. Il rencontra le commandant et Danenhower à Kumah-Surka-Seraï[3], sur la rive orientale de la Léna. Ce point est une station de rennes à environ trente verstes de Kumah-Surka, qui est indiqué sur les cartes. Là, Melville tint conseil avec Danenhower, et dit qu’il pourrait rester absent pendant une trentaine de jours. La même nuit, il partit pour Kumah-Surka, sur la rive gauche, et le lendemain prit le chemin du nord avec deux indigènes et deux attelages de chiens. Il visita Bulcour, l’endroit où Noros et Ninderman avaient été trouvés par les Tongouses, et qui se trouve sur la rive gauche de la Léna, à quelques centaines de milles de Kumah-Surka. C’est une petite station de chasse. Il visita le «rocher d’Ostalva», qui gît au nord de Bulcour, ainsi que plusieurs huttes sur la rive occidentale. Il alla ensuite à l’endroit appelé Upper-Boulouni, dont on n’avait jamais entendu parler auparavant, et qui ne se trouve point indiqué sur la carte. Ce point est à environ vingt-cinq verstes de l’Océan. En y arrivant, il y trouva un record du capitaine de Long, et il apprit qu’il en existait deux autres dans le voisinage. Il les envoya chercher et on les lui rapporta au bout de quelques heures. Par ces records, Melville apprit le point de la côte où de Long et ses compagnons avaient abordé. Il s’y rendit et trouva les livres de loch et les instruments laissés sur le rivage. Suivant ensuite la rive droite en remontant le fleuve, dans le but de ne pas perdre la trace du capitaine, il visita plusieurs huttes où celui-ci s’était arrêté avec son monde. Il passa ensuite sur la rive gauche, et gagna un lieu appelé Sisteranek, qui n’est pas indiqué sur la carte, et près duquel il comptait trouver la hutte où est mort Erickson. A ce moment, le temps était extrêmement mauvais, suivant le rapport de Melville, et les chiens, aussi bien que les Tongouses, refusèrent d’avancer, de sorte qu’il dut revenir à Boulouni. De Boulouni il vint à Yakoutsk, prétendant avoir besoin de nombreux auxiliaires pour continuer ses recherches.
Comme il a suivi les traces de de Long jusqu’à Sisteranek, et que Noros et Ninderman ont été rencontrés à Bulcour, Melville pense que le capitaine se trouve quelque part entre ces deux points, distants l’un de l’autre d’environ quatre-vingts milles. Cette région est déserte et dépourvue de gibier; au printemps, elle est sillonnée par d’énormes masses de glaces entraînées par les flots grossis de la Léna à la suite de la fonte des neiges.
Melville croit que la troupe de de Long s’est éloignée de la rive du fleuve dans la direction des montagnes.
On trouvera les localités indiquées ici, sur la carte adressée au département de la marine, que je ne peux, jusqu’à présent, taxer d’inexactitude; quant aux cartes publiées antérieurement, je peux le faire sans crainte d’être démenti.
Voici maintenant les rapports écrits de la main de de Long, qui ont déjà été trouvés:
«Delta de la Léna, 19 septembre.
»Les personnes ci-dessous dénommées, appartenant à l’équipage du navire la Jeannette, (lequel a coulé bas dans les glaces, le 12 juin 1881, par 77° 15´ de latitude nord et 155° longitude est), ont pris terre en ce lieu, le 17 courant au soir, et partiront à pied, cette après-midi, pour essayer d’atteindre une station sur le fleuve Léna.
»George W. de Long,