[98]: Elle naquit à la fin d'avril 1684. Mme de Maintenon s'en occupa beaucoup tout d'abord. «Dites à la nourrice qu'elle nourrit mon heritière», écrit-elle à son frère, peu de jours après sa naissance: c'étoit vrai. Un mois après elle écrit encore au sujet de la petite; elle s'inquiète de son baptême, du nom qu'on lui a donné: «elle le voudroit joli.» C'est celui d'Amable qu'on lui donna. Enfin, déjà préoccupée d'une avenir dont elle eut le temps de prendre soin, et qu'elle fit fort beau: «Si, dit-elle, je vis assez pour marier ma nièce, elle le sera bien!» En 1698,—vous voyez qu'elle avoit hâte, car la petite ne faisoit qu'atteindre ses quatorze ans,—elle la maria au comte d'Ayen, depuis maréchal et duc de Noailles. La magnifique terre de Maintenon fut sa dot.

[99]: Un mois après la naissance de sa fille, il y vivoit déjà, malgré sa sœur. «Je vous ai conseillé de ne pas vous établir à Paris, lui écrit-elle le 18 juin 1684...»; puis sachant bien qu'avec un pareil homme ou insistoit toujours en pure perte, elle ajoute: «Mais un conseil n'est pas une defense.» Il se le tint pour dit, et ne retourna plus en province. Sa femme y resta. Lui menoit grande vie dans son hôtel de la rue des Saints-Pères; il alloit jusqu'à l'insolence: ne disoit-il pas le beau-frère quand il parloit du roi? Du moins c'est Saint-Simon qui l'assure.

[100]: C'est très vrai.

[101]: Mme de Maintenon lui obtint le cordon du Saint-Esprit à la promotion de 1688.

[102]: Combien de temps ne l'en pria-t-elle pas? «Vous n'êtes pas à Paris pour aller à l'Opera, mais pour faire votre salut», lui écrit-elle dès le mois d'octobre 1685. Il fut au moins dix ans à faire la sourde oreille; enfin il céda, comme il est dit ici.

[103]: Il mourut à Vichy le 22 mai 1703. Depuis plus de vingt ans Fagon l'y envoyoit prendre les eaux. Sa sœur, à en croire Mme de Sévigné, fut on ne peut pas plus affligée. (Lettre du 17 juin 1703.)

[104]: V., sur ce farceur, notre t. 7, p. 37, note.

[105]: Bluet d'Arbères, c'est-à-dire natif d'Arbères, dans le pays de Gex, se disant comte de Permission, est l'un des plus étranges fous de ce temps-là, mais fou aussi peu désintéressé que maître Guillaume, par exemple, et se faisant, comme lui, un gagne-pain de sa folie. Il avoit d'abord été charron, et, dit l'Estoille, «montoit en Savoie l'artillerie du duc, où on disoit qu'il se connoissoit fort bien». Lassé de ce métier, il vint à Paris, peut-être avec mission secrète d'espion, car on étoit en guerre avec M. de Savoie, et de ce fol rien ne m'étonneroit. Le fait est qu'il s'installa au centre des nouvelles, sur le Pont-Neuf, et se fit à sa manière le courtisan de tous ceux de qui l'on pouvoit recevoir ou apprendre quelque chose. Pour se donner une contenance ou un prétexte de gueuserie, il fit de petits livres, «quoiqu'il ne sçût ny lire ny escrire, et n'y eût jamais apprins», comme il le dit dans l'Institution et recueil de toutes ses œuvres. Je n'entrerai point dans le détail de ces livrets extravagants, illustrés de figures plus bizarres que le texte même. Ils n'intéressent que les bibliophiles; et tous, soit qu'ils les aient achetés à prix d'or, soit qu'ils aient dû se contenter de les envier, savent à quoi s'en tenir sur leur compte. Ce sont des oraisons, des sentences, des prophéties, le tout on ne peut plus amphigourique. Il en publia un recueil in-12 en 1600, avec dédicace à Henri IV. Il ne s'y contente pas du titre de comte de Permission, il y prend celui de chevalier des Ligues des XIII cantons suisses. Ses folies imprimées n'alloient pas à moins de 180 livrets ou morceaux numérotés. On n'en connoît guère que 107, y compris les livres 104, 113, 141 et 173, retrouvés depuis vingt ans à peu près, et la dernière pièce: Le Tombeau et Testament de feu Bern. de Bluet d'Arbères, dedié à l'ombre du prince de Mandoy, par ceux de la vieille Academie, 1606, in-8. La bibliothèque Sainte-Geneviève possède l'un des exemplaires les plus complets. Le recueil des 107 livrets connus n'est entre les mains d'aucun des plus riches bibliophiles, et c'est un de leurs grands chagrins. J'ai vu l'une des plus rares et des plus curieuses pièces dans le cabinet de M. Le Roux de Lincy. Elle sert de supplément à la 61e, et commence par: Libéralités que j'ai reçues. On y voit comment M. de Créqui a donné au comte de Permission «quatre écus et demi en cinq fois»; comment il reçut de Jacques Le Roy «deux escus et une rame de papier»; de Mme d'Entragues, une bague de grande valeur; de M. de Beauvais-Nangy, un bas de chausse de soie; de Mme de Payenne (de Poyane?), une aune de toile blanche pour faire des rabats; du duc de Nemours, «la fleur de ses amis», douze ducats, dont il se fit faire un superbe habit de frise noire. Le roi n'est pas oublié parmi ces bienfaiteurs: il donne cent livres de gages à Bluet d'Arbères, puis une chaîne d'or de cent écus, et, de plus, trois cent quarante écus en diverses fois. Qu'il seroit curieux, après cela, que le comte de Permission eût été un espion du duc de Savoie! Ce qui est à peu près assuré, ce dont tout le monde convient, même l'Estoille (Journal de Henri IV, 25 août 1603), c'est qu'il étoit beaucoup moins fou qu'il ne vouloit le paroître. Il eut tout au moins le bon sens d'économiser les profits de son extravagance. Un beau jour, tout compte fait, en additionnant jusqu'aux plus menus objets, «la bouteille d'huile que M. Cenamy lui avoit donnée pour sa salade», les mille chateries que lui prodiguoit Mme de Conti, etc., il se trouva qu'il n'avoit pas récolté moins de quatre mille écus. A trente ans de là, comme le remarque Nodier dans son curieux article sur Bluet d'Aubères (Bulletin du bibliophile, nov. 1835, p. 32, etc.), Corneille ne gagna pas tant avec le Cid, Horace et Cinna!

[106]: C'est-à-dire magnifique. Au 16e siècle, et même, comme on le voit ici, au commencement du 17e, tout ce qui étoit beau se disoit en cramoisi. V. Henri Estienne, Dialogue du nouveau langage françoys italianisé. Pour fier, superbe, on disoit rouge. Dans L'Amant rendu cordelier à l'observance d'amour, on lit les plus rouges (pour les plus fiers) y sont pris. Brantôme se sert du même mot à propos de l'insolence des Suisses contre M. de la Trémouille à Novare. Du mot rouge ainsi employé on fit le mot rogue, par une simple transposition de lettres.

[107]: C'est-à-dire «à la comédie aux Pois pilez», comme on lit dans le Baron de Fæneste, édit. Mérimée, p. 155. Ménage a rencontré juste pour l'étymologie du nom de ces farces. On appeloit pois pilés, dit-il, le marc des pois dont on avoit fait de la purée, et il n'étoit pas étonnant qu'on désignât par le même nom ces farces, qui n'étoient que salmigondis. Une phrase des Lettres de Malherbe à Peiresc (p. 24) lui donne raison, en prouvant qu'en effet pois pilés s'employoit dans le sens qu'on lui attribue ici: «C'est assez, Monsieur, écrit Malherbe; il faut finir nos fâcheux discours, qui sont plutôt pois pilés, c'est-à-dire une purée, un salmigondis, qu'une lettre.»