[188]: Dans la zoologie fantastique de tous les peuples se trouve un oiseau gigantesque comme celui dont on parle ici. Les Indiens ont le garouda, les Arabes ont le rokh, dont les Mille et une Nuits content tant de merveilles. «Un jour, lit-on dans la 74e nuit, il s'abattit sur un rhinocéros qui venoit d'éventrer un éléphant d'un coup de corne, et il emporta dans ses serres le vainqueur et le vaincu.»
[189]: Celui qui est appelé Syon dans la légende de Prestre Jehan, et dont nous avons parlé dans une de nos précédentes notes.
[190]: C'est l'éternelle fiction des Amazones, qui a parcouru toutes les régions. Selon M. de Humboldt, «elle appartient au cercle uniforme et étroit de rêveries et d'idées dans lequel l'imagination poétique ou religieuse de toutes les races d'hommes et de toutes les époques se meut presque instinctivement.» (Histoire de le géographie du nouveau continent, t. 1, p. 267.)—Dans le De monstris, reproduit par M. Berger de Xivrey dans ses Traditions tératologiques, les Amazones apparaissent aussi sous le nom d'Androginæ, telles que les avoit représentées Pline (liv. 7, chap. 11), telles qu'on les voit ici. La légende de Prestre Jehan en parle aussi: «Et sachez qu'elles se combatent fort, comme si elles fussent hommes; et sachez que nul homme masle ne demeure avecques elles fors que neuf jours, lesquels durant il se peut deporter et solacier avecques elles et engendrer, et non plus, car autrement il seroit mort.»
[191]: Ce poisson nous semble être tout à fait de la même famille que le fameux Kraken, dont il est tant parlé dans les relations des anciens voyageurs et dans quelques livres de savants, tels que l'Histoire anatomique de Bartholinus, le Mundus mirabilis d'Happelius et le De piscibus monstruosis d'Olaüs Wormius, où il est appelé Hafgufa. C'est le dernier venu de ces poissons merveilleux: il n'y a pas cinquante ans qu'un navigateur prétendit encore l'avoir rencontré dans les mers du Nord, au milieu des îles Orkeney; mais celui-là venoit trop tard, en 1808, pour accréditer son mensonge. La science alors avoit dit son mot sur le Kraken; l'on sçavoit que, sauf les immenses proportions dont l'avoit gratifié la terreur populaire, ce n'étoit autre chose qu'une sorte de sèche gigantesque, appelée sèche à coutelas, qui se rencontre parfois dans les mers du Nord. Le peuple, lui-même, n'y croyoit plus guère en 1808, et je penserois volontiers que le mot craque (mensonge) étoit un souvenir de ce pauvre Kraken dont on lui avoit fait peur si long-temps, et auquel il ne vouloit plus croire. Le comte de Provence, qui auroit pu être l'un des premiers incrédules, fut aussi l'un des derniers qui tâcha de s'en amuser. On connoît l'article qu'il publia dans le Journal de Paris, puis en brochure, sur la grande harpie de mer, appelée Cœleno, nom sous lequel on voulut retrouver une altération de celui de M. de Calonne, le rapace ministre (V. nos articles sur les Rois journalistes, Constitutionnel des 4 et 5 août 1852.) Au temps où parut la pièce donnée ici, l'on croyoit sérieusement à l'existence de poissons de l'espèce du Kraken. Le passage qui motive cette note en est la preuve. Dans le Nova typis transacta navigatio novi Orbis Indiæ occidentalis, etc., livre très singulier décrit par le Manuel, on peut lire le merveilleux récit d'un monstre de cette sorte qui, après avoir soulevé un navire, laisse les marins dire très dévotement la messe sur son dos, puis replonge dans la mer, remettant ainsi le bâtiment à flot sans avaries. Dans un autre curieux ouvrage: Recueil de la diversité des habits qui sont de present en usaige tant ès pays d'Europe, Asie, Afrique et illes sauvages, le tout fait après le naturel par François Deserpz, Paris, 1562, in-8, se trouve le portrait de l'evesque ou moine de la mer, dessiné d'après les dessins de défunt le capitaine Roberval et décrit très sérieusement: car, encore une fois, l'on croyoit alors aux monstres dont on parloit, et l'on ne faisoit pas comme le comte de Provence ou comme l'excellent père Bougeant, de qui, selon Voisenon, la fabrication des monstres étoit l'industrie: «Quand il avoit besoin d'argent pour acheter ou du café, ou du chocolat, ou du tabac, il disoit naïvement: Je vais faire un monstre qui me vaudra un louis. C'étoit une petite feuille qui annonçoit la rencontre d'un monstre très extraordinaire qu'on avoit vu dans un pays très éloigné et qui n'avoit jamais existé.» (Œuvres complètes de Voisenon, t. 4, p. 126.)
[192]: Prestre Jehan, dans sa légende, conte les mêmes merveilles du pays qu'il habite: «Item, en nostre terre, y a habundance de pain, de vin, de chairs et de toutes choses qui sont bonnes à soustenir le corps humain.»
[193]: Jean Godard fut l'un des poètes les plus en renom de son temps. Dans les stances ou sonnets mis en tête de ses poésies, l'on ne va pas moins qu'à l'égaler à Ronsard. Il étoit né à Paris en 1564, et mourut en 1630, après avoir été jusqu'en 1615 environ lieutenant général au bailliage de Ribemont. Villefranche en Beaujolois fut le séjour ordinaire de ce poète, qui pourtant, en souvenir de sa ville natale, ne manque jamais de prendre le titre de Parisien. C'est à Villefranche, selon les Mémoires du jésuite Jean de Huissière sur cette ville (1671, in-4, p. 86), qu'il fit tous ses ouvrages, «remarquables par leur mérite et par leur nombre.» Deux pièces dramatiques, la Franciade, tragédie en cinq actes, et les Desguisés, comédie en cinq actes, avec prologue en vers, qui vient d'être réimprimée dans le t. 7 de l'Ancien théâtre françois de la Bibliothèque elzevirienne, sont ce qu'il écrivit de plus considérable. On les trouve dans ses Œuvres poétiques, Lyon, 1594, 2 vol. in-8, avec un grand nombre de pièces en tous genres, odes, élégies, trophées au roi Henri IV, etc. Jean Godard n'a toutefois pas réimprimé dans ce recueil, non plus que dans la seconde édition qu'il en donna à Lyon en 1618, in-8, sous le titre de la Nouvelle muse, ou les Loisirs de Jean Godard, Parisien, la pièce singulière que nous reproduisons ici. C'étoit une œuvre de sa jeunesse, qui pouvoit lui sembler sans intérêt, mais qui n'en a pas moins beaucoup pour nous. L'abbé Goujet la connoissoit, et dans l'article qu'il consacre à notre poète, au t. 15 de sa Bibliothèque françoise, p. 248-249, il la mentionne comme très curieuse, sans toutefois en rien citer, ce que l'abbé Mercier de Saint-Léger lui reproche presque, et avec raison. (V. ses notes mss. sur la Bibliothèque de la Croix du Maine, art. Jacques Godard.) Nous la donnons d'après l'exemplaire que possède la Bibliothèque impériale, et que l'abbé de Saint-Léger ne semble pas avoir connu. Celui qu'il eut entre les mains se trouvoit à la bibliothèque Mazarine, no 21,657. Il a disparu depuis.
[194]: Jean Heudon, fils d'un riche bourgeois de Paris, étoit l'ami de collége de Jean Godard. Au sortir des études, comme celui-ci manquoit de ressources, il lui étoit venu en aide, et leur amitié s'en étoit augmentée. Godard fit son chemin dans les emplois, et aussi dans la poésie et au théâtre. Heudon souhaita les mêmes succès, et ce fut alors Godard qui lui tendit la main. (V. Hist. du théâtre françois, t. 3, p. 539.) Heudon fut moins heureux: sa réputation n'égala jamais celle de son ami. Ses tragédies de Saint-Clouaud et de Pyrrhe sont détestables, comparées à toutes les pièces de son temps, et en particulier à celles de Godard. Cette inégalité de succès n'altéra point leur amitié. Dans les poésies de Godard, les principales pièces sont dédiées à Jean Heudon (V. t. 2, p. 239, 245, etc.); d'autres sont adressées à son frère Audebert Heudon, à qui Godard semble avoir voué les mêmes sentiments. Tous deux moururent avant lui, laissant chacun un fils, Jean et Thomas, qui héritèrent de l'affection que J. Godard avoit eue pour leur père. Les stances qui terminent la seconde édition de ses poésies, la Nouvelle muse, etc., leur sont adressées, sous ce titre touchant: l'Amitié héréditaire.
[195]: Écartant avec les bras.
[196]: Les trois Grâces, Charites en grec.
[197]: On laissoit aux prélats ces gants ornés de pierreries. Georges Cliffort, comte de Cumberland, enrichit pourtant de cette manière le gant qu'Élisabeth lui avoit donné en signe d'estime. Il s'en fit une parure; dans les tournois, il ne portoit pas autre chose à son chapeau.