De Karlemagne et de Rollant,

Et d'Olivier et des vassaux

Qui moururent à Rainschevaux.

Cette ballade héroïque, qui se devrait retrouver dans le roman de Roland et d'Olivier, de la bibliothèque des rois Charles V, VI et VII[187], fut encore chantée à la bataille de Poitiers.

Les poésies nationales des barbares étaient accompagnées du son du fifre, du tambour et de la musette. Les Scythes, dans la joie des festins, faisaient résonner la corde de leur arc. La cithare ou la guitare était en usage dans les Gaules, et la harpe dans l'île des Bretons: il y avait trois choses qu'on ne pouvait saisir pour dettes chez un homme libre du pays de Galles: son cheval, son épée et sa harpe.

Dans quelles langues tous ces poëmes étaient-ils écrits ou chantés? Les principales étaient la langue celtique, la langue slave, les langues teutonique et scandinave: il est difficile de savoir à quelle racine appartenait l'idiome des Huns. L'oreille dédaigneuse des Grecs et des Romains n'entendait dans les entretiens des Franks et des Tartares que des croassements de corbeaux ou des sons non articulés, sans aucun rapport avec la voix humaine; mais quand les barbares triomphèrent, force fut de comprendre les ordres que le maître donnait à l'esclave. Sidoine Apollinaire félicite Syagrius de s'exprimer avec pureté dans la langue des Germains: «Je ris, dit le littérateur puéril, en voyant un barbare craindre devant vous de faire un barbarisme dans sa langue.» Le quatrième canon du concile de Tours ordonne que chaque évêque traduira ses sermons latins en langue romane et tudesque. Louis le Débonnaire fit mettre la Bible en vers teutons. Nous savons, par Loup de Ferrières, que sous Charles le Chauve on envoyait les moines de Ferrières à Pruym, pour se familiariser avec la langue germanique. On fit connaître à la même époque les caractères dont les Normands se servaient pour garder la mémoire de leurs chansons; ces caractères s'appelaient runstabath; ce sont des lettres runiques: on y joignit celles qu'Ethicus avait inventées auparavant, et dont saint Jérôme avait donné les signes......

Passons à la religion des barbares. Les historiens nous disent que les Huns n'en avaient aucune: nous voyons seulement qu'ils croyaient, comme les Turcs, à une certaine fatalité. Les Alains, comme les peuples d'origine celtique, révéraient une épée nue fichée en terre. Les Gaulois avaient leur terrible Dis, père de la Nuit, auquel ils immolaient des vieillards sur le dolmen, ou la pierre druidique; les Germains adoraient la secrète horreur des forêts. Autant la religion de ceux-ci était simple, autant celle des Scandinaves était compliquée.

Le géant Ymer fut tué par les trois fils de Bore: Odin, Vil et Ve. La chair de Ymer forma la terre, son sang la mer, son crâne le ciel. Le Soleil ne savait pas alors où était son palais; la Lune ignorait ses forces; et les étoiles ne connaissaient point la place qu'elles devaient occuper.

Un autre géant, appelé Norv, fut le père de la Nuit. La Nuit, mariée à un enfant de la famille des dieux, enfanta le Jour. Le Jour et la Nuit furent placés dans le ciel, sur deux chars conduits par deux chevaux; Hrim-Fax (crinière gelée) conduit la Nuit: les gouttes de ses sueurs font la rosée; Skin-Fax (crinière lumineuse) mène le Jour. Sous chaque cheval se trouve une outre pleine d'air: c'est ce qui produit la fraîcheur du matin.

Un chemin ou un pont conduit de la terre au firmament: il est de trois couleurs, et s'appelle l'arc-en-ciel. Il sera rompu quand les mauvais génies, après avoir traversé les fleuves des enfers, passeront à cheval sur ce pont.