[206]: C'étoit en effet l'usage, mais il commençoit à se perdre alors. Au XVe siècle, personne n'y manquoit, pas un amant surtout. On lit dans le Sermon joyeux auquel est contenu tous les maux que l'homme a en mariage, nouvellement composé à Paris:

Quand vient le premier jour de may
A son huys fault planter le may,
Et le premier jour de l'année
Faut-il qu'elle soit estrennée.

Cette coutume galante avoit fait créer le joli verbe émayoler, qui se trouve dans ces vers de Froissard:

Pour ce vous veux, Madame, émayoler.
En lieu de may, d'un loyal cœur que j'ay.

[207]: Pour tempes. V. plus haut, p. [15].

[208]: C'est le soudard Brabançon, rendu si fameux par le dicton populaire. Né dans la Gueldre, simple soldat de fortune, il étoit arrivé au commandement de l'armée bavaroise après la mort d'Aldringer, en 1634. Il n'y avoit pas de chef de bandes que l'on redoutât plus en France, aussi ce fut une véritable panique à Paris, lorsqu'on y sut, en 1636, que la prise de Corbie par les Espagnols venoit de lui ouvrir un libre passage jusqu'aux portes de la capitale. V. notre t. 5, p. 338, note. C'est alors que Scarron écrivoit au chant du Typhon:

On dit que quelques bons esprits
Ordonnèrent qu'on fît des grilles
Pour se garentir des soudrilles
Du redoutable Jean de Vert.

Deux ans après, les Parisiens prirent leur revanche de cette belle frayeur. Jean de Werth et le duc de Bernard de Weimar, qui commandoit pour la France, se rencontrèrent près de Rheinfeld. Il y eut deux actions. Dans la première, le 18 février, les François furent défaits; mais dans la seconde, cinq jours après, c'étoit le tour de Jean de Werth, qui fut complètement battu et fait prisonnier. Pour que les Parisiens n'en doutassent point, on le leur amena. C'est à Vincennes qu'il fut enfermé. Tout le monde l'alla voir, et beaucoup sans doute eurent des déconvenues pareilles à celle des curieux dont on raconte ici le voyage. Les chansons allèrent leur train, chacune ramenant à la fin des couplets le nom du chef qu'on avoit tant redouté, mais dont on se moquoit à présent qu'on ne le craignoit plus. De là le dicton: Je m'en moque comme de Jean de Werth. Lui cependant ne se moquoit pas moins des moqueurs. Il passoit ses journées en véritable Allemand, c'est-à-dire à boire, et, dit Bayle, «à prendre du tabac en poudre, en cordon et en fumée.» V. son Dictionnaire, art. Werth. On le garda jusqu'en 1642, et ces quatre ans, dit Mlle Lhéritier, l'une des dernières qui l'aient chansonné, furent appelés le Temps de Jean de Werth. V. Mercure galant, mai 1702, p. 77. A peine libre, il ne chercha qu'une revanche; il la trouva bientôt à Tudlingen, où, le 25 novembre, il aida vigoureusement Merci et le duc Charles à battre le maréchal de Rantzau.

[209]: Il ne s'agit pas ici du Cours la Reine, mais de celui qui se trouvoit bien loin de là, près de l'Arsenal, où il longeoit la Seine, puis en retour les fossés de la Bastille. Le mail, planté par Henri IV, et qui est devenu le quai Morland, en occupoit une partie, et le quai des Ormes en étoit le prolongement. Les carrosses s'y promenoient en revenant de Vincennes, comme au Cours la Reine en revenant du bois de Boulogne. Il fut abandonné lorsque, vers 1670, Louis XIV eut fait planter le Cours de la porte Saint-Antoine, aujourd'hui le boulevard Beaumarchais. V. Piganiol, t. 5, p. 33, 54, et G. Brice, édit. de 1752, t. 2, p. 242.—C'est de ce Cours, voisin de l'Arsenal, qu'il est parlé dans une pièce de cette époque, la Promenade du Cours à Paris, 1630, in 8. On y lit entre autres détails:

A voir du haut de la Bastille
Tant de carrosses à la fois,
Qui ne croiroit que quatre roys
Font leur entrée en ceste ville?...