Grand roy, dont le renom sur la terre et sur l'onde
Vole et fait oublier les hauts faits des Romains,
En vous offrant les vœux du moindre ouvrier du monde,
Je vous offre humblement de l'œuvre de ses mains.

Ce n'est pas de ceste œuvre, où l'art du lapidaire
Paroist riche, esclatant sur l'or jaune bruny,
Ains c'est une harquebuse au mieux que j'ay sceu faire,
Ensemble un pistolet leger et tout uny[219].

Et si le beau n'y est, ainsi qu'il devoit estre,
A tout le moins le bon n'en est point separé.
L'enrichisseure au fust[220] ne sert rien qu'à paroistre,
Et le fer bien trempé ne doit estre doré.

La bonté plus que l'or est aux armes requise.
En celles dont le beau tient la place du bon,
L'utile y cède au fard, et Mars aussi ne prise
Les armes riches d'or qu'au croc de la maison.

Donc, pour sçavoir connoistre et conserver durables
Toutes armes à feu en leur lustre et bonté,
En voicy, ô grand roy! des advis convenables
A qui les portera pour Vostre Majesté.

On trouve assez souvent longs, legers et sans jointe,
Des canons beaux du tout, qui sont rudes et faux;
Mais à les voir dedans, du gros jusqu'à la pointe,
On peut, quand ils sont neufs, connoistre les defauts.

Car, si dans un canon la lueur n'est esgalle,
C'est que le trou serpente ou qu'il n'est point pareil,
Et ce trou fait ainsi, ne portant droit la balle,
Se cognoist mieux de l'œil à l'ombre qu'au soleil,

Non de près, mais de loin, un gros calibre escarte;
Un moyen porte mieux le menu plomb serré;
Pour tirer d'une balle au blanc dans une carte,
Le plus petit calibre est le plus asseuré.

Bref, un canon bien fait, gros de moyenne sorte,
De peu de poudre il tire au loin, droit, fort et franc;
Le trop gros n'est si doux, ny de loin droit ne porte,
Qu'à force de charger, sa grosse balle au blanc.

En limant un canon, si le fer n'y demeure
Esgal de suite en rond, il faut croire, dès lors,
Que sans le relimer, quoy qu'on fasse à toute heure,
Il sera tousjours faux en dedans ou dehors.