[210]: Noël Mauregart ou Morgart avoit été, de 1614 à 1619, un des prophètes le plus en crédit auprès du peuple, et le plus activement poursuivi par la justice. Nous connoissons de lui, entre autres écrits divinatoires: le Manifeste de Noël-Léon Morgard, spéculateur ès causes secondes, contenant les affaires et divers accidens de l'année 1619; Seconde partie du Manifeste..., contenant les horoscopes universels, prospérités et infortunes de tous les hommes de la terre.
[211]: Nous connoissons les malheurs de Mauregard par les lettres de Malherbe à Peiresc. Il écrit, par exemple, le 13 janvier 1614: «Vous avez eu des almanachs de Morgart; il est à la Bastille, d'où il sera malaisé qu'il sorte que pour aller en Grève»; puis encore, le 13 février suivant: «Morgart a été condamné, il y a quelques jours, en galères pour neuf ans. La reine eût bien désiré qu'il fût mort; toutesfois, la recommandation qu'elle en a faite lui rendra la vie pire que la mort.» Il paroît qu'il en réchappa cependant; ses almanachs de 1619 en sont la preuve, s'il est vrai qu'il les ait faits lui-même. Nous le retrouverons plus loin aux galères de Marseille.
[212]: Allusion à la défaite alors récente du duc de Féria près de Bâle. Il couroit sur cette affaire un livret intitulé: La fuite de l'armée espagnolle, conduite par le duc de Féria, près la ville de Basle, le samedy douzième novembre mil six cent trente-trois, aux approches de l'armée du roy, conduite par M. le maréchal de la Force; avec ce qui s'est passé en icelle et l'état en lequel est maintenant l'armée française. S. l. n. d., in-8.
[213]: M. Bazin a connu cette particularité de la vie persécutée de notre prophète. «Durand, fait-il dire à son cadet de Gascogne, me raconta que, deux ans auparavant (1614), un nommé Noël Morgart, ayant peut-être prévu ce que devoient produire les intrigues de la cour, avoit annoncé le soulèvement prochain de plusieurs princes, et que, pour avoir trop bien lu, non dans les astres, mais dans les cœurs, on l'avoit envoyé à Marseille, où il devoit, pendant neuf ans, tirer la rame sur les galères du roi, ce qui avoit engagé les pronostiqueurs à ne plus annoncer que des prospérités.» La Cour de Marie de Médicis, 1830, in-8, p. 130.
[214]: Rival de Mauregard pour les prophéties. Sa réputation lui survécut long-temps. En effet, bien qu'il soit donné ici pour bel et bien mort, nous le trouvons encore nommé parmi les prophètes en crédit dans une mazarinade: Catastrophe burlesque sur l'enlèvement du roi... 1649, et, plus tard encore, dans le Roman bourgeois. (V. notre édit., p. 309.)
[215]: Il ne faut pas le confondre avec l'auteur des comédies, duquel, d'ailleurs, on le distinguoit de son temps en l'appelant Larivey le jeune, comme on le voit par ce passage de Francion: «Quand nous étions à Paris, n'as-tu point leu l'almanach de Jean Petit, Parisien, et celuy de Larivay le jeune, Troyen? Il m'est advis qu'ils pronostiquoient mes advantures.» (L'Histoire comique de Francion, Paris, 1663, in-8, p. 604, liv. 11.)
[216]: Ces inondations de la Bièvre étoient fréquentes. On en connoît deux au XVIe siècle, l'une en 1526 (Piganiol, I, 39), l'autre au mois d'avril 1579. Celle-ci fut des plus furieuses. Les eaux s'élevèrent de plus de quinze pieds, et l'église des Cordelières de la rue de Lourcine fut submergée jusqu'à la hauteur du grand autel. Plusieurs relations parurent au sujet du déluge de Saint-Marcel, comme on appeloit cette inondation. MM. Cimber et Danjou en ont reproduit une dans leurs Archives curieuses de l'histoire de France (1re série, t. 9, p. 303-309); elle a pour titre: le Désastre merveilleux et effroyable d'un déluge advenu ès faubourg S.-Marcel lès Paris le 8e jour d'avril 1579, avec le nombre des mors et blessés et maisons abbatues par la dicte ravine; Paris, chez Jean Pinart... 1579. Une autre pièce, moins connue et aussi moins intéressante, parut la même année sous ce titre: Deluge et inondation d'eaux fort effroyable advenu ès faubourg S.-Marcel à Paris la nuict précédente, jeudy dernier, neufvième avril au présent, 1579, etc.—L'inondation qui donna lieu à la pièce reproduite ici, et déjà indiquée par le P. Lelong (t. 3, p. 343, nos 34,541), semble n'avoir pas causé autant de ravages. La seule mention que nous en connaissions se trouve même dans ce livret. Quarante ans après, la Bièvre, contre laquelle on n'avoit sans doute pas pris les précautions recommandées ici, déborda de plus belle et renouvela les désastres de 1579. «La petite rivière des Gobelins, écrit Gui-Patin le 28 février 1665, a fait bien du ravage dans les faubourgs de S.-Marceau; elle a débordé en une nuit, et y a bien noyé des pauvres gens. On en comptoit hier (ce 24 février) 42 corps qui avoient esté repeschez, sans ceux que l'on ne sçait pas.»
[217]: C'est l'année précédente (1624) que l'aqueduc d'Arcueil, commencé en 1613, pour conduire les eaux de Rongis à Paris, avoit été terminé, privant ainsi le canal de la Bièvre d'une partie des eaux qui l'alimentoient.
[218]: Bouviers est un hameau près Guyencourt, «tirant vers S.-Cyr». (L'abbé Le Beuf, Hist. du diocèse de Paris, t. 8, p. 453.)
[219]: Piganiol, dans sa Description historique de Paris, t. 1er, p. 39, résume ainsi ce qui va suivre sur le cours de la Bièvre: «Cette rivière, dit-il, a son cours d'occident en orient, et est formée par deux sources, fort proches l'une de l'autre, qui sont au bois de Satory, près de Versailles. Elles se joignent un peu au dessous de ce bois. Elle passe à Bièvre, village qui lui donne son nom, puis à Igni, au Pont-Antoni, à Gentilly, etc., et, près de Paris, se partage en deux bras, dont l'un passe aux Gobelins; puis ils se rejoignent au Pont-aux-Tripes, dans le faubourg S.-Marceau, et elle se jette dans la rivière auprès de la Salpêtrière.» Piganiol eût pu ajouter que, du XIIIe siècle jusqu'au XVIIe, il y eut une autre dérivation de la Bièvre, faite au profit des moines de S.-Victor, à travers l'enclos de leur couvent, et par suite de laquelle une partie des eaux de la petite rivière, au lieu de se jeter dans la Seine au dessus de la Salpêtrière, venoit s'y perdre tout près de la place Maubert, vers les Grands-Degrés. (Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. 14, p. 270-272.) C'est ce canal supplémentaire, supprimé définitivement par arrêt du Conseil du 3 décembre 1672, qui étoit cause en partie des inconvénients qu'on signalera tout à l'heure, et surtout de l'infection des eaux de la Seine à la hauteur du quai de la Tournelle.