[249]: Pendant long-temps les ministres n'avoient eu permission de prêcher que les jours ouvrables. On craignoit, dit Pasquier, «que, si les jours de feste ils preschoient pendant que le peuple chommoit, ce n'eust esté faire ouverture à nouvelle sedition»; ce qui arriva justement, comme on le voit ici: car la requête qu'ils firent pour être autorisés à prêcher les dimanches et jours de fête, en remontrant que la moitié de leurs ouailles, «affamée de la parole de Dieu», ne pouvoit être à la fois au travail et à leur sermon, ayant été «enterinée vers la feste de Noël», les troubles qu'on craignoit ne se firent pas attendre. M. de la Roche-sur-Yon «avoit resisté fortement»; mais, quand de guerre lasse il eut quitté le gouvernement de Paris, le maréchal de Montmorency, son successeur, avoit accordé la permission si long-temps refusée.
[250]: «Ceux de la religion, dit Pasquier (Lettres, liv. 4, lettre 13), estoient assistez du guet et des prevosts des mareschaux, pour garder qu'on ne leur mesfit. Ceux-ci, ajoute-t-il, se mirent de la partie.» Rouge-Aureille, le prévôt, étoit d'ailleurs de lui-même fort bien porté pour les religionnaires. Peu de jours auparavant, il avoit, sans en être trop prié, mis la main sur frère Jean de Hans, qui dans ses prédications «faisoit rage de maltraiter» les réformés, et il l'avoit mené lié et garotté à St-Germain, où le peuple l'étoit allé chercher pour le ramener en triomphe à Paris. Enfin Rouge-Aureille et le chevalier du guet, dont il sera parlé tout à l'heure, penchoient certainement pour le parti de la religion, et on les vit là, dit Pasquier, «faire espaule contre l'authorité du Parlement». (Liv. 15, lettre 19.)
[251]: Gabaston, «vaillant soldat», dit Pasquier, avoit été mis à la tête du guet de soixante hommes, qui, lors de la promotion du maréchal de Montmorency au gouvernement de Paris, avoit été créé «tant pour la sûreté de la personne du maréchal que pour garentir la ville de sédition.» Nous avons déjà dit que, comme Rouge-Aureille, il favorisoit le parti des religionnaires. Il le paya cher: après s'être par là grandement attiré la haine du peuple, il finit par être mis en jugement et décapité. (Pasquier, Recherches de la France, liv. III, en. 45.)
[252]: «Le battu a payé l'amende, dit Pasquier, dont le cœur en saigne: les gens de Gabatton et Rouge-Aureille ont mené par troupe prisonniers les catholics, comme autheurs de cette sédition, nuls des autres. Les bourgeois de Paris en crient, disant que l'on les a taillez pour payer les gages de ce nouveau guet à leur ruine.» (Liv. IV, lettre 13.)
[253]: L'affaire n'en resta pas là: requeste fut adressée au Parlement par les Catholiques «afin de leur estre faict droict sur les meurdres, emprisonnement, vols de chapes, calices et ornemens de l'église.» Juges sont nommés, l'un M. Gayant, conseiller catholique, l'autre M. Fumée, conseiller de la Religion; mais les catholiques récusèrent le huguenot, et les Huguenots le catholique. On mit tout le monde d'accord en lacérant la requête et en ne donnant pas suite au procès. Les catholiques arrêtés furent relâchés; mais, comme il falloit que quelques uns payassent pour tous, deux religionnaires, Cage père et fils, chefs, ou, comme dit Pasquier, «confanoniers de l'entreprise», qui avoient été assez tardivement «pris au corps», furent gardés, puis pendus, en même temps que, comme nous l'avons dit, l'on décapitoit Gabatton. (Pasquier, Recherches, liv. III, ch. 45, et Lettres, IV, 13.)
[254]: Les assemblées au Patriarche furent bientôt suspendues, comme on le verra plus loin. Le prêche fut fermé, ainsi que l'église sa voisine. «L'église St-Médard, écrit Pasquier quelque temps après l'émeute, chôme aujourd'hui, sans que l'on y fasse le service divin, comme ayant été profanée; pour éviter à pareil inconvénient on a enjoint aux ministres de se choisir autre lieu que le Patriarche.» (Liv. IV, lettre 13.) Quand on rouvrit l'église, il y eut une procession, composée de tout le clergé de Ste-Geneviève et des cours souveraines, qui vint en grande pompe à St-Médard. (Jaillot, Quartier de la Place Maubert, p. 99.)
[255]: Jacques Canage, qui étoit propriétaire de la maison, déclara qu'il l'abandonnoit aux pauvres. (Jaillot, Ibid.)
[256]: Il s'agit du vol qui eut lieu à la sainte Chapelle dans la nuit du 10 mai 1575, et dont on accusa Catherine de Médicis, «de quoi, dit l'Estoille, la ville fut toute troublée ... La commune opinion étoit qu'on l'avoit envoyée en Italie pour gage d'une grande somme de deniers, du consentement tacite de la reine mère.» (Journal de l'Estoile, Coll. Petitot, 1re série, t. 45, p. 115.) «Mais, dit encore L'Estoille (Ibid., p. 132), le 15 d'avril de l'année suivante, jour de Pâques fleuries, le Roi fit publier aux prônes de toutes les paroisses de Paris qu'il avoit fait faire une croix de nouveau, semblable à celle qu'on avoit dérobée l'année précédente, et qu'en icelle il avoit fait enchasser une partie d'une grande pièce de la vraie croix gardée au tresor de la sainte chapelle, et pour que dans la semaine sainte chacun l'allât baiser et adorer, comme de coutume; de quoi le peuple de Paris fut fort joyeux et content.» A ce propos, Sablier, qui rapporte le fait dans ses Variétés amusantes (1765, in-8, t. 1, p. 25), ajoute: «Il me paroît que le peuple étoit bien simple d'en croire Henri III et Catherine.» Je suis bien de son avis.
[257]: En cette même année parut un petit livre ayant pour titre: Les sorcelleries de Henri de Valois et les oblations qu'il faisoit au diable dans le bois de Vincennes, avec la figure des demons d'argent doré ausquels il faisoit ses offrandes, et lesquels se voyent encore en cette ville; Didier-Millot, près la porte St-Jacques, 1589. Ce livret a été réimprimé dans les Preuves du Journal de l'Estoille, t. III, p. 369 et suiv. Il y est dit de Henri III et de d'Epernon: «Lesquels quasi publiquement faisoient profession de la sorcellerie»; puis encore, qu'en outre des deux figures, on trouva «une peau d'enfant, laquelle etoit courroyée, et sur icelle y avoit aussi plusieurs mots de sorcellerie et divers caractères, dont l'intelligence n'est requise aux catholiques».
[258]: Ce nom doit être une altération de celui de Tervagan ou Tarvagan, fameux démon d'origine orientale, dont il est parlé au 99e vers du conte de La Fontaine, la Fiancée du roi de Garbe. V., pour de plus longs renseignements, notre petit volume, Un prétendant portugais au XVIe siècle, à la suite duquel se trouve une étude sur l'Origine portugaise de la Fiancée du Roi de Garbe, p. 118-119.