[75]: Du Breul, comme on l'a vu dans la note précédente, n'évalue pas le dommage à une aussi forte somme.
[76]: Par arrêt du vendredi 10 avril 1579, le Parlement décida qu'il iroit le lendemain en corps à Notre-Dame «pour appaiser l'ire de Dieu»; ainsi qu'il est dit dans l'ordonnance conservée par Félibien, t. 5, Preuves, p. 9.—La cérémonie eut lieu, «et à mesme fin, dit L'Estoile, fut le lundi ensuivant faite procession générale à Paris.» (Collect. Michaud, t. 14, p. 114.) Une courte relation de ce sinistre, rédigée en latin, se trouve aux premiers feuillets d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale, Anonymi Visiones (manuscrits latins, no 3770). M. Maurice Champion en a donné une traduction dans son curieux livre, les Inondations en France, etc., 1858, in-8, t. 1, p. 238-239.
[77]: On écrivit d'abord galand, et l'on disoit par conséquent galande au féminin. La Fontaine fut celui qui conserva le plus longtemps cette forme. V. sa fable de la Belette et son conte l'Anneau de Hans Carvel. V. aussi Ancien Théâtre, t. 2, p. 148, et 5, p. 252.
[78]: Maigre, misérable. Nous ne connoissions ce mot que pris substantivement et au masculin, comme lorsqu'on dit, par exemple, un pauvre hère.
[79]: Ce mot, dont nous avons déjà trouvé un exemple a la même époque, est donc plus ancien qu'on ne pense. Lorsque Noël et Carpentier ont dit, dans leur Dict. étymologique (t. 2, p. 563), qu'il était nouveau en 1728, non-seulement ils ne connoissoient pas ces passages, mais, ce qui est plus grave, ils ne se rappeloient pas ce vers du Tartuffe:
Et vous ne deviez pas vous tant passionner.
[80]: Cette pièce fait partie d'une sorte de cycle plaisant, tout composé de satires du genre de celle-ci, ou de caricatures. Il date du règne de Louis XIII, et rien n'en a survécu chez le peuple que le nom du principal personnage, Lustucru. C'étoit l'époque où l'extravagance des précieuses faisoit croire plus que jamais à la folie des femmes. Qui donc redressera ces cervelles tortues? disoit-on. On inventa un type de forgeron, à qui l'on prêta le talent nécessaire, et, pour preuve de l'incrédulité qu'on devoit avoir en ses prodiges inespérés, on l'appela comme je viens de dire. «Or, depuis cela, écrit Tallemant (2e édit. t. X, p. 203), quelque folâtre s'avisa de faire un almanach où il y avoit une espèce de forgeron, grotesquement habillé, qui tenoit avec des tenailles une tête de femme et la redressoit avec son marteau. Son nom étoit L'Eusses-tu-cru, et sa qualité médecin céphalique, voulant dire que c'étoit une chose qu'on ne croyoit pas qui pût jamais arriver que de redresser la tête d'une femme. Pour ornement, il y a un âne chargé de têtes de femmes, et mené par un singe. Il en arrive par eau, par terre, de tous les côtés. Cela a fait faire mille folies.» On trouve à la Bibliothèque impériale plusieurs gravures du genre de celle dont il est ici question. Ainsi il en est une dans le Recueil des plus illustres proverbes, portant, le no 2239 du cabinet des estampes, au bas de laquelle on lit: «Céans, M. Lustucru a un secret admirable, qu'il a rapporté de Madagascar, pour reforger et repolir, sans faire mal ni douleur, les testes des femmes acariastres, bigeardes, criardes, dyablesses, enragées, fantasques, glorieuses, hargneuses, insupportables, sottes, testues, volontaires, et qui ont d'autres incommoditez, le tout à prix raisonnable, aux riches pour de l'argent et aux pauvres gratis. A la page 24 d'un autre volume du même cabinet, portant le no 2133, se trouve une image sur le même sujet. C'est l'illustre Lustucru en son tribunal. Des maris venus de tous les coins du monde le remercient et lui offrent des présents, en reconnoissance des services qu'il leur a rendus. Mais bientôt la farce se fait tragédie; le sexe se venge: sur une gravure des Illustres Proverbes (no 69), on voit Lustucru massacré par les femmes. Bien plus, elles s'en prennent aux époux ses complices; et une dernière estampe représente l'Invention des femmes, qui font ôter la méchanceté de la tête de leurs maris. Somaize connut cette dernière pièce, et y fit allusion dans sa comédie des Veritables Pretieuses (Paris, Jean Ribou, 1660, in-12). On y voit un poëte qui vient réciter le commencement d'une tragédie intitulée: La Mort de Lustucru, lapidé par les femmes. Le médecin céphalique trouve où se venger à son tour de ces pédantes. Quelqu'un lui ménage une apparition, où il leur dit bel et bien leur fait; voici le titre de cette pièce d'outre-tombe: L'ombre de Lustucru apparue aux Précieuses, avec l'histoire de dame Lustucrue sa femme, qui raccommode les testes des méchants maris, s. l. n. d., in-4o. «Eh! quoi! précieuses à la mode, leur dit-il entre autres choses, avez-vous cru que je sois sorty de ce monde-cy pour n'y plus revenir?... Reformez vostre chaussure trop haute et trop estroite, et fort incommode pour aller gagner les pardons, desquels vous avez tant besoin. Ne portez plus de si riches habits, parce qu'on diroit que l'estuy veut mieux que ce qu'il renferme. Vous n'estes pas toutes si belles que vous croyez: vostre miroir vous en peut dire la vérité, et quelquefois les petites boettes de vostre cabinet vous fournissent une beauté empruntée qui ne passe point avec vous dans vostre lict, et que vous laissez le soir sur la toilette.» Remarquons en passant que Boileau, dans sa 10e satire, a dit plus tard presque textuellement la même chose:
Attends, discret mari, que la belle en cornette,
Le soir ait étalé son teint sur sa toilette,
Et dans quatre mouchoirs, de sa beauté salis,
Envoie au blanchisseur ses roses et ses lis.
On sait d'ailleurs, par une indiscrétion de Brossette, que Boileau connoissoit la pièce que nous citons ici, et qu'il y prit encore autre chose pour sa 43e épigramme. C'est Chapelle un jour qui la lui avoit indiquée, en lui récitant les vers baroques imprimés à la fin. (V. Œuvres de Boileau, Desoer, 1823, in-8, p. 249, note.) Voici ces vers:
Il n'est si pauvre malotru
Qui ne trouve sa malotrue.
Aussi le bon L'Eusse-tu-cru
A trouvé sa L'Eusse-tu-crue.