..... Un jeune pitaut me dit tout esperdu,
Les soldats sont au bourg, Monsieur, tout est perdu!
Cette engeance d'enfer, que la faim espoinçonne,
Froisse tout, pille tout, sans respect de personne;
Ils ont le diable au corps, et jurent devant tous
Que, par la digne tête, ils logeront chez vous.
J'aurois, j'aurois horreur de vous dire de bouche
Le desastre qu'ils font et dont le cœur me touche.
Ce ne sont point soudars, ce sont des picoreurs,
Qui sont de l'Ante-Christ les vrais avan-coureurs;
Leurs buletins sont faits, et déjà par la voie,
Comme loups affamés, ils courent à la proie.
Ils ont presque tué Flipin d'un coup d'estoc,
En defendant Janet, ses poules et son coq;
Ils ont rompu son meuble, et sa feme Isabelle
A perdu son sanfaix, son fil et sa cordelle;
Ils ont mangé sa cresme, ils ont son lard ravy.
Jamais un tel desordre au monde je ne vy.
[70]: C'étoit un genre de torture exercé sur les paysans par ces bandits, et qui consistoit à serrer violemment avec de fortes cordes le front du patient jusqu'à ce qu'il eût dit où se trouvoit tout ce qu'il avoit d'argent.
[71]: C'est-à-dire qu'ils leur serroient les pouces dans les ressorts de leurs arquebuses à rouets. Les locutions, encore populaires, serrer les pouces, faire mettre les pouces à quelqu'un, pour le faire céder, doivent venir de là.
[72]: C'est-à-dire comme Bulgares. Ils partageoient alors la réputation d'ivrognerie des Polonais, leurs voisins.
[73]: Il fut, en effet, rompu vif à La Rochelle; v. t. 1er, p. 300. La destruction de la bande de Guillery fut considérée comme un si grand bienfait pour les provinces ainsi délivrées que Henri IV accorda des lettres d'anoblissement à A. Legeay, l'un de ceux qui y avoient le plus contribué. Ces lettres ont été publiées par M. B. Fillon dans la Revue des provinces de l'ouest, no de décembre 1856.
[74]: Ce capitaine de la Garde nous est connu par une pièce non moins rare que celle-ci, et dans laquelle tous les faits curieux dont il ne donne ici qu'un résumé sont expliqués en détail. Cette pièce a pour titre: Factum de Pierre du Jardin, sieur et capitaine de la Garde, natif de Rouen, province de Normandie, prisonnier en la Conciergerie du Palais de Paris, contenant un abrégé de sa vie et des causes de sa prison, pour oster à un chacun les mauvais soupçons que sa détention pourroit avoir donnez, in-8, s. l. n. d. Il ne dit pas ici les causes de cette détention, mais son factum en parle longuement. Il paroît qu'il avoit été pourvu d'un office de contrôleur général, et que, pour quelques malversations dans l'exercice de cette charge, il avoit été arrêté et mis à la Bastille en 1615. Afin de donner une autre raison à son emprisonnement, et surtout pour attirer sur lui l'attention et la clémence du roi, il s'étoit mis à rappeler ou plutôt à imaginer de toutes pièces, au sujet du crime de Ravaillac, les révélations contenues ici, et dont une explication plus détaillée, mais non pas plus curieuse, se trouve dans son factum. Je ne pense pas qu'il soit question ailleurs de ces faits, qui, si l'on pouvoit en constater l'authenticité, seroient si intéressants pour l'histoire de l'assassinat de Henri IV.
[75]: C'est ce fameux ligueur dont on prétendoit que son homonyme, l'auteur des Caractères, étoit le descendant. Il avoit été lieutenant civil, et, en 1592, il avoit entamé des négociations particulières pour faire sa paix avec le roi. V. l'excellente édition donnée par M. Victor Luzarche du Journal historique de P. Fayet, p. 118-119.
[76]: V. sur ces faits notre t. 2, p. 296-297, notes.
[77]: Dans son Factum, le capitaine place cette visite chez Charles Hébert, après, et non pas avant, cette qu'il fit chez le jésuite Alagon. Voici comment il y raconte l'arrivée de Ravaillac, qu'il ne nomme pas, comme ici: «Pendant qu'ils estoient à table survint un certain homme à luy incogneu, vestu d'escarlatte violette, qui fut receu de la compagnie avec grandes caresses, et prié de manger avec eux. Il s'assit à table, et, enquis par quelqu'un des sus nommez quelles affaires l'amenoient à Naples, respond qu'il apportoit des lettres au vice-roy de Naples de la part d'un seigneur françois, lequel nomma, et dont le sieur de la Garde a déclaré le nom devant nos seigneurs du Parlement, lorsqu'il a esté interrogé, desquelles lettres il vouloit retirer responce après disner pour s'en retourner en France, où estant, il falloit qu'aux despens de sa vie il tuast le roy, et qu'il s'asseuroit de faire le coup. Le sieur de la Garde, estonné de ce discours, s'informa du plus proche de soy qui estoit cet homme. Il le luy nomma. Durant le disner furent tenuz plusieurs autres propos entremeslez de ce damnable dessin.»
[78]: D'après le Factum, la Garde auroit eu deux entrevues avec le jésuite. Dans la seconde, il lui auroit demandé de quelle manière il entendoit qu'il falloit tuer le roi. «Alagon respond que cela se pourroit faire d'un coup de pistolet à la chasse du cerf.»