La coutume celtique n'a réellement d'analogue dans aucune autre coutume connue, et son caractère essentiellement national a disparu avec la constitution celtique elle-même. Ce qu'elle a de remarquable dans l'antiquité barbare, c'est d'offrir l'alliance du principe sévère de l'autorité maritale avec le principe moral et religieux de la société civile entre les époux, principe inconnu encore aux peuples civilisés de la Grèce et de l'Italie. Sous ce point de vue, le droit gaulois a été le précurseur le plus ancien du droit fondé plus tard par le christianisme et pressenti par la philosophie stoïcienne. Les soins intérieurs de la famille étaient abandonnés aux femmes.
Les pères avaient sur leurs enfants droit de vie et de mort; et je dois remarquer ici que les Gaulois avaient bien moins de goût que les Germains pour la vie intérieure de la famille. On peut en juger par ce que dit César, que les enfants des Celtes n'étaient admis auprès de leur père qu'à l'époque où ils étaient devenus aptes à porter les armes.
Ch. Giraud, Essai sur l'Histoire du Droit français au moyen âge, t. I, p. 17.
LA RÉPUBLIQUE DE MARSEILLE.
Sous Auguste, vers le commencement de l'ère chrétienne.
Marseille, fondée par les Phocéens[85], est bâtie sur un sol pierreux. Son port[86] est situé au midi[87], au-dessous d'un rocher en amphithéâtre, entouré de fortes murailles, ainsi que la ville entière, qui est d'une grandeur considérable. Dans la citadelle sont placés le temple de Diane d'Éphèse et celui d'Apollon Delphinien. On dit qu'au moment où les Phocéens allaient quitter leur patrie, un oracle leur prescrivit de prendre de Diane d'Éphèse un conducteur pour le voyage qu'ils se proposaient de faire. S'étant donc rendus à la ville d'Éphèse[88], pendant qu'ils s'y informaient de quelle manière ils pouvaient obtenir de la déesse ce que l'oracle venait de leur prescrire, Diane, dit-on, apparut en songe à Aristarché, une des femmes les plus considérées d'Éphèse, et lui ordonna de partir avec les Phocéens, en prenant avec elle une des statues consacrées dans son temple. L'ordre fut exécuté. Arrivés aux lieux où ils devaient s'établir, les Phocéens y bâtirent le temple dont j'ai parlé, et témoignèrent pour Aristarché la plus grande estime, en la nommant prêtresse de Diane. De là vient que toutes les colonies sorties du sein de Marseille ont regardé Diane comme leur première patronne, et se sont conformées, soit pour la forme de la statue, soit pour son culte, à ce qui était pratiqué dans la métropole.
Le gouvernement des Marseillais est une aristocratie bien réglée. Ils ont un conseil composé de six cents personnes, qu'ils nomment timouques[89], et qui jouissent de cette dignité durant leur vie. De ce nombre, quinze président le conseil et sont chargés d'expédier les affaires courantes. Ceux-ci sont présidés à leur tour par trois d'entre eux, en qui réside la plus grande autorité. Personne ne peut devenir timouque qu'il n'ait des enfants et qu'il ne soit citoyen depuis trois générations. Les lois des Marseillais sont des lois ioniennes; et elles sont exposées en public, de manière que tout le monde peut en prendre connaissance.
Leur pays produit des oliviers et des vignes en abondance; mais la rudesse du terroir fait que le blé y est rare. Aussi, comptant plutôt sur les ressources que leur offre la mer, se sont-ils appliqués de préférence à profiter de leur position avantageuse pour la navigation. Cependant leur courage leur a fait dans la suite conquérir quelques plaines des environs, par les mêmes moyens qui leur valurent la fondation de plusieurs villes. Du nombre de ces villes sont celle qu'ils fondèrent en Ibérie[90] pour se prémunir contre les Ibères; et elles reçurent aussi d'eux le culte de la Diane d'Éphèse et tous les autres rites grecs, tels qu'ils les observaient dans leur patrie, sans excepter les sacrifices. Il en est de même des villes qu'ils fondèrent dans la Gaule, telles que Rhode[91], Agatha[92], pour contenir les barbares[93] qui habitent les environs du Rhône, ainsi que de Taurentium[94], d'Olbia[95], d'Antipolis[96] et de Nicæa[97], qu'ils bâtirent dans le dessein de se garantir des incursions des Salyens[98] et des Ligures[99] qui habitent les Alpes.
Marseille possède encore des chantiers et un arsenal de marine. Autrefois on y voyait aussi un grand nombre de vaisseaux, d'armes de toutes espèces, de machines propres à la navigation et aux siéges. C'est à l'aide de ces moyens que les Marseillais se soutinrent contre les barbares et qu'ils s'acquirent l'alliance des Romains, auxquels ils rendirent de grands services, et qui les aidèrent à leur tour à s'agrandir. En effet, Sextius, après avoir défait les Salyens, fonda, non loin de Marseille, une ville qui tire son nom de ce général[100] et des eaux thermales qui s'y trouvent, et dont quelques-unes, dit-on, ont perdu leur chaleur. Il mit dans cette nouvelle ville une garnison romaine; il chassa de la côte qui conduit de Marseille en Italie les barbares, que les Marseillais seuls n'avaient pu entièrement repousser, et céda aux Marseillais le terrain qu'ils avaient été obligés d'abandonner.
Dans la citadelle de Marseille, on voit déposée quantité de dépouilles, fruits des victoires que les flottes marseillaises ont remportées à diverses époques sur ceux qui leur disputaient injustement la mer[101]. Jadis les Marseillais étaient florissants, et ils jouissaient de plus de l'avantage d'être unis avec les Romains par les liens d'une amitié particulière.