CINQUIÈME PARTIE


LA CATASTROPHE.


CHAPITRE XI.

Découverte de la troupe de de Long.

M. Melville arrive à Boulouni.—Sa première dépêche.—Arrivée à Cath Cartha.—Voyage de Melville au cap Bykoff pour s’y procurer des chiens et du poisson.—Quelques détails sur Cath Cartha.—Un hiver extraordinairement rigoureux.—Des indigènes morts de froid.—Dépêche du 24 mars.—Premiers détails sur la découverte des cadavres de de Long et de ses compagnons.—Liste des hommes retrouvés.—Lettre de M. Jackson.—Nouveaux détails sur la découverte de de Long et de ses hommes.—Sépulture.—Description du mausolée.—Premiers détails sur les recherches faites pour retrouver le lieutenant Chipp et les hommes du canot no 2.

Maintenant que nous connaissons dans tous ses détails l’histoire de la Jeannette, son emprisonnement et sa détention de vingt et un mois au milieu des glaces, l’abandon de ce malheureux navire par son équipage, qui, lui-même, est obligé d’opérer une retraite de près de cinq cents milles sur la glace et vient périr dans le delta de la Léna avant que toutes les mains qui lui sont tendues d’Europe comme d’Amérique aient pu lui porter secours, qui, selon toute probabilité, disparut à tout jamais dans les flots de l’Océan Glacial, il est temps de revenir à celui que nous avons vu se dévouer pour retrouver au moins les restes de ses infortunés compagnons. La dépêche du 24 mars nous a déjà appris que cet homme courageux a réussi dans une partie de sa lugubre entreprise, mais jusqu’ici, nous n’avons pas encore raconté les circonstances dans lesquelles il a fait sa triste découverte. Nous avions quitté Melville à la fin de janvier au moment où les préparatifs de sa seconde campagne dans le delta étant terminés, il venait de reprendre la route du nord. Nous allons maintenant le suivre dans cette nouvelle expédition, sans toutefois nous arrêter à noter les incidents du voyage jusqu’à Boulouni. Nous dirons seulement qu’en passant à Verschoyansk il avait emmené avec lui le préfet de cette ville qui devait lui rendre de grands services au milieu des indigènes, comme il le racontera lui-même dans ses lettres et dans ses dépêches. C’est, au reste, de Boulouni que sont datées les premières nouvelles envoyées par lui, depuis son départ, au secrétaire de la marine à Washington, dans la dépêche suivante:

Boulouni (Sibérie orientale), 20 février 1882.

A l’honorable secrétaire de la marine, Washington.