Il est fort convenable à un brave courage
D'avoir des pistolets qui soient faits en amy;
Mais tel pense en porter d'assez bons pour l'usage
Qu'à faute d'entretien ne le sont qu'à demy.

Et, pour ne rien celer en ce discours des armes,
Parlant des pistolets, je diray nettement
Que je suis estonné qu'en ce temps plein d'alarmes
L'usage des fuzils s'y voit aucunement.

Car, tant que la guerre est, je ne puis me resoudre
A faire des fuzils que pour le cabinet.
Le feu s'y fait trop haut au dessus de la poudre,
Et s'escarte en tombant autour du bassinet.

En outre ce deffaut, un autre est au couvercle
Qui ne s'ouvre en haussant qu'après le coup du chien;
Ce coup faisant le feu, ce feu trouve un obstacle
Qui l'empesche d'entrer où la poudre se tient.

Et neantmoins, au temps d'une paix asseurée,
Pour la chasse, en tous lieux unis et raboteux,
Les fuzils sont aisez et de longue durée;
Mais au besoin de Mars ils sont un peu douteux[227].

A ces fuzils nouveaux il y faut une pierre
Mince et large, à l'esgal de la pièce devant,
Et, selon qu'elle s'use (ouvrant ce qui la serre),
Il en faut mettre une autre, ou la tourner souvent.

Les fuzils à l'antique, estant de bonne force,
Le bassinet s'ouvrant à temps et par ressort,
Semblent estre meilleurs, d'autant que sur l'amorce
Le coup du feu s'y fait plus à plomb et plus fort.

Mais le plus asseuré, et où le plus j'acquiesce,
C'est quand le bassinet est libre au coup de feu,
Et que ce coup bas n'hausse, ains pousse l'avant-pièce.
Le feu s'y fait plus bas, et bas s'escarte peu.

De plus, quand d'un fuzil la desserre est mouvente
Où le coq se repose[228], et non au plus haut point,
En y portant le doigt ce mouvement contente,
Et sans bander plus haut le coq ne bouge point.

Or, vous en offrant un de ceste mesme mode,
Qui est la moins sujette aux fascheux manquemens,
Si Vostre Majesté la trouve assez commode,
Je suis prest d'obeyr à ses commandemens.