RICHESSES DE LUERN, ROI DES ARVERNES.
Environ 150 av. J.-C.

Posidonius, détaillant quelles étaient les richesses de Luern, père de ce Bituite que les Romains tuèrent, dit que pour capter la bienveillance du peuple, il parcourait les campagnes sur un char, répandant de l'or et de l'argent à des milliers de Gaulois qui le suivaient. Il fit une enceinte carrée, de douze stades, où l'on tint, toutes pleines, des cuves d'excellente boisson, et une si grande quantité de choses à manger, que pendant nombre de jours ceux qui voulurent y entrer eurent la liberté de se repaître de ces aliments, étant servis sans relâche. Une autre fois, il assigna le jour d'un festin. Un poëte de ces peuples barbares étant arrivé trop tard, se présenta cependant devant lui et chanta ses vertus, mais versant quelques larmes de ce qu'il était venu trop tard. Luern flatté de ces éloges, se fait donner une bourse pleine d'or, et la jette au barde, qui courait à côté de lui. Le poëte la ramassant, le chante de nouveau, disant que la terre où Luern poussait son char devenait sous ses pas une source d'or et de bienfaits pour les hommes.

Athénée, le Festin des philosophes, liv. IV. Traduction de Lefebvre de Villebrune.

Athénée, grammairien grec de la fin du deuxième siècle de l'ère chrétienne, est auteur d'une compilation appelée le Festin des philosophes, et dans laquelle se trouvent rassemblés des renseignements de toute espèce, et la plupart fort curieux.

LES ROMAINS COMMENCENT A S'ÉTABLIR DANS LA GAULE.
125-121 av. J.-C.

Ce fut à la prière des Marseillais que les Romains passèrent les Alpes; mais ils ne se contentèrent pas d'avoir secouru leurs alliés, ils se firent un établissement durable dans les Gaules et commencèrent à y former une province ou pays de conquête.

Les Saliens, peuple ligure, dans le territoire desquels Marseille avait été bâtie, n'avaient jamais vu que d'un œil jaloux l'accroissement de cette colonie étrangère. Les Marseillais, fatigués et harcelés par eux, eurent recours à la protection des Romains, l'an 125, sous le consulat de Fulvius, homme séditieux et turbulent. Le sénat était bien aise de se débarrasser d'un consul factieux; Fulvius ne l'était pas moins de se procurer l'occasion de remporter le triomphe. Ainsi ses vœux et ceux du sénat furent également satisfaits par la commission qu'il reçut d'aller faire la guerre aux Saliens.

Les exploits de Fulvius en Gaule ne furent pas bien considérables; il obtint néanmoins l'honneur du triomphe, soit par la faveur du peuple, soit que le sénat même regardât comme un heureux présage un premier triomphe sur les Gaulois transalpins. Sextius, consul en 124, fut envoyé pour le relever. Mais il ne partit que sur la fin de son consulat, ou même au commencement de l'année suivante avec la qualité de proconsul.

Sextius ayant trouvé la guerre contre les Saliens plutôt entamée que bien avancée par Fulvius, la poussa avec vigueur. Il remporta sur eux divers petits avantages, et enfin une victoire considérable auprès du lieu où est maintenant la ville d'Aix. Le proconsul prit ses quartiers d'hiver dans le lieu où il avait livré la bataille. Et comme le pays était beau et abondant en sources, dont quelques-unes donnaient des eaux chaudes, il y bâtit une ville, qui, à cause de ses eaux et du nom de son fondateur, fut appelée Aquæ Sextiæ (les eaux sextiennes). C'est la ville d'Aix, capitale de la Provence. Il nettoya aussi toutes les côtes depuis Marseille jusqu'à l'Italie, en ayant chassé les Barbares, qu'il recula jusqu'à mille et à quinze cents pas de la mer; et il donna toute cette étendue de côtes aux Marseillais. Il revint à Rome l'année suivante, et triompha, ayant eu pour successeur Cneius Domitius Ahenobarbus, dont nous allons parler.

(122). Les Saliens étaient domptés, mais la guerre n'était pas finie. Leur infortune, et sans doute la crainte d'éprouver un pareil sort, intéressèrent dans leur querelle des peuples voisins et puissants; et Domitius, en arrivant dans la Gaule, trouva plus d'ennemis que Sextius n'en avait vaincu. Teutomal, roi des Saliens, s'était retiré chez les Allobroges[42], qui entreprirent hautement sa défense; et Bituite, roi des Arvernes, qui avait donné asile dans ses États à plusieurs des chefs de la nation vaincue, envoya même une ambassade à Domitius, pour lui demander leur rétablissement.