[234]: De sa compagnie. Ce mot s'employoit pour société, liaison. On lit dans l'Apologie pour Hérodote, par Henry Estienne, «le stratagème duquel usa une femme d'Orléans pour parvenir à son intention, qui estoit d'attirer à sa cordelle un jeune escholier duquel elle estoit amoureuse.»

[235]: Mortaises.

[236]: Nous avons déjà dit quelques mots des farceurs qui se firent appeler maître Gonin (V. notre t. 3, p. 53, note); nous allons revenir plus longuement sur leur compte. Le nom de Gonin, qui appartient, plus ou moins modifié suivant les pays, à toute une famille de bouffes italiens, françois, etc., me semble venir de la gonne ou gonnelle, sorte de longue cotte dont ils s'habilloient. Tabarin, farceur de pareille espèce, emprunta ainsi son nom au tabar qui lui servoit de costume, et le Charlatan (Scarlatano), prototype des autres, qui opéroit vers le même temps sur le Pont-Neuf, ne dut d'être ainsi nommé qu'à l'habit d'écarlate dont il étoit vêtu. Dans ce monde de farceurs, c'étoit donc toujours l'habit qui faisoit, sinon l'homme tout entier, du moins son nom. La gonne ou gonnelle dut avoir d'autant mieux ce privilége pour les bouffons dont nous parlons, qu'elle avoit d'abord été robe de moine et d'écolier, et par là tout à fait prédestinée à la malice et aux bons tours. La Fontaine semble avoir eu vent de cette origine quand il a dit, au commencement de son conte de l'Ermite (11, 15):

Gardez le froc, c'est un maître Gonnin.

M. Walckenaer, prenant l'éveil sur ce vers, mit en note: «Le mot gone, en ancienne langue romane, signifioit toutes sortes d'habillements, et surtout une robe de moine. Je crois que le mot gonin en est dérivé.» C'est ce que nous soutenons, en tâchant de le prouver plus complétement. Nous trouvons en Italie, dès le XIVe siècle, un bouffon qui prit ainsi son baptême de la malicieuse robe; seulement, comme on ne l'y désignoit que par son diminutif gonella, c'est aussi par ce diminutif qu'on désigna le farceur: on l'appela Pietro Gonella. Il vivoit à la cour d'un duc de Ferrare, dont il semble avoir été le fou en titre d'office. Ses bouffonneries, qui sont souvent citées dans les Nouvelles de Sacchetti, et dont on fit un recueil dès le commencement du XVIe siècle, le Bufonerie del Gonnella, Firenze, 1515, in-4, coururent toute l'Europe. En Espagne elles étoient si populaires que Cervantes, pour dépeindre d'un trait la maigreur de Rossinante, se contenta de dire, sûr d'être compris, qu'il avoit plus triste apparence que le cheval de Gonéla. C'étoit une allusion à l'histoire, tant de fois rajeunie depuis, de cette pauvre rosse étique et décharnée que notre farceur avoit mise en défi avec le meilleur cheval du duc. Il avoit parié qu'elle sauteroit plus haut: il la fit jeter du haut d'un balcon, et, comme le duc ne se soucia point de l'épreuve pour son cheval, Gonella gagna le pari. Cette popularité du Gonella italien, qui dut se répandre en France plus facilement encore qu'en Espagne, donna sans doute de l'émulation à nos bouffons françois, et fut cause peut-être que, comme ils avoient pris le même habit, ils reçurent à peu près le même nom. Le premier maître Gonin que nous trouvons en France dit ses farces et fait ses tours, souvent fort libertins, à la cour de François Ier. (V. Brantôme, Dames galantes, discours 2, art. 3.)—Il eut, suivant le même écrivain, un petit-fils, qui vivoit sous Charles IX, et qui fut moins habile que lui. Depuis, maître Gonin ne reparoît plus à la cour, ce qui ne l'empêche pas pourtant de se mêler des affaires de l'État. Il est simplement, comme ici, faiseur de pronostications politiques, diseur de bons contes, ou joueur de gobelet sur le Pont-neuf. Sorel, qui le connut sous le règne de Louis XIII, nous a parlé de la grande escarcelle dans laquelle il mettoit ses instruments pour faire ses tours de passe-passe.» (Hist. comique de Francion, p. 177.) Ce sont ces mêmes tours qui ont perpétué sa réputation. Dans la scène 22 de la Maison de campagne, petite comédie de Dancourt, il est encore question des tours de maître Gonin.—Nous le trouvons aussi en Allemagne. Aux noces de la princesse Sophie de Bavière, Gonin, chef des magiciens bavarois, est avalé par Zytho, magicien de Bohême. (Goerres, Hist. du doct. Faust, dans son ouvrage sur les Livres populaires en Allemagne.)

[237]: L'auteur réunit ici dans une même allusion deux des comédies d'Aristophane, les Nuées et les Oiseaux.

[238]: Excogitare, penser.

[239]: Escalader. Ce mot étoit déjà suranné, mais on l'employoit encore quand il s'agissoit de rappeler la lutte des Titans contre Jupiter. «Laissez-le venir, ce géant qui menace d'escheller les cieux», lit-on dans l'Astrée, 4e part., liv. 2.

[240]: La paix entre la reine mère et les princes mécontents avoit été signée le 15 mai 1614 à Sainte-Menehould. Ce passage, qui nous montre cette pacification comme étant seulement en espérance, nous feroit penser que la Vraye pronostication de maître Gonnin est des premiers mois de 1614. L'édition que nous suivons, et qui porte, comme on l'a vu, la date de 1615, n'est donc certainement pas la première.

[241]: On disoit devenir bleu, et surtout faire des coups bleus, pour tenter des efforts inutiles, des entreprises qui ne réussissent pas. (Leroux, Dictionnaire comique.)