LETTRE DE SAINT REMI A CLOVIS,
au sujet de la mort de sa sœur Alboflède.

Au seigneur illustre par ses mérites, le roi Clovis, Remi évêque.

Je suis vivement affligé de la tristesse que vous inspire la perte de votre sœur, de glorieuse mémoire, Alboflède[293]. Mais nous pouvons nous consoler, parce qu'elle est sortie de ce monde si pure et si pieuse, que nos souvenirs doivent lui être consacrés bien plutôt que nos larmes. Elle a vécu de manière à laisser croire que le Seigneur, en l'appelant aux Cieux, lui a donné place parmi ses élus. Elle vit pour votre foi; si elle est dérobée au désir que vous avez de sa présence, le Christ l'a ravie pour la combler des bénédictions qui attendent les vierges. Il ne faut pas la pleurer maintenant qu'elle lui est consacrée, maintenant qu'elle brille devant le Seigneur de sa fleur virginale, dont elle resplendit comme d'une couronne récompense de sa virginité. A Dieu ne plaise que les fidèles aillent pleurer celle qui mérita de répandre la bonne odeur du Christ, afin de pouvoir, heureuse médiatrice, appuyer efficacement leurs demandes. Bannissez donc, seigneur, la tristesse de votre âme; commandez à votre affliction, et, vous élevant à de plus hautes pensées, pour ramener la sérénité dans votre cœur, donnez-vous tout entier au gouvernement de votre royaume. Qu'une sainte allégresse reconforte vos membres; une fois que vous aurez dissipé le chagrin qui vous assiége, vous travaillerez mieux au salut. Il vous reste un royaume à administrer, à régir, sous les auspices de Dieu. Vous êtes le chef des peuples, et vous tenez en main leur conduite. Que vos sujets ne voient pas leur prince se consumer dans l'amertume et le deuil, eux qui sont accoutumés, grâce à vous, à ne voir que des choses heureuses. Soyez vous-même votre propre consolateur, rappelez cette force d'âme qui vous est naturelle, et que la tristesse n'étouffe pas plus longtemps vos brillantes qualités. Le trépas récent de celle qui vient d'être unie au chœur des vierges, réjouit, j'en suis sûr, le monarque des cieux.

En saluant votre gloire, j'ose vous recommander mon ami le prêtre Maccolus que je vous adresse. Excusez-moi, je vous prie, si, au lieu de me présenter devant vous, comme je le devais, j'ai eu la présomption de vous consoler en paroles. Néanmoins, si vous m'ordonnez par le porteur de cette lettre de vous aller trouver, méprisant la rigueur de l'hiver, oubliant l'âpreté du froid, ne regardant pas aux fatigues de la route, je m'efforcerai, avec le secours du Seigneur, d'arriver jusqu'à vous.

Traduction de MM. Collombet et Grégoire. (Le texte est dans Duchesne, Script. Francor., 1, 849.)

LA LOI SALIQUE.
Prologue.

Les Franks, peuples fameux, réunis en corps de nation par la main de Dieu, puissants dans les combats, sages dans les conseils, fidèles observateurs des traités, distingués par la noblesse de la stature, la blancheur du teint et l'élégance des formes, de même que par leur courage et par l'audace et la rapidité de leurs entreprises guerrières, ces peuples, dis-je, récemment convertis à la foi catholique, dont jusqu'ici aucune hérésie n'a troublé la pureté, étaient encore plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie, lorsque, par une secrète inspiration de Dieu, ils sentirent le besoin de sortir de l'ignorance où ils avaient été retenus jusqu'alors et de pratiquer la justice et les autres devoirs sociaux. Ils firent en conséquence rédiger la loi salique par les plus anciens de la nation, qui tenaient alors les rênes du gouvernement. Ils choisirent quatre d'entre eux, nommés Wisogast, Rodogast, Salogast et Widogast, habitant les pays de Salehaim, Bodohaim, Widohaim, qui se réunirent pendant la durée de trois assises, discutèrent, avec le plus grand soin, les sources de toutes les difficultés qui pouvaient s'élever; et traitant de chacune en particulier, rédigèrent la loi telle que nous la possédons maintenant.

A peine le puissant roi des Franks, Clovis, eut-il été appelé, par une faveur céleste, à jouir, le premier de sa nation, de la grâce du baptême; à peine Childebert et Clotaire eurent-ils été revêtus des marques distinctives de la royauté, qu'on les vit s'occuper à corriger les imperfections que l'expérience avait fait découvrir dans ces lois.

Gloire aux amis de la nation des Franks! que le Christ, le souverain des rois, veille sur les destinées de cet empire; qu'il prodigue à ses chefs les trésors de sa grâce; qu'il protége ses armées, et fortifie ses peuples dans la foi chrétienne; qu'il leur accorde des jours de paix et de bonheur!

C'est, en effet, cette nation qui, forte par sa vaillance plus que par le nombre de ses guerriers, secoua par la force des armes le joug que les Romains s'efforçaient d'appesantir sur elle; ce sont ces mêmes Franks qui, après avoir reçu la faveur du baptême, recueillirent avec soin les corps des saints martyrs que les Romains avaient livrés aux flammes, au fer et aux bêtes féroces, et prodiguèrent l'or et les pierres précieuses pour orner les chasses qui les contenaient.