Ce voyage en traîneau est probablement sans égal, c’est le plus rapide qui soit connu (quatre cent cinquante verstes, soit 300 milles par jour.)
La malle russe met seize jours pour faire le chemin entre les deux capitales, quand les routes de glace sont en bon état. Au printemps, quand on est forcé de prendre les routes des montagnes pour éviter les chemins inondés, près d’un fleuve, la malle est souvent six semaines en route. En été on peut faire ce trajet entier en bateau, excepté toutefois sur une distance de cent cinquante verstes d’Irkoutsk à Kashugskoë. Il y a quelquefois aussi un service à vapeur jusqu’à Yakoutsk et à 1,300 verstes plus loin. En hiver, les traîneaux seuls sont possibles.
La Léna prend sa source dans les montagnes situées au nord-est et tout près du lac Baïkal. On peut la parcourir en traîneau, à partir de Kashugskoë, la première station avant d’arriver à Verkolensk, qui est à peu près à deux cent cinquante verstes d’Irkoutsk. Cette partie de voyage présenta pour moi plus de difficultés que le reste du trajet, la neige étant fondue, les chevaux n’en pouvaient plus à force de tirer les traîneaux sur la terre nue. A Kashugskoë commençait le chemin fait pour les traîneaux. La Léna, à cet endroit, est large de près de trois cents mètres, et le courant y est extrêmement rapide.
La première ville importante est Verkolensk, qui a mille habitants et, comme capitale de l’Uyezd, est gouvernée par un ispravnik, chez qui j’ai obtenu un permis de réquisitionner, en cas de besoin, les chevaux des particuliers.
Mille verstes plus loin, je trouvai Kirensk, ville importante, et tête de station des bateaux à vapeur. Là, la Léna reçoit comme tributaire la Vitim et poursuit son cours considérablement augmenté.
Encore 450 verstes, et l’on atteint Noktuish, d’où une route plus directe mène à l’embouchure de la Léna, par Ghigansk et plus courte de mille verstes que celle d’Yakoutsk.
J’aurais donc désiré prendre cette route, mais comme il était possible que je reçusse des nouvelles de Melville à Yakoutsk, il ne m’a pas semblé prudent de suivre ce chemin, plus court cependant.
Plus loin, à 250 verstes environ, se trouve Oleminsk, ville de 500 habitants. La Léna reçoit en cet endroit l’Olekma, qui prend sa source près de l’Amur et atteint alors une largeur de deux à trois milles. Enfin on arrive à Yakoutsk après un trajet de 650 verstes.
Yakoutsk est l’ancienne capitale de la province de ce nom. Je dis ancienne, car c’est en l’an 1532 que les Cosaques, descendants du fameux Yermak, et vainqueurs de la Sibérie, s’établirent solidement à l’endroit où se trouve maintenant Yakoutsk.
Les voyages sur la Léna s’accomplissent aujourd’hui avec une facilité relative; les stations de poste étant installées à 15 ou 20 verstes les unes des autres, et leur nombre étant à peu près de 120 entre Irkoutsk et Yakoutsk. On peut s’y procurer des chevaux et de la nourriture composée de pain noir, de viande, une fois par semaine, de lait quelquefois, mais d’œufs jamais.