[206]: On ne voyoit même pas toujours quel étoit l'opérateur. La belle veuve Mme Grasset, perle de l'île Saint-Louis, entretenoit sa fraîcheur par des remèdes dulcifiants. Un matin qu'elle étoit en position de s'en faire administrer un par Louison sa servante, celle-ci, déjà tout armée, s'aperçut qu'il manquoit un peu de lait clarifié dans la dose prescrite par M. Renard le medecin, et à tout petit bruit elle courut à la cuisine, sans que sa maîtresse, qui, le nez dans la ruelle, ne pouvoit la voir, remarquât seulement son absence. Mme Grasset avoit deux prétendants, M. de Lorme et M. d'Argencourt, son neveu. C'est celui-ci qui arriva sur ces entrefaites. Mme Grasset crut que c'étoit Louison, et quand, tout ému, il eut pris l'arme abandonnée, et qu'il l'eut braquée, avec une justesse que son trouble ne sembloit pas permettre, elle continua de croire que le service lui étoit rendu par la main exercée de sa servante. Une lettre du jeune homme vint, à sa grande confusion, la détromper le lendemain. Il commençoit par demander pardon de son bon office, puis il en réclamoit le salaire, en disant qu'il mourroit s'il ne l'obtenoit pas, après avoir eu le malheur de le mériter. Son aventure, ajoutoit-il, rappeloit celle d'Actéon, qui, s'il n'eût été métamorphosé, seroit mort du désir de revoir, après avoir vu. Mme Grasset n'avoit rien de la déesse Diane, surtout la cruauté. Elle épousa M. d'Argencourt. Cette aventure, qui arriva réellement, comme on peut le voir dans une note de Saint-Simon sur Dangeau, fut mise en nouvelle. Elle parut en 1678, sous le titre de: L'Apothicaire de qualité, qui plus tard, quand on l'imprima dans les recueils, se changea en celui de: Le Mousquetaire à genoux. On ajoutoit: nouvelle françoise et tout à fait bourgeoise, afin de dépayser les curieux au sujet des personnages, qui étoient du grand monde. La Bibliothèque des romans l'a reproduite dans son 2e volume d'avril 1777, p. 144-157.
[207]: Vous aurez bien de la peine. On disoit plus souvent, dans ce sens, suer d'ahan. Plus anciennement, on avoit dit en hanner, comme on le voit dans la vieille traduction françoise des Dialogues de saint Grégoire (Biblioth. imp., fonds Notre-Dame, no 210 bis, fol. 115). Les hommes employés aux corvées, qui, en bas-breton, s'appellent anez, étoient désignés par le mot de ahaniers (Froissart, édit. du Panthéon littér., t. II, p. 339). Aujourd'hui encore, dans l'Orléanais, dans le Lyonnais, etc., ceux qui ramassent les immondices s'appellent des âniers.
[208]: Grêle se prenoit proverbialement dans le sens de malheur. On dit encore, dans quelques provinces: c'est la grêle, pour: c'est malheureux; et, dès le dix-septième siècle, avoir l'air grêlé signifioit: avoir l'air misérable. (V. Destouches, Le Glorieux, acte IV, sc. 7.)
[209]: S'éloigner. Je trouve ce mot employé, avec le même sens, par Estienne Pasquier, liv. I, lettre 3.
[210]: Mécanique, d'après le dictionnaire de Richelet et de Trévoux, se disoit pour un homme bas, vilain, avare. Montaigne (liv. III, ch. 6) avoit employé ce mot dans un sens à peu près semblable.
[211]: Dans l'Orléanais, on dit encore, avec le même sens: avoir une couée d'enfants.
[212]: C'étoit, à ce qu'il paroît, une façon de parler à la mode. Malherbe, dans la chanson que lui prit Gaultier-Garguille, l'a prêtée à Robinette. (V. notre édit. des Chansons de Gaultier-Garguille, p. 74.)
[213]: Il s'agit des livres dont nous avons parlé plus haut, note 2, et notamment des ouvrages de Nervèze. Une coquette des chansons de Gaultier-Garguille répond aux galanteries de son amant:
Je cognois à vos beaux discours
Que vous lisez Nervèze.
(V. notre édit., p. 98, note.)