Attila, roi des Huns, après avoir ravagé plusieurs provinces de l'empire romain, était entré dans la Gaule avec une armée formidable. Cette nouvelle répandit l'alarme dans Paris; les habitants, ne se croyant pas en sûreté dans leur ville, étaient résolus de se retirer avec leurs biens dans des places plus fortes. Au milieu de cette consternation universelle, Geneviève assembla les femmes, et les exhorta à détourner les fléaux de la colère de Dieu par les prières et les jeûnes. Elles la crurent, et passèrent plusieurs jours à prier dans l'église. Mais notre sainte s'efforça en vain de persuader la même chose aux hommes; elle eut beau leur représenter qu'ils devaient mettre leur confiance en Dieu, que leur ville serait conservée, et que celles où ils prétendaient se retirer seraient pillées et saccagées par les Barbares, ils la traitèrent de fausse prophétesse, et leur rage contre elle alla jusqu'à vouloir attenter à sa vie. Mais le moment où Geneviève semblait avoir tout à craindre était celui que Dieu avait marqué pour la délivrer; il changea tout d'un coup les cœurs les plus emportés, à l'arrivée de l'archidiacre d'Auxerre, qui leur montra les eulogies[237] qu'il apportait à Geneviève de la part de saint Germain. Ils renoncèrent dès ce moment à leurs mauvais desseins contre elle, et quand ils virent que l'événement avait confirmé sa prédiction, que les Huns n'approchaient pas de leur ville, ils n'eurent plus pour elle que des sentiments de vénération et de confiance.

La sainteté extraordinaire de sa vie fut récompensée par le don des miracles. Cette vertu l'accompagnait partout, et l'on venait de toutes parts implorer son secours. Elle mourut au commencement du sixième siècle, âgée d'environ quatre-vingt-dix ans. Son corps fut inhumé dans l'église des apôtres saint Pierre et saint Paul, qui porta plus tard le nom de Sainte Geneviève. Ses reliques y reposent encore[238]; et les bienfaits que Dieu accorde à ceux qui recourent à cette sainte attirent tous les jours dans son église un grand concours de peuple.

Richard, Abrégé des vies des Saints, 2 vol. in-18, chez Didot, t. I, p. 39.

RÉSISTANCE DE L'ARVERNIE CONTRE LES WISIGOTHS.
471-475.

Dès 471, Euric avait commencé contre les Arvernes une guerre qui n'était point encore terminée à la fin de 474, et dont l'historien peut à peine aujourd'hui donner un aperçu général[239]. Il paraît que, durant tout l'intervalle indiqué, Euric fit chaque année une ou plusieurs irruptions en Arvernie, la parcourant et la ravageant dans toutes les directions, détruisant partout les habitations et les récoltes, forçant les cultivateurs à se réfugier dans les montagnes. Ce fut le privilége et le malheur de cette belle province, d'être particulièrement convoitée par tous les conquérants de la Gaule. Dans son empressement de la voir à lui, Euric aimait mieux l'occuper appauvrie et dévastée que de courir le risque d'en attendre trop longtemps la conquête. Il ne s'en tenait pas au dégât des campagnes; plusieurs fois il marcha sur la capitale, l'assiégea et la réduisit à de dures extrémités. Mais les Arvernes tenaient bon; l'hiver venait; il fallait lever le siége et attendre le printemps pour reprendre le même cours d'hostilités.

C'était au nom et pour la défense de l'Empire que les Arvernes supportaient une si pénible guerre, et le gouvernement impérial n'en savait rien, ou n'en prenait pas le moindre souci; il ne leur envoyait pas un soldat, il ne prononçait pas un mot d'intervention en leur faveur. Les rois Burgondes sont la seule puissance dont il y a lieu de croire qu'ils obtinrent quelques secours, mais des secours intéressés et suspects. Ces rois étaient jaloux d'Euric, ils s'inquiétaient des accroissements de sa puissance, et il était de leur politique de soutenir contre lui un peuple disposé à lui résister avec énergie et qu'ils projetaient eux-mêmes de soumettre. Du reste, l'histoire n'a gardé aucune marque certaine de la part que les Burgondes prirent à cette guerre. Nous y voyons les Arvernes habituellement réduits à leurs seules forces, commandées par leur illustre compatriote Ecdicius, dont les exploits, durant cette première période de la lutte, ne sont malheureusement pas connus.

Après Ecdicius, le personnage qui joua le plus grand rôle dans cette guerre fut Sidoine Apollinaire, devenu évêque de Clermont à l'époque où elle commença, ou bientôt après. Sidoine n'était guère connu jusque là que comme un écrivain ingénieux et par des variations politiques brusques et nombreuses; aussi ne devait-on pas s'attendre à l'énergie et à la constance qu'il montra dans sa nouvelle position. Plein de haine et de mépris pour les Barbares sans distinction, aussi fier du titre de Romain qu'il aurait pu l'être au temps des Scipions, Sidoine employa tout l'ascendant de l'épiscopat à inspirer aux Arvernes son horreur des Goths, son respect pour les anciennes gloires de Rome, son dévouement à l'Empire, bien que déchu. On ne vit jamais tant de patriotisme romain secondé par tant de ferveur chrétienne.

Les fameuses processions expiatoires, dites des Rogations, venaient d'être instituées par saint Mamert, évêque de Vienne, pour obtenir du ciel la cessation de divers fléaux surnaturels qui avaient désolé son diocèse. Ces mêmes processions, Sidoine les faisait autour de Clermont, pour en affermir les remparts contre les assauts d'Euric, et il écrivait là-dessus à saint Mamert lui-même une lettre dont quelques traits méritent d'être cités. «Le bruit court que les Goths sont en mouvement pour envahir le territoire romain; et c'est toujours notre pays, à nous, malheureux Arvernes, qui est la porte par où se font ces irruptions. Ce qui nous inspire la confiance de braver un tel péril, ce ne sont pas nos remparts calcinés, nos machines de guerre vermoulues, nos créneaux usés au frottement de nos poitrines; c'est la sainte institution des Rogations. Voilà ce qui soutient les Arvernes contre les horreurs qui les environnent de toutes parts[240]

Le sort de l'Arvernie était encore incertain, lorsqu'il se fit en Italie un changement qui en décida. L'empereur d'Orient, Léon, prenant enfin son parti de donner à l'Occident un souverain avec lequel il pût s'entendre, fit choix de Julius Nepos, pour l'envoyer en Italie, avec le titre d'empereur. Julius Nepos arrivé à Ravenne au mois de juin 474, y fut accueilli avec joie. L'empereur fait par le Burgonde Gondebaud, Glycérius, fut déposé, tonsuré et fait évêque. Nepos n'attendit pas les messages des Arvernes pour prendre une décision sur les affaires de la Gaule. La chose était d'autant plus urgente qu'il y avait tout lieu de croire qu'Euric, sans suspendre ses attaques contre les Arvernes, était sur le point de se porter au delà du Rhône et d'envahir le peu de territoire qui restait à l'Empire entre ce fleuve et les Alpes.