La polisseure au fer est aussi mal aisée:
D'un bon estaim bruslé il faut tirer le fin,
Et de la mesme poudre en eau douce infusée
Aux armes polies blanc on donne une autre fin.
Pour faire ceste poudre, en voicy ma coustume:
Ayant mis dans un pot l'estaim sur le brasier,
En l'escumant, l'escume en cendre se consume,
Et dans l'eau trouble après j'en oste le grossier.
Et puis, pour en polir d'un plomb fait en platine
L'acier et fer trempé, il n'y faut rien d'huilé,
Ains faut estre plus propre en ceste poudre fine
Qu'en l'esmery, qu'on passe avant l'estain bruslé.
De plus, il faut du temps et de la patience
A polir un rouet quand il est trop ouvré,
Et ce trop sans besoin (pour dire en conscience)
Fait perdre un temps qu'après n'est jamais recouvré.
Soit de fer ou d'acier, une œuvre toute unie
Se polit mieux qu'une autre, et ne couste pas tant:
Un pistolet tout plain, dans une compagnie,
Est commode et durable en son lustre esclattant.
Il se peut faire aussi des pistolets de chasse
Qui de cinquante pas porteront comme il faut
La dragée[226] serrée au bout de ceste espace;
Mais trop de poudre escarte et fait tirer trop haut.
Dans un pistolet neuf sur tout je recommande
D'y mettre après la balle un bouchon fort à plain,
Afin qu'en le portant la balle ne descende,
Et, le voulant tirer, qu'il ne crève en la main.
Car, si dans un canon le plomb ne joint la poudre,
Il faut de la baguette en haut le repousser,
Et qui ne le fait pas ce canon est un foudre
Que la charge, en tirant, fait crever ou bosser.
Voilà donc pour garder qu'un pistolet ne crève,
Et, pour chasser la rouille et le tenir bien net,
Il faut l'huiller par fois, autant en bruit qu'en trefve,
Et le frotter souvent d'un linge blanc et sec.
L'haleine et le serain, les mains chaudes suantes,
Sans linge pour torcher ce que l'on voit paslir,
Font ternir et rouiller les armes reluisantes,
Et où la rouille grave il faut tout repolir.