Le préfet de Verchoyansk qui m’a accompagné jusqu’ici retourne chez lui, en emportant nos lettres. Désormais, je n’aurai plus de moyen, si ce n’est par exprès, d’envoyer de nouvelles à Yakoutsk, avant la débâcle du fleuve, il peut donc arriver que vous n’entendiez plus parler de moi d’ici l’automne. Toutefois, s’il survenait quelque événement important, vous pouvez être assuré que j’enverrais un courrier spécial jusqu’à Irkoust.

George W. Melville.

Cependant M. Melville ne devait point attendre la fin de l’automne pour faire parvenir de ses nouvelles.

Le 5 mai, arrivait en effet à Irkoutsk la dépêche suivante, que le lecteur connaît déjà:

Delta de la Léna, 24 mars 1882.

J’ai trouvé le lieutenant de Long et ses compagnons tous morts.

Tous les livres et papiers ont été trouvés également.

Je reste, afin de poursuivre mes recherches et trouver le parti du lieutenant Chipp.

Melville.

Avec son laconisme ordinaire le télégraphe n’apportait rien de plus. Après cette dépêche on savait qu’ils étaient tous morts, et les parents, les amis de ces malheureux n’avaient qu’à prendre le deuil. Mais où étaient-ils morts? et comment les avait-on retrouvés? pas un mot. Quelqu’un? quelque indigène à demi barbare. Avait-il assisté à leur agonie pour venir dire au monde civilisé, qui tout entier s’intéressait au sort de cette héroïque phalange, comment elle avait péri? M. Melville avait-il au moins trouvé quelque document qui permît de retracer les péripéties du drame terrible qui venait de se passer dans le delta de la Léna? Rien, pas un mot de plus. Tous morts: les livres et les papiers ont été trouvés.