On dit que messieurs les fripiers,
La plupart de vrais frelampiers,
Aucuns d'eux meschans et damnables,
Et d'autres assez raisonnables,
Traitèrent d'estrange façon
L'autre jour un certain garçon
Qui d'un ton fort hardy et rogue
Les nommoit gens de synagogue.
Dès qu'il eut dit ce mot piquant,
Un d'eux luy donna quant et quant
Six ou sept coups de hallebarde
(Car ils retournoient de la garde).
Ensuite ces gens mutinez
Luy crachèrent cent fois au nez,
Luy dirent ses fièvres quartaines,
Et lui donnèrent trois douzaines
De soufflets des plus inhumains
Avec leurs pataudes de mains.
(Muse historique, liv. III, lettre 35e, 1er sept. 1652.)
[127]: Il étoit situé rue de la Heaumerie, où il donnoit son nom à un impasse. On l'appelait For-aux-Dames, parcequ'il fut, jusqu'en 1674, le siége de la juridiction des religieuses de Montmartre.
[128]: M. Moreau dit que l'ordre de relâcher le fripier Forget fut donné par le prévôt des marchands, Broussel, à qui Amand et les autres s'étoient adressés. Bibliog. des Mazarinades, no 2997.
[129]: Nom fameux depuis long-temps dans la draperie. Dans le Pathelin, le drapier s'appelle Guillaume Joceaume.
[130]: «On dit qu'ils ont une lisière longue d'une aulne et large de quatre doigts, et que dans cette lisière ils mettent des balles de plomb ou quelques pièces de fer, avec quoi ils frappent les vendeurs de vieux chapeaux ou ceux qu'ils veulent chastier.» Relation véritable de ce qui s'est passé au meurtre d'un jeune garçon...
[131]: Loret fait raconter par le patient lui-même toutes les indignités qu'il eut à subir avant sa mort:
«..... Helas! ils me martirent,
Leurs rigueurs à tous coups s'empirent;
Ils m'ont mené, me malmenant,
Du capitaine au lieutenant,
Et maintenant on me ramène
Du lieutenant au capitaine;
Ils m'ont fait mainte indignité,
Moqué, tiraillé, souffleté.
Bref, la nation judaïque
Ne fut guère plus tyrannique
Quand elle tourmenta jadis
Le createur du Paradis.»
[132]: Un autre bon prêtre donna les derniers soins à la victime. Il en est parlé dans le rapport manuscrit que des chirurgiens dressèrent de l'état du cadavre, et qui a été retrouvé par M. Moreau dans un volume de la Bibliothèque de l'Arsenal. Voici l'extrait qu'il en donne (Bibliogr. des Mazarinades, III, pag. 11 no 2997): «Premièrement, ils reconnurent qu'il avoit esté lié d'une grosse corde par le milieu, de son corps, dont les marques en estoient encore toutes recentes, et particulièrement le nœud de ladite corde qui avoit enfoncé dans son corps de la profondeur d'une grosse noix. Un honneste ecclesiastique de ses amis, nommé M. Butel, s'estant rencontré lorsqu'on le visitoit, s'offrit à lui rendre les derniers devoirs de charité, qui furent de l'ensevelir; ce que s'estant mis en devoir d'exercer, luy ayant levé la teste pour mettre sa coiffe, une partie de sa cervelle tomba dans ses mains, qui fut un spectacle d'horreur et de compassion à tous les assistans. Il remarqua sur son corps quantité de meurtrissures, provenantes des grands coups de lisière qu'ils lui avoient donnés, comme aussi la plaie d'un coup de hallebarde qu'il receut au dessus de la cuisse, de la largeur de quatre doigts, et plusieurs piqueures de poinçons aux genoux.»
Loret donne aussi quelques détails qui s'accordent bien avec ceux qu'on vient de lire: