J’ai l’honneur de vous informer que mes gens et moi sommes arrivés heureusement à Cath Cartha (quatre huttes de boue), après nous être trouvés séparés pendant quinze jours. Je suis, en effet, allé au cap Buchoff payer les quelques petites dettes que j’avais contractées en cet endroit, et en même temps acheter cinq mille poissons pour notre nourriture. Je m’y suis, en outre, procuré d’autres attelages de chiens pour mes gens et pour transporter nos provisions.

Je suis arrivé au cap Buchoff le 24 février et j’y ai été retenu jusqu’au 6 mars par un mauvais temps continuel. C’est le plus mauvais que j’aie jamais vu. Sept attelages que j’avais envoyés pour transporter notre troupe sont revenus au bout de quinze jours après avoir perdu leur chemin pendant une tempête de neige. Six chiens étaient morts de froid et d’épuisement. Les conducteurs également avaient le visage terriblement maltraité par le froid, et au retour ils ont refusé d’entreprendre un nouveau voyage avant que le temps ne soit plus favorable.

Cath Cartha se trouve à cinq verstes environ au sud d’Usterda, le dernier point où l’on ait trouvé des preuves authentiques du passage de de Long, dans sa marche vers le sud. Aussitôt que j’aurai suffisamment de poissons et trois attelages de choix, mes trois partis de recherche commenceront sérieusement leurs opérations.

A part quelques visages mordus par le froid, quelques pieds et quelques mains endoloris par la même cause, j’ai le plaisir de vous annoncer que nous sommes tous bien portants, et, malgré ces misères, tous en état d’accomplir notre devoir.

Le préfet de Porkiransk (Verschoyansk?) Carolampi, N. Epatetiuff retourne en ce moment à Perkansk (Verschoyansk?) après nous avoir rendu de réels services, en nous procurant des moyens de transports (chiens et conducteurs) du poisson et d’autres provisions.

Ma troupe est composée comme suit:

G. W. Melville, aide-ingénieur; W. G. F.-Ninderman, marin; James W. Bartlett, T. M. Greenbeck, pilote de rivière et interprête; Constantin Baboukoff, interprête pour l’allemand, le français, le russe et le yakoute; Pierre Kolenkin, sergent cosaque; Ivan Portnyagin et sa femme (Yakoutes), cuisiniers porteur d’eau et de bois; Yaphem Krapolloff, exilé russe, homme de peine. Nous sommes donc en tout neuf personnes, non compris les conducteurs de traîneaux qui doivent changer avec les contrées où nous opérerons nos recherches.

J’ai l’honneur.....

G. W. Melville,

Aide-ingénieur de la marine des Etats-Unis.