Et, bien qu'il soit dehors droit et droit de calibre,
Si le trop gros derrière au devant vise bas,
Ou quand le mouvement du rouet[221] n'est pas libre,
L'un fait tirer trop haut, l'autre trembler le bras.
Enfin, si le calibre au dessus ne s'accorde,
Cela fait un canon injuste et repousser.
Un bon canon doit estre aussi droit qu'une corde
Et d'un fer non cassant, ny sujet à fausser.
Le fer trop aigre aussi en rouets rouille et casse;
Le trop doux est trop foible et ne trempe assez dur;
L'entre-deux est meilleur pour la guerre et la chasse,
Mais un rouet leger doit estre d'acier pur[222].
Aussi n'estimant point, pour servir d'ordinaire,
Un pistolet de fer s'il n'est un peu grossier,
Lorsque j'en promets un et que je le dois faire
Leger, durable et bon, je le fay tout d'acier.
L'acier en tout ouvrage a beaucoup plus de force
Et d'esclat que le fer, quand il est bien poly;
Un canon de trois pieds, leger comme une escorce
En seroit du tout bon et grandement joly[223].
Il est vray qu'il seroit en beaucoup plus de peine,
Beaucoup plus qu'un de fer difficile à forger,
Mais qu'il seroit aussi fait en si longue haleine
Beaucoup plus fort qu'un autre et beaucoup plus leger.
De tels canons Bellone est encor despourveue,
Et pour en faire voir j'en ferois volontiers;
Mais je suis devenu si foible et court de veue
Que je me juge impropre à tous rudes mestiers.
Pour de petits et forts et legers tout ensemble,
A moins de peine et frais j'en fay bien quelques uns
En des pistolets plains, qui seront, ce me semble,
Au service de Mars, meilleurs que les communs.
En après, pour monter ces canons que j'approuve,
A rouets ou fusils[224], suivant ma reigle icy,
Un cormier rouge et dur est le bois que je trouve
A monter le plus beau et le meilleur aussi[225].
Mais de polir ce bois et luy donner un lustre
De vernis sans vernis, il n'appartient à ceux
Dont le trop peu de peine est l'arrest qui les frustre
D'un art qui ne s'aprend au train des paresseux.