Estans sortis de leur chambre, ils prennent le chemin de Vaugirard, passent le Visage sur les six heures du soir, et de là vont sur les côtes des montagnes qui sont entre Meudon et Seure. Là ils se preparent de recevoir la mort ou quelque respit de vie; mais de respit il n'en faut point parler, car le diable, qui sçavoit des-ja qu'ils avoient ballancé pour implorer la misericorde de Dieu, n'avoit garde de leur donner du temps pour perdre sa proie. Astarot parust devant eux, non pas en ange de lumière, comme il avoit fait lors de la ratification de l'accord, pour ne les point estonner, ains avec une presence affreuse et du tout espouvantable, accompagné d'un million de demons qui environnoient ces pauvres gens de tous costez. Hé bien! dit Astarot, vous avez esté curieux de sçavoir la science des langues estrangères et de vous rendre invisibles par tout; il est temps de satisfaire et recompenser la peine de vos precepteurs et conducteurs.» Ces pauvres gens, effrayez non seullement de la parole, mais de la quantité des demons qui les environnoient, ne sceurent que respondre. Les articles entr'eux accordez leur sont representez; ils cognoissent la signature de leur sang; leur ame, qu'ils croyoient mourir avec le corps, ou que le corps fust sans ame, commence à les convaincre d'infidelité.

Pendant ces tristes discours, matines sonnent au novicial des capucins de Meudon, et au son de ceste cloche il se fait un tremblement de terre au lieu où les demons estoient, qui font lever une bourrasque de vent qui enlève en corps et en ame les six curieux, qui de visibles devinrent invisibles. Voila la fin deplorable que la curiosité apporte bien souvent.

Il ne faut point que le lecteur s'estonne de ceste histoire tragique; le diable en a joüé et en joue tous les jours de plus sanglantes. On ne sçait pas tous ceux qui ont des grimoires, ny tous les enchanteurs, ny tous ceux qui font des horoscopes, qui est une espèce de magie, ny la fin miserable de telles sortes de gens, parce que, leur temps venu, ils se retirent hors de leur maison, et vont sans compagnie satisfaire à la justice du diable.

Il ne faut point aussi que le lecteur revoque en doubte que non seullement dans Paris, mais par toutes les villes capitales de France, il y a des personnes qui sont pires que les diables, personnes qui se joüent à la plotte de l'immortalité de l'âme, et qui croyent et enseignent que l'ame est mortelle comme le corps; mais, helas! qui passent bien plus outre, soustenans qu'il n'y a point de Dieu. Les diables connaissent un Dieu et ne peuvent rien faire sans son commandement, et cognoissent l'immortalité de l'ame, et partant ces hommes la sont pires que les diables, pires que les anabaptistes, qui disent que le corps estant mort et mis dans le tombeau, l'ame de ce corps demeure vivante dans ce mesme tombeau, à costé du corps, attendant la resurrection d'iceluy pour se remettre dedans. Les Grecs, antiens payens et infidelles, ont escrit que les heroes sont les ames des hommes valeureux, qui, par leurs vertus et merites, après leur trepas montent à un degré plus auguste et une condition plus approchante de la divinité que ne sont les communs personages.

Je ne veux point m'estendre sur la justification de la preuve de l'immortalité de l'ame, car elle est plus clair que ce qui paroist à noz yeux. Les cahiers saincts en sont remplis; sainct Augustin le chante assez, et l'Eglise, espouse de Dieu, en a la parfaite cognoissance. Je concluray donc, en chrestien, par les regrets que je reçois en l'ame de voir tant de pauvres esprits curieux se precipiter d'eux mesmes dans le gouffre de l'enfer. D'aller chercher l'essence de Dieu, c'est vouloir mettre l'eau de la mer dans un demy septier; et l'immortalité de l'ame, c'est vouloir rendre un verre plus fort qu'un rocher. Bien heureux sont ceux qui, despoüillez de telles curiositez, se contentent seullement de croire ce que l'Eglise croit, et s'efforcent d'executer les commandemens de Dieu et de l'Eglise; bien heureux sont les pauvres d'esprit, puisque le plus souvent nous voyons abysmer dans les ondes infernales les doctes et les plus relevez en doctrines.

Mais afin que ce petit discours puisse destourner les curieux de telle curiosité, ou qu'il puisse profiter à ceux qui sont des-ja escripts dans la capitulation du diable, unissons nous tous d'un commun accord pour presenter nos prières à Dieu à ce qui luy plaise nous destourner de cet ambition de sçavoir tout, et de tout ne sçavoir rien, et que par sa grace il inspire à repentance ceux qui ont contracté et sont sur les poincts de contracter avec les demons pour perdre et leur corps et leur ame. Dieu commande au diable, et quoy que le diable ait la promesse d'une creature, signée et escripte de son sang, on le contrainct de la rapporter, et ce n'est pas la centiesme qu'il a rendue par les suffrages et les exorcismes de l'Eglise. Nous y sommes obligez puisqu'ils sont noz prochains, et s'ils sont indignes de noz prières, elles serviront à autre fin. Ainsi soit-il.

Fin.