Du bienheureux monsieur saint Roch,
Qui nous preservoit de la peste,
On a pendu la feste au croc,
Et, cet esté dernier, il joua de son reste.
[317]: Célèbres médecins de l'époque. Le dernier eut un fils qui se ruina en expériences de physique. C'est ce fils que Boileau nomme dans sa 10e satire, v. 433:
D'un nouveau microscope on doit, en sa présence,
Tantôt, chez d'Alenci, faire l'expérience.
Dans le Chansonnier Maurepas, au lieu des deux premiers qui sont nommés ici, l'on trouve Coladon et Lelarge.
[318]: Cette fontaine se trouve dans l'Auxois, au bourg d'Alise, qu'on appelle aussi Sainte-Reine, à cause de la sainte qui y fut martyrisée, et aux mérites de laquelle étoit attribuée la vertu de cette eau minérale, très efficace contre toute espèce de galle.
[319]: Ce retranchement des fêtes fut une mesure qui n'eut pas long-temps son exécution, ou qui ne diminua pas assez le nombre des chômages. En 1678, quand parut le 8e livre de ses fables, La Fontaine pouvoit encore faire dire par le savetier au financier:
. . . . . Le mal est que toujours
(Et sans cela nos gains seroient assez honnêtes),
Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours
Qu'il faut chômer; on nous ruine en fêtes;
L'une fait tort à l'autre, et monsieur le curé
De quelque nouveau saint charge toujours son prône.
Voltaire, devenu agriculteur, voulut aussi restituer au travail ces jours voués à l'oisiveté et à la débauche sous prétexte de religion. Il en écrivit nettement au pape: «Ma destinée, lit-on dans sa lettre du 21 juin 1661 à d'Argental, est de bafouer Rome et de la faire servir à mes petites volontés ... Je fais donc une belle requête au Saint-Père, je demande.... une belle bulle pour moi tout seul, portant permission de cultiver la terre les jours de fête sans être damné. Mon évêque est un sot qui n'a pas voulu donner au petit pays de Gex la permission que je demande, et cette abominable coutume de s'enivrer en l'honneur des saints au lieu de labourer subsiste encore dans bien des diocèses. Le roi devroit, je ne dis pas permettre les travaux champêtres ces jours-là, mais les ordonner. C'est un reste de notre ancienne barbarie de laisser cette grande partie de l'économie de l'Etat entre les mains des prêtres. M. de Courteilles vient de faire une belle action en fesant rendre un arrêt du conseil pour le desséchement des marais. Il devrait bien en rendre un qui ordonnât aux sujets du roi de faire croître du blé le jour de saint Simon et de saint Jude tout comme un autre jour. Nous sommes la fable et la risée des nations étrangères, sur terre et sur mer; les paysans du canton de Berne, mes voisins, se moquent de moi, qui ne puis labourer mon champ que trois fois, tandis qu'ils labourent quatre fois le leur. Je rougis de m'adresser à un évêque de Rome, et non pas à un ministre de France, pour faire le bien de l'Etat.»
[320]: Ce mot de Pont-Breton, dont nous n'avons pu parvenir à trouver l'étymologie, servoit à désigner une espèce de petites chansons satiriques alors fort à la mode. L'air sur lequel ces chansons couroient s'étoit d'abord seul appelé ainsi; par suite la chanson elle-même en avoit pris le nom. L'on en a la preuve par le Chansonnier Maurepas (t. 1, p. 383), qui, reproduisant un couplet contre la princesse de Conti, dit qu'il se chantoit sur l'air des Ponts-Bretons; et par un passage de Tallemant (édit. in-12, t. 1, p. 113), où certain couplet de Voiture ayant la même coupe que celui du recueil de Maurepas est appelé un Pont-Breton. Voiture a lui-même attesté la popularité de ces sortes de chansons: «Nous chantâmes en chemin, écrit-il au cardinal de La Valette, une infinité de sçavans, de petits doigts, de bons soins, de Pons-Bretons.» (Œuvres, Paris, 1713, in-8, t. 1, p. 24.) Des chansons satiriques le nom passa aux pasquils faits dans le même esprit, soit en vers, comme le livret rarissime qui a pour titre Les Ponts-Bretons (1624, pet. in-8), soit en prose, comme la pièce reproduite ici; soit en prose et en vers, comme le petit volume, non moins rare, vendu à la dernière vente Nodier: Le Passe-partout des Ponts-Bretons, corrigé et augmenté de toutes les plus belles pièces (1624). Ce n'est qu'un libelle diffamatoire, dit Nodier dans une note (Description raisonnée d'une jolie collection de livres, p. 233, no 586), et nous comprenons par là, comme par ce que nous savions déjà des Ponts-Bretons, qu'on dût craindre fort de se voir la proie de leur scandaleuse popularité. C'est ce que redoute surtout la pauvre Erothée dans sa Lettre à Néogame. Cette dernière pièce est de 1624, comme celle que nous donnons ici, comme presque toutes les autres où figurent les Ponts-Bretons. Ce fut, à ce qu'il paroît, l'époque de leur grande vogue. Dix ans après, elle avoit tout à fait cessé et l'on n'en parloit plus que comme d'une chose surannée. Nous lisons dans Le Doux entretien des bonnes compagnies (Paris, Guignard, 1634, in-12), chanson 14e, Le Caquet des femmes:
Les Ponts-Bretons charmèrent
Autrefois nos esprits,
Les petits doigts gaignèrent
Bientôt après le prix:
Mais maintenant on les blasme
De n'être pas curieux.
Quand les femmes sont ensemble,
Leur caquet vaut beaucoup mieux.