[186]: Broderies, de l'italien ricamare. Les Nanni d'Udine avoient dû à leur habileté dans cette industrie le surnom de Recamatori. Le nom de Recamier en vient aussi sans doute. V. Fr. Michel, Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, t. 2, p. 369.

[187]: Ceci est encore presque textuellement tiré du Discours de Jean Bodin.

[188]: Depuis Henri II jusqu'à l'époque où écrivoit du Haillan, il n'y avoit pas eu moins de dix règlements contre le luxe des habits. On voit à quoi ils avoient servi. En voici la date et les titres: 1o (12 juillet 1549) Itérative prohibition de ne porter habillement de drap d'or, d'argent et de soye, etc. Un an après, l'ordonnance étoit si mal exécutée que le Parlement étoit obligé d'en donner avis au roi par des Doutes... sur l'interprétation de l'ordonnance de 1549 sur la réformation des habillements. Ces Doutes portent la date du 17 octobre 1550.—2o (22 avril 1561) Règlement sur la modestie que doivent garder ès habillements tous les sujets du roy, tant de la noblesse, du clergé, que du peuple, avec défense aux marchands de vendre draps de soye à crédit à qui que ce soit.—3o (17 janvier 1563) Ordonnance du roy sur le reiglement des usaiges de draps, toilles, passements et broderies d'or, d'argent et soye, et autres habillements superfluz.—4o La même année, le même mois (21 janvier 1563), Défense d'enrichir les habillements d'aucuns boutons, plaques, grands fers ou esguillettes d'or et d'orfèvrerie, et prohibition du transport hors du royaume des laines qui ne sont mises en œuvre.—5o (janvier 1563) Ordonnance du roy sur le taux et imposition des soyes, florets et fillozelles entrant dans son royaulme, outre tout autre gabelle cy-devant ordonnée.—6o (10 avril 1563) Interprétation et ampliation de l'article onzième de l'ordonnance du 17 janvier 1563. Ici pourtant il ne s'agit pas d'une défense, mais au contraire d'une permission donnée aux femmes et filles des officiers royaux «qui sont damoyselles», pour qu'elles puissent porter «taffetas et samis de soye en robbes». Il est certain que ce commentaire de l'ordonnance fut mieux exécuté que l'ordonnance elle-même.—7o (25 avril 1573) Arrest de la Cour de Parlement, et lettres patentes du roy prohibitives à toutes personnes de porter sur eux en habillement n'autre ornement aucuns draps, ne toilles d'or et d'argent, profileures... et aussi de porter soye sur soye (excepté ceux auxquels il a pleu à Sa Majesté en réserver), avec defense aux bourgeois de changer leur estat.—8o (2 janvier 1574) Lettres patentes du roy à messieurs de la Cour de Parlement, leur enjoignant très expressément de faire garder et observer de poinct en poinct l'ordonnance faicte par Sa Majesté pour reprimer la supperfluité de ses sujets en leurs habits et accoustrements.—9o (juillet 1576) Declaration du roy sur le faict et reformation des habits, avec defense aux non nobles d'usurper le tiltre de noblesse et à leurs femmes de porter l'habit de damoyselle, sur les peines y contenues.—10o Enfin l'ordonnance du 24 mars 1583, dont nous avons déjà parlé.

[189]: C'étoit l'expression déjà consacrée. La banqueroute n'étoit que la conséquence de la faillite. Quand celle-ci étoit constante, par l'aveu même du marchand, qui s'étoit déclaré faillito, le banc qu'il avoit le droit d'avoir à la place du Change étoit rompu (banco rotto, banca rotta). «Ces glorieux de cour, dit Rabelais, les quels voulant en leurs divises signifier bancqueroupte, font pourtraire un banc rompu

[190]: V. une des notes précédentes.

[191]: Bodin entre dans quelques autres détails sur cette paresse des Espagnols, qui avoit si bien trouvé son compte dans la vie facile que lui faisoit l'or d'Amérique, et qui étoit cause qu'un grand nombre de nos travailleurs émigroient continuellement vers ses provinces. On y trouvoit tout à faire et au meilleur prix, «même le service et les œuvres de main», ce qui, dit Bodin, attire nos Auvergnats et Limosins en Espagne, comme j'ay seu d'eux-mêmes, par ce qu'ils gaignent le triple de ce qu'ils font en France: car l'Espagnol, riche, hautain et paresseux, vend sa peine bien cher, tesmoing Clénard, qui met en ses epistres, au chapitre de despense, en un seul article, pour faire sa barbe, en Portugal, quinze ducats par an.» Ce n'étoient pas seulement des Limosins et des Auvergnats dont l'émigration continuelle alimentoit l'Espagne de travailleurs. Le Gevaudan en fournissoit beaucoup, surtout pour les bas métiers, auxquels répugne la dignité castillane. De là le sens méprisant que les Espagnols ont donné au mot gavasche, qui est le nom de ces laborieux montagnards. V. le Lougueruana, p. 39; de Méry, Hist. des proverbes, t. 1, p. 306; Fr. Michel, Hist. des races maudites, t. 1, p. 346. Encore aujourd'hui l'Andalousie est pleine d'Auvergnats; ce sont eux surtout qui font le vin. Quand Olavidès établit dans la Sierra Morena, à la fin du 18e siècle, la petite colonie de la Caroline, c'est en partie avec des François qu'il la peupla.

[192]: V. une des premières notes.

[193]: Bodin dit la même chose, avec quelques détails de plus. Il est certain que Henri II n'aimoit pas le luxe des vêtements et le combattit autant qu'il put, surtout par son exemple. Lorsqu'on a écrit dans toutes les histoires de France qu'il fut le premier à porter des bas de soie, on a dit tout le contraire de la vérité. Il fut le seul de sa cour qui n'en voulut pas porter. V. notre livre L'esprit dans l'histoire, p. 152-53, note.

[194]: Par exemple, pour ne parler que de la taille, impôt dont le peuple étoit souvent grevé, il est certain que depuis Louis XII le chiffre en avoit triplé: de quatre millions il s'étoit élevé à douze. V. Guy Coquille, Hist. du Nivernois, au chapitre Assiette et naturel du Nivernois. De même pour la gabelle, dont on avoit trouvé moyen de faire un impôt fixe, comme la taille, en forçant les particuliers à manger ou à prendre une quantité de sel déterminée, ou tout au moins à payer comme s'ils le prenoient ou le mangeoient, ce dont Bodin se plaint fort dans sa République, liv. 6, ch. 2. V. aussi Journal de Henri III, 1er août 1581. Sur l'accroissement excessif des impôts à cette époque, on peut consulter avec fruit un livre paru en même temps que le Discours de du Haillan, c'est le Traité de taille, par Jean Combes; Poitiers, 1586.—Dans la première moitié du 17e siècle, les impôts augmentèrent dans une proportion encore plus sensible. On le voit par une très intéressante et très sérieuse mazarinade: La promenade ou les entretiens d'un gentilhomme de Normandie avec un bourgeois de Paris sur le mauvais ménage des finances; Paris, 1649, in-4.—Une élection qui, en 1628, payoit 40,000 livres pour les tailles, en payoit 200,000 en 1645 ou 1646. «Mais le roi, dit M. Moreau avec beaucoup de raison, n'en recevoit pas davantage.» (Bibliographie des mazarinades, t. 2, p. 384.) En effet, il ne falloit, en 1528, que 6,000 fr. de frais de perception, tandis qu'en 1646 «les traitants percevoient 50,000 livres pour les gages des officiers, qui ne les touchoient pas; puis 50,000 livres de non-valeurs, à cause de la pauvreté des paroisses; enfin 5 sous pour livre en payant le quart comptant et 50,000 livres en promesses à plusieurs termes. Les ministres traitoient de ces 50,000 livres avec des sous-fermiers à un tiers de remise. C'étoient des prête-nom.»

[195]: Du Haillan oublie, dans les causes de la misère publique, la mauvaise administration des finances. On diroit qu'il craint d'en parler. N. Froumenteau, dans son très curieux livre Le secret des finances de France descouvert et departi en trois livres, etc., paru à la même époque, n'avoit pas eu pareille retenue. Ses plaintes se font jour jusque dans l'Epistre au roy, en tête de son ouvrage. Il y montre les finances «merveilleusement altérées, et tout par faute de n'avoir été fermées sous une bonne et asseurée clef; car il y a, dit-il, des crochets de tous calibres: crochets tortus, crochets mignards, crochets prodigues, crochets subtils, crochets de femmes.»