Un manuscrit originaire de l'abbaye de Fulde, maintenant à Cassel, a par hasard sauvé de la destruction le fragment d'un poëme teutonique qui réunit les noms d'Hildebrand, de Théodoric, d'Hermanric, d'Odoacre et d'Attila. Hildebrand, que son fils ne veut pas reconnaître, s'écrie: «Quelle destinée est la mienne! J'ai erré hors de mon pays soixante hivers et soixante étés, et maintenant il faut que mon propre enfant m'étende mort avec sa hache, ou que je sois son meurtrier.»
L'Edda (l'aïeule), recueil de la mythologie scandinave, les Sagga ou les traditions historiques des mêmes pays, les chants des Scaldes rappelés par Saxon le Grammairien, ou conservés par Olaüs Wormius dans sa Littérature runique, offrent une multitude d'exemples de ces poésies. J'ai donné ailleurs[182] une imitation du poëme lyrique de Lodbrog, guerrier scalde et pirate. «Nous avons combattu avec l'épée......... Les aigles et les oiseaux aux pieds jaunes poussaient des cris de joie.......... Les vierges ont pleuré longtemps......... Les heures de la vie s'écoulent: nous sourirons quand il faudra mourir.» Un autre chant tiré de l'Edda reproduit la même énergie et la même férocité.
Hogni et Gunar, deux héros de la race des Nifflungs, sont prisonniers d'Attila. On demande à Gunar de révéler où est le trésor des Nifflungs, et d'acheter sa vie pour de l'or.
Le héros répond:
«Je veux tenir dans ma main le cœur d'Hogni, tiré sanglant de la poitrine du vaillant héros, arraché avec un poignard émoussé du sein de ce fils de roi.
«Ils arrachèrent le cœur d'un lâche qui s'appelait Hialli; ils le posèrent tout sanglant sur un plat, et l'apportèrent à Gunar.
«Alors Gunar, ce chef du peuple, chanta: «Ici je vois le cœur sanglant d'Hialli; il n'est pas comme le cœur d'Hogni le brave; il tremble sur le plat où il est placé; il tremblait la moitié davantage quand il était dans le sein du lâche.»
«Quand on arracha le cœur d'Hogni de son sein, il rit; le guerrier vaillant ne songea pas à gémir. On posa son cœur sanglant sur un plat, et on le porta à Gunar.
«Alors ce noble héros, de la race des Nifflungs, chanta: Ici je vois le cœur d'Hogni le brave; il ne ressemble pas au cœur d'Hialli le lâche; il tremble peu sur le plat où on l'a placé; il tremblait la moitié moins quand il était dans la poitrine du brave.
«Que n'es-tu, ô Atli (Attila), aussi loin de mes yeux que tu le seras toujours de nos trésors! En ma puissance est désormais le trésor caché des Nifflungs; car Hogni ne vit plus.