[167]: C'étoit un mot importé d'Espagne depuis quelque cinquante ans. Dans le Moyen de parvenir, il est parlé du conte de Madame des Manigances, édit. 1757, t. 1, p. 130. «Le mot manganilla (intrigue, tour d'adresse), mot à peu près perdu en Espagne aujourd'hui, dit M. Philarète Chasles, devient manigance et se conserve parmi nous.»
[168]: Ceci est pris à peu près textuellement dans le Discours de Bodin. Dans le Traicté et advis de François de Bogue, p. 43, il est aussi parlé de ces monnoies qu'on peut appeler de nécessité: «Les princes, dit-il, se sont servi, pour la fabrication de leurs monnoies, de matière vile et de peu de valeur, comme de cuyvre-cuir dont parle Senèque, et comme il fut fabriqué par Frideric, qui la retira par après, plomb et papier, comme il se veoit en quelques autheurs.»
[169]: C'est le cardinal de Tournon qui, en 1543, à son retour d'Italie, avoit conçu le projet de cette banque. François Ier l'adopta et, sur le conseil du cardinal, ouvrit l'emprunt à huit pour cent. (De Mayer, Galerie philosophique, t. 1, p. 144.) On ne s'en tint pas là. «Le roy François Ier, dit Bodin, commença à prendre l'argent à huict, et son successeur à dix, puis à seize, et jusques à vingt pour cent, pour sa nécessité.» Jugez dès lors de l'empressement des Italiens à venir verser leur argent dans cette caisse, par préférence à toute autre.
[170]: Les rentes constituées sur la ville de Paris montoient alors, selon Bodin, à trois millions trois cent cinquante mille livres tous les ans.
[171]: Mêmes réflexions dans le discours de J. Bodin, mais appuyées d'exemples: «Vray est, dit-il, avec une sûreté de raison dont du Haillan n'a fait que s'inspirer et qui seroit bonne encore à écouter aujourd'hui, vray est que les ars mecaniques et la marchandise auroient bien plus grand cours, à mon advis, sans être diminués par la traficque d'argent qu'on fait; et la ville seroit beaucoup plus riche si on faisoit comme à Gênes, où la maison Saint-Georges prend l'argent, de tous ceux qui en veulent apporter, au denier vingt, et le baille aux marchands, pour trafiquer, au denier douze ou quinze, qui est un moyen qui a causé la grandeur et richesse de cette ville-là, et qui me semble fort expedient pour le public et pour le particulier.»
[172]: Tout le passage qui suit est cité par de Mayer, dans la Galerie philosophique du XVIe siècle, t. 2, p. 162, mais sans indication de la source, ce qui embarrasse beaucoup les lecteurs de son livre très curieux.
[173]: Du Haillan est tout près de demander ici qu'on en revienne à l'édit somptuaire de Philippe-le-Bel, rappelé un peu plus tard, comme on sait, dans les Caquets de l'accouchée. V. notre édition, p. 12.
[174]: C'étoient les fameux cabaretiers du temps. Dans le Discours de Bodin, le More est seul cité; il étoit de tous le plus en vogue; L'Estoille en parle. Un peu plus tard il y eut le cabaret du Petit-More, où alloit Saint-Amand, et dont l'enseigne: Av peti Mavre, se voit encore au dessus d'un marchand de vin faisant le coin de la rue de Seine et de celle des Marais-Saint-Germain. Sur ces cabarets à gros écots, dont le prix ne fit qu'augmenter au 17e siècle, V. notre édit. des Caquets, p. 28, note, et notre t. 3, p. 318.
[175]: Le chancelier de L'Hospital en avoit pensé ainsi. Sa proscription s'étoit étendue jusqu'aux petits pâtés, jusqu'aux brioches et pains d'épices, qu'en 1568 il avoit défendu à toutes personnes de vendre en leurs maisons, par la ville et fauxbourgs de Paris. Au mois de janvier 1563, il avoit rendu un édit par lequel sont réglementées de la façon la plus sévère toutes les choses dont du Haillan déplore ici la prodigalité et l'abus. On voit par-là de quelle manière l'édit avoit été observé: «On a fait de beaux édits, mais ils ne servent de rien», dit Bodin dans son Discours, et c'est vrai là, comme partout à cette époque, la plus sagement réglée en théorie et la plus déréglée en pratique.
[176]: Plus tard on dit carrousse, faire carrousse; le premier mot se rapprochoit davantage de la racine allemande gar-auss (tout vidé). H. Etienne (Dialogue du nouveau langage françois italianizé) se moque de l'introduction de ce mot, auquel il donne l'orthographe qu'il a ici: