[188]: Cette aventure de Brioché en Suisse est ainsi racontée dans les Nouveaux mémoires d'histoire, de critique et de littérature, par M. l'abbé d'Artigny, t. 5, p. 123-124. «L'ignorance a toujours été la mère de l'admiration et la source des préjugés les plus faux et les plus dangereux. Combien de fois n'a-t-elle pas attribué à la magie diabolique les effets de l'adresse et de l'industrie des philosophes, des mathématiciens, des artistes, les tours des charlatans, des joueurs de gobelets et de gibecière? On sait l'aventure de Brioché: Après avoir long-temps amusé Paris et la province avec ses marionnettes, il passe en Suisse, et ouvre son théâtre à Soleure. La figure de Polichinelle, son attitude, ses gestes, ses discours, surprennent, épouvantent les spectateurs. On tient conseil, et, après une longue et mûre délibération, on conclut tout d'une voix que Brioché est à la tête d'une troupe de diablotins. En conséquence, il est dénoncé au magistrat, qui le fait emprisonner. On travaille à son procès. M. Du Mont, capitaine aux gardes suisses, arrive à Soleure pour y faire recrue. La curiosité le prend, comme beaucoup d'autres, de voir le prétendu magicien. Il reconnoît Brioché, qui étoit dans des transes mortelles; il le console, et lui promet de travailler à son élargissement. M. Du Mont va trouver le magistrat; il lui explique le mécanisme des marionnettes, et l'engage à mettre Brioché hors de prison. Si le joueur de flûte de M. Vaucanson avoit alors paru à Soleure, auroit-on douté qu'il n'y eût quelque diable caché dans cet automate?»

[189]: C'est-à-dire la foule des laquais à livrées de toutes couleurs qui formoient le public le plus assidu des chanteurs du Pont-Neuf (V. Tallemant, in-12, t. 10, p. 188) et des joueurs de marionnettes (V. Furetière, Roman bourgeois, p. 117 de notre édition, Paris, Jannet, 1854, in-12). Cette diversité, ce bariolage des livrées, étoient si remarquables, que le P. Labbe voulut y trouver l'origine du mot valet. Il venoit, selon lui, de varius, variolus, «comme qui diroit variolet!» Mais notre étymologiste n'a pas fait attention que le mot valet est bien plus ancien que la mode des livrées de diverses couleurs. Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, les laquais portoient cet habit de nuance uniforme et peu voyante qui les avoit fait appeler grisons. C'est seulement en 1654, après une des échauffourées dont ils étoient souvent cause, et dans laquelle une bande d'entre eux tua M. de Tilladet, capitaine aux gardes, qu'il parut une déclaration royale ordonnant «qu'ils seroient dorénavant habillez de couleur diverse, et non de gris, afin qu'il fût possible de les reconnoître.» (Lettre de Gui Patin, du 26 janvier 1654.)

[190]: Néologisme qui ne fit pas fortune, et qu'on ne retrouve qu'à la page 342 du Qu'en dirait-on? pamphlet de la Beaumelle.

[191]: Le singe de Brioché, qui n'a jamais été si complètement pourtraict au vif, s'appeloit Fagotin. Molière le montre accompagnant les marionnettes dans leurs représentations nomades (Tartuffe, act. II, sc. 4). La Fontaine rappelle ses bons tours dans sa fable la Cour du Lion (liv. VII, fable 7), et Furetière lui a fait jouer un rôle important dans sa jolie nouvelle allégorique l'Amour esgaré. (V. Roman bourgeois, notre édition, p. 176, etc.)

[192]: Ce détail prouve que la scène eut lieu plus d'un an avant la mort de Cyrano, puisque la défense faite aux laquais de porter l'épée se trouve aussi dans la déclaration royale de 1654, rendue à propos du meurtre de M. Tilladet, et que nous avons citée tout à l'heure. Ce règlement contre les laquais décidoit, dit Gui-Patin (loc. cit.), «que, pour empêcher de tels abus, ils ne porteroient plus d'épée, ni aucune arme à feu, sur peine de la vie.... Cette déclaration, ajoute-t-il, a été envoyée au parlement pour être vérifiée et publiée. Cela a été fait. Elle est affichée par tous les carrefours et publiée par la ville; mais je ne sais combien de temps elle sera observée.» Elle le fut fidèlement, et la tranquillité publique s'en trouva bien. Les laquais firent toujours du désordre, mais n'allèrent plus jusqu'à l'assassinat. On lit dans les Annales de la cour et de Paris, pour les années 1697 et 1698, in-8, t. 2, p. 106, à propos d'une esclandre de laquais dans les Tuileries: «Ces malheureux donnent de temps en temps quelque scène au public; et c'étoit encore bien pis quand ils portoient des épées: il n'y en avoit point qui ne fît tous les jours quelque insolence; et l'on eut grande raison quand on leur en interdit le port.»

[193]: Cette pièce est l'une des plus curieuses, et pourtant des moins connues qui aient été faites sur le bandit saintongeois. Elle complète pour plusieurs détails, et rectifie, pour plusieurs autres, le petit livret qui, pendant plus de deux siècles, en popularisa l'histoire, et le même dont un érudit de Niort, M. Fillon, a donné en 1848 une édition annotée, sous ce titre, qui ne change presque rien à l'ancien: Histoire véridique des grandes et exécrables voleries et subtilitez de Guillery, depuis sa naissance jusqu'à la juste punition de ses crimes, remise de nouveau en lumière. Fontenay, imprimerie de Robuchon, 1848, in-8. A 50 exemplaires. Ce n'est, comme je l'ai dit, et comme M. Fillon le déclare lui-même, qu'une réimpression de la pièce dont je parlois, et qui, à cette même époque de 1848, avoit encore à Épinal ses éditions populaires sous le titre de: Histoire de Guillery, Pellerin, in-18, 22 pages (V. Nisard, Histoire des livres populaires ou de la Littérature du colportage, in-8, t. 1, p. 534). M. Fillon n'a ajouté qu'un épisode, c'est «l'anecdote drôlatique du trésorier de Saint-Michel-en-l'Herme, que la tradition, dit-il, a pris soin de conserver.» Il s'est aussi servi, dit-il encore, de la relation donnée par Fr. Rosset dans ses Histoires tragiques; mais c'étoit sans doute pour n'en rien tirer de nouveau, car nous avons lu ce récit, qui est la XIXe histoire du livre de Rosset dans l'édition de Lyon, 1701, in-8o, p. 349, etc., et nous n'y avons trouvé que la reproduction, mot pour mot, du livret populaire. Collin de Plancy, dans ses Anecdotes du XIXe siècle, Paris, 1821, in-8o, t. II, p. 267, avoit déjà donné un long extrait de ce chapitre des Histoires tragiques, et l'auteur d'un article du Mercure de France traitant du même sujet, reproduit par Merle dans l'Esprit du Mercure, etc., Paris, 1808, in-8, t. I, p. 27-29, l'avoit aussi suivi de tout point. Quant à la pièce que nous donnons, et qui, je le répète, est si bonne à lire après, l'autre, personne n'en a dit un mot. L'auteur de l'article Guilleri, dans la Biographie universelle, et après lui M. Fillon, la citent seulement, avec ce titre inexact: Prise et lamentation du capitaine Guilleri, in-8.

[194]: Le nom véritable du chef de bande ne se trouve pas davantage dans le livret réimprimé par M. Fillon; seulement une note curieuse de cet érudit nous donne la raison du sobriquet qu'il prit. Dans les légendes poitevines, saintongeoises et vendéennes, il existoit, bien avant le temps de Guillery, un type de chasseur ou de brigand nocturne connu sous le nom, presque semblable, de Guallery. On appeloit Chasse Guallery ses courses dans les bois, après lesquelles on trouvoit toujours quelque cadavre au fond des taillis. Plusieurs ballades furent faites sur Guallery et sa chasse. M. Fillon (p. 27-30) en cite une qu'il entendit chanter à Saint-Cyr en Talmondois, et dans laquelle Guallery, déjà moins redouté, est mis en scène, non pas tant comme un chasseur d'hommes que comme un dépisteur habile de lièvres et de perdrix. Son nom, toutefois, au commencement du dix-septième siècle, devoit avoir encore gardé tout son sinistre caractère, et il n'est pas étonnant que le noble Breton, se faisant bandit, voulût en prendre un qui le rappelât, et se donnât celui de Guilleri. Il en résulta entre les deux personnages une confusion inévitable, et dans laquelle on est surtout tombé au sujet de la chanson si populaire encore, surtout en Saintonge, avec ce refrain: Toto carabo, compère Guilleri. On pense qu'il s'agit de Guilleri le brigand; mais M. Fillon prouve fort bien qu'il doit être question de Guallery le chasseur fantastique, puisque trente ans avant l'arrivée du bandit dans le Bas-Poitou, on avoit imprimé une plaquette anonyme intitulée: Le vray pourtraict du Huguenot, MDLXXIX, petit in-8, 12 pages, où se trouve, page 7, cette allusion à l'un des épisodes de la chanson: «Comme Guallery, ils se casseront la jambe, si mieux n'aiment le col.»

[195]: Le duc de Mercœur, qui commandoit en Bretagne, et le dernier qui tint pour la Ligue. «En ce temps-là, lit-on dans le livret publié par M. Fillon (p. 7), le duc de Mercœur tenoit encore la Bretagne, et avoit amassé autour de lui force gens de toute sorte. Guillery s'alla enrôler sous ses étendards, où il ne fut pas long-temps sans conquérir réputation.»

[196]: Scinis, le brigand tué par Thésée.

[197]: Dans l'Histoire de la vie et grandes voleries, etc., il n'est parlé d'abord que «d'une quarantaine des plus résolus mauvais garçons», dont Guilleri se fait le chef.