[89]: Cette expédition des Hollandois contre Lima étoit entreprise à l'imitation de celle que trois ans auparavant Jacob Villekens avait tentée contre San-Salvador avec tant de bonheur, et qui avoit valu à la compagnie des Indes occidentales formée au Zuyderzée l'occupation momentanée de cette belle colonie portugaise. Le Pérou, la plus riche des possessions espagnoles en Amérique, étoit surtout convoité par les aventuriers de toutes les nations, qui commençoient dans ces mers des courses dont les flibustiers firent bientôt de si terribles expéditions. D'Aubigné, dans son Baron de Fæneste, cite, par exemple, «le general Stincs et huict autres grands pirates qui ont boulu bailler au roy d'Angleterre deux millions d'or pour conquerir le Pérou à leurs despens.» Liv. III, chap. 17.—On conçoit que les Hollandois missent les premiers à exécution cette entreprise de conquête seulement projetée par d'autres. Enlever le Pérou aux Espagnols, c'étoit en effet les détruire presque complétement dans l'Amérique du Sud, et aussi les ruiner en Europe. Decker le dit en termes formels au commencement de la relation qu'il fit de cette expédition de Jacques-Lhermite, relation excellente, selon Paw (Recherches philosophiques sur les Américains, tom. I, pag. 300-301), publiée d'abord en allemand à Strasbourg (1629, in-4o), puis reproduite en latin dans le 13e partie des Grands Voyages de De Bry, et enfin en françois, au tom. IX, pag. 1-104, du Recueil des voyages qui ont servi à l'établissement et aux progrès de la compagnie des Indes orientales, Rouen, 1725, in-12. Voici les premières lignes de ce curieux journal, d'après le Recueil que nous venons de citer, où il porte pour titre: Voyage de la flotte de Nassau aux Indes orientales par le détroit de Magellan, commencé l'an 1623, sous le commandement de l'amiral Jacques Lhermite, et fini l'an 1626: «Tous les politiques qui ont particulièrement connu les affaires du royaume d'Espagne ont jugé qu'il n'y avoit pas de meilleur moyen pour le reduire sur l'ancien pié et pour faire cesser les tyrannies qu'il exerçoit en divers endroits de l'Europe, que de lui enlever ce qu'il possedoit en Amerique, ou de lui en faire perdre les revenus: car c'est par le secours des richesses qu'il en tire qu'il fait la guerre aux autres pays de la chrétienté.»

Notre relation dit que l'expédition se composoit de 12 navires; Decker ne parle que de 11 vaisseaux, qui, portant 294 canons et 1637 hommes, dont 600 soldats, «firent voile de Goerée ou Gourée le 29 avril 1623.»

[90]: Cette année s'étoit écoulée tout entière tant aux environs du détroit récemment découvert par Lemaire, dont la flotte franchit enfin la passe, que sur les côtes de la Terre-de-Feu, où Jacques Lhermite laissa son nom à la petite île située au sud, dont le fameux cap Horn est la pointe. Les Hollandois n'arrivèrent en vue de Callao de Lima que le 8 mai 1621. (Decker, lieu cité, pag. 59-64).

[91]: Decker dit cinquante. Id., pag. 65.

[92]: Dans ce conseil, Jacques Lhermite, qui étoit gravement malade depuis deux mois (Id., pag. 52), voyant que sa foiblesse ne lui permettoit pas d'agir, «établit le vice-amiral en sa place, et son beau-frère, nommé Corneille Jacobsz, pour sergent-major.» Id. pag. 61.

[93]: La description de ce combat est tout à fait différente de celle que Decker a écrite. Or, l'une étant faite, comme on l'a vu, sur des on dit, l'autre par un homme qui fut témoin et acteur, il n'y a pas à hésiter pour savoir à laquelle il faut demander la vérité. Cette pièce n'est donc, en réalité, qu'une invention de nouvelliste, un véritable canard, pour l'appeler par son nom. Elle n'en reste pas moins curieuse comme spécimen d'un genre renouvelé de nos jours avec tant d'habileté et de fécondité. On y voit de quelle manière les mensonges d'outre mer s'exploitoient déjà, et comment d'une défaite on faisoit une victoire. L'attaque de Lima fut en effet un échec pour les Hollandois. Ayant perdu leur amiral Jacques Lhermite, que sa maladie emporta le 2 juin 1624 en vue de Callao (Decker, pag. 71), ils se contentèrent de brûler un certain nombre de vaisseaux espagnols; puis ils quittèrent ces parages en suivant la côte jusqu'à Acapulco.

[94]: Ce nom ne se trouve pas dans la liste des onze vaisseaux donnée par Decker aux premières pages de sa Relation.

[95]: Ce Discours véritable n'est qu'un pamphlet catholique qui prouve jusqu'où pouvoit aller, au temps de la Ligue, la violence des écrits contre les protestants.

[96]: Charles-Emmanuel Ier, dit le Grand, mort le 26 juillet 1630, après s'être vu dépouillé non seulement de ses conquêtes, mais d'une partie de ses états, par l'armée de Louis XIII. C'est de lui qu'on a écrit: «Prince trop inquiet pour être pleuré de ses sujets, trop infidèle pour être regretté de ses alliés, il étoit si dissimulé qu'on disoit que son cœur étoit inaccessible comme son pays.»

[97]: Henri de Navarre et Henri III. C'est en effet celui-ci qui, menacé sur ses frontières par Charles-Emmanuel, déjà maître du marquisat de Saluces, avoit poussé les Genevois à lui faire la guerre.