Mais vous, nouveaux picoreurs[69], vous ne vallez rien que pour piller le bon homme, que pour destrousser les marchands et rançonner le monde. Allez, la corde à telles gens que vous, qui n'avez du courage que contre un homme seul. Guillery, de son temps, ne vouloit à sa suitte de si lasches poltrons.

Quand je trouvois quelqu'un parmy les chemins, je luy demandois où il alloit, d'où il venoit et quel il estoit; je m'enquestois en suitte des finances qu'il avoit, et, après l'avoir fouillé et particulierement visité, si je ne luy trouvois argent suffisamment pour accomplir son voyage, je luy en donnois du mien; s'il en avoit plus qu'il n'en avoit besoin pour achever son chemin, nous le comptions et partissions comme frères, et, cela fait, le laissois aller sans luy faire aucun autre tort ny dommage.

Voyez si vous estes de si bonne conscience; je tiens pour tout asseuré que vous n'auriez garde de faire le semblable; je vous tiens d'un tel naturel, et l'experience le monstre, que vous arracheriez volontiers le cœur des pauvres gens, puis que, les ayant tous vollez, pillez et desrobez, encore leur mettez-vous le poignard sous la gorge pour leur faire confesser, de force ou de gré, s'ils n'ont point destourné quelque partye de leur bien; vous leur donnez le fronteau[70], vous leur serrez les poulces avec les rouets[71] d'arquebuze. Ha! quelle desolation! Vous estes des bourreaux sans misericorde, vous en serez payez au double, car il n'y a point de supplice qui puisse esgaller vos forfaits et demerites. On disoit l'an passé que, vous estans en Poictou, après vous avoir rendus souls comme bougres[72], enyvrez jusques à jetter le vin par la gorge, par le nez et par les yeux, miserables que vous estes, vous renversiez les muids de vin dans les puits à faute de contenter vos maudites volontez par argent. Mais, quoy! que dict-on de vous en ceste armée? Je ne sçay si je dois croire: on dit que, pour avoir de l'argent, vous despouillez les hommes à leur chemise, et les battez et outragez de telle sorte que plusieurs en sont morts. Au diable soit donné vostre race; vous aurez bonne issuë de tout cecy un de ces matins.

Moy, Guillery, ayant esté si consciencieux, si fidelle, si accostable et si peu soucieux de ces richesses du monde, si ennemy des meurtriers, pour avoir fui, hay le meurtre, le sang et la cruauté; pour avoir esté si doux et si clement envers les marchands que de ne prendre que la moitié de leur argent, pour leur en avoir donné quand ils n'en avoyent point pour parachever le residu de leur voyage; pour n'avoir fait si bonne composition avec les simples; si, dis-je, pour avoir esté de cet humeur en cet indigne estat de volleur, je n'ay pas laissé d'estre prins, poursuivy et mené par les prevots, archers et sergens dans la ville de La Rochelle, où mon procez me fut faict, et moy condamné à estre rompu tout vif sur une roue[73], que devez-vous estre donc, meurtriers inhumains, volleurs insignes, brigands et larrons, qui sans mercy et sans misericorde vollez et desrobbez tout ce qui se rencontre sous vos mains, qui mettez dehors des maisons les femmes pleurans et gemissans avec leurs petits enfans entre leurs bras, contraintes de s'en aller chercher ailleurs leur meilleure advanture avec un baston blanc en la main; leurs pauvres maris en fuitte, contraints de renoncer à tout, aymant mieux souspirer leur malheur à l'ombre d'un buisson que vivre avec vous toute sorte de tyrannie, de felonnie et de barbarie; et quelle pitié, frère, d'entendre aujourd'huy parler de vous en comparaison:

Guillery fut en sa jeunesse
Carabin remply de valeur;
Puis, declinant vers sa vieillesse,
Devint un insigne volleur.

Mais jamais il ne se dira de luy les choses que quatre des meilleures provinces de nostre France publieront à l'advenir de vous, et je voy l'heure qu'un de ces matins qu'on fera une telle perquisition de vostre vie enragée et de tant de volleries que vous avez faictes contre la volonté des dicts sieurs les princes, car je le croy ainsi, qu'il ce fera une telle execution de vos charongnes qu'il n'y aura rien d'oublié du pareil qu'il se fit durant les derniers troubles, à la penderie de Bretaigne faicte par le comte de Lamoignon, commandant pour lors à un regiment pour feu monsieur le duc de Mercœur. Cela vous est tout acquis, et n'en esperez pas moins, car vous meritez cent fois plus, et ne sçay ce que c'en sera. Sa Majesté en reçoit tous les jours des plaintes et recevra encore plus que jamais d'oresnavant, par tant de familles que vous avez ruinées et mises au blanc. Telle sera vostre fin, telle la recompense de vos beaux faicts, tels les salaires de vos courses, et tel le prix destiné aux plus cruels et felons voleurs du monde, ainsi que chacun vous a recogneus.