[214]: C'est un mot encore employé dans l'Orléanais, avec le sens de remuant, affairé.
[215]: Dans le sens de: quoique. Cette expression, fort employée au 16e siècle et au commencement du 17e (V. Des Périers, 1735, in-12, t. I, p. 18), fut proscrite par l'Académie dans ses Observations sur Vaugelas.
[216]: Ce mot étoit un provincialisme que Furetière ne dédaigna pas de ramasser. Les lexicographes de Trévoux le lui prirent, en demandant où il l'avoit trouvé. C'étoit peut-être dans cette pièce. Voici l'exemple qu'il cite: «Cette femme est allée à la presse: ses habits, son linge, ont été foupis.»
[217]: Ces interminables façons étoient de l'étiquette du temps. Je trouve dans un des petits livres de Réponses et réparties, qui étoient alors le vade-mecum de la politesse, un exemple en action de ces sortes de scènes de réception. On vous prie de passer le premier: «Ne m'empêchez pas, je vous prie, dites-vous, de vous rendre les devoirs que je vous dois.» A nouvelles instances, résistance nouvelle, et vous dites: «N'insistez pas, Monsieur, et gardez le pouvoir que vous avez sur moi pour une autre occasion.» Il faut pourtant céder; vous ne le faites qu'en courbant la tête: «Eh bien! soit, Monsieur, dites-vous, car je vous honore trop pour en appeler de vos ordonnances.» S'il vous plaît d'employer une variante pour ce compliment, vous dites: «Que cela soit ainsi, car si je ne savois pas vous obéir, je ne serois pas votre serviteur.»
[218]: C'étoit un compliment bourgeois, dont Caillières conseille à la bonne compagnie de se garder: «Il est vray, fait-il dire au commandeur, qu'il ne suffit pas de sçavoir les bonnes façons de parler pour s'en servir: il faut connoître les mauvaises pour les éviter, surtout certains dictons, qui font l'ornement des discours de la bourgeoisie, et dont M. Thibault nous a donné un exemple lorsqu'il a dit à madame qu'il vaut mieux être incivil qu'importun.» (Du bon et du mauvais usage dans les manières de s'exprimer. Paris, 1693, in-8, p. 114.) Molière, à qui rien n'échappoit, n'a pas manqué de mettre cette banalité bourgeoise dans la bouche de M. Jourdain (Bourgeois gentilhomme, acte III, sc. 4). C'est un trait de caractère que les commentateurs auroient bien fait de remarquer au passage. Il y avoit, du reste, longtemps que ce lieu commun poli circuloit dans la bourgeoisie française et anglaise. Ecoutez Stander dans les Joyeuses commères de Windsor; après un assaut de politesse, il dit à mistress Page la même chose: «I'll rather be unmannnerly than troublesome.»
[219]: L'auteur de l'excellente Histoire des anciennes corporations d'arts et métiers de la ville de Rouen, etc., Rouen, 1850, in-8, M. l'abbé Ouin-Lacroix, n'a eu connaissance ni de cette pièce fort intéressante, ni même de la curieuse affaire dans le dossier de laquelle il faut la placer.—Le débat eut lieu, comme on le verra, en 1773. Quelques années auparavant, il s'en étoit élevé un tout semblable à Paris: les perruquiers-barbiers d'un côté, et, de l'autre, les coiffeurs des dames étoient aussi en présence. La cause, portée à la grand'chambre dans les premiers jours de janvier 1769, fut gagnée par les coiffeurs des dames. «Les grâces, dirent alors les Mémoires secrets (t. IV, p. 216), ont triomphé du monstre de la chicane.» Le procureur Bigot de la Boissière avoit fait en faveur du parti qui eut gain de cause un mémoire fort plaisant, qui, «répandu à profusion, fit l'entretien du jour.» Le tribunal, qui tenoit à ne pas rire, fit supprimer le mémoire. Malgré cette suppression, il est bien moins rare que celui que nous publions ici. Il a été réimprimé dans un charmant recueil du temps (Causes amusantes et connues, 1769, in-12, t. I, p. 367-390.)—Il existe sur cette même affaire une pièce anonyme en assez jolis vers sous ce titre: Les coeffeurs des dames contre ceux des messieurs, 1769, in-8.
[220]: En 1686, la corporation des enjoliveuses ou modistes, comme nous dirions aujourd'hui, avoit obtenu du parlement de Normandie le privilége exclusif des ouvrages de cheveux.
[221]: A Paris, les prétentions avoient été les mêmes: «Les maîtres barbiers-perruquiers, dit Bigot de la Boissière, sont accourus avec des têtes de bois à la main; ils ont eu l'indiscrétion de prétendre que c'étoit à eux de coiffer celles des dames. Ils ont abusé d'arrêts qui nous sont étrangers, pour faire emprisonner plusieurs d'entre nous; ils nous tiennent, en quelque sorte, le rasoir sous la gorge.» (Causes amusantes, t. I, p. 367.)
[222]: C'est ce que dit aussi Me Bigot de la Boissière en faveur de ses clients; mais s'il parloit pour nos clientes, il auroit bien mieux raison: «Le coiffeur d'une dame est, dit-il, en quelque sorte le premier officier de sa toilette; il la trouve sortant des bras du repos, les yeux encore à demi fermés, et leur vivacité comme enchaînée par les impressions d'un sommeil qui est à peine évanoui. C'est dans les mains de cet artiste, c'est au milieu des influences de son art, que la rose s'épanouit en quelque sorte, et se revêt de son éclat le plus beau. Mais il faut que l'artiste respecte son ouvrage; que, placé si près, par son service, il ne perde pas de vue l'intervalle quelquefois immense que la différence des états établit; qu'il ait assez de goût pour sentir les impressions que son art doit faire, et assez de prudence pour les regarder comme étrangères à lui.»
[223]: Me Bigot ne plaidoit pas pour des artistes femmes, mais il ne mit pas moins de grâce à décrire la délicatesse de leurs travaux capillaires, et à ravaler ceux de leurs antagonistes: «La profession de perruquier, s'écrie-t-il, appartient aux arts méchaniques; la profession de coiffeur des dames appartient aux arts libéraux... L'art des coeffeurs des dames, dit-il encore, est un art qui tient au génie.» Puis il se plaît à décrire les nuances de talent qui y sont nécessaires: «L'accommodage se varie suivant les situations différentes. La coiffure de l'entrevue n'est pas celle du mariage, et celle du mariage n'est pas celle du lendemain. L'art de coiffer la prude et de laisser percer les prétentions sans les annoncer, celui d'afficher la coquette et de faire de la mère la sœur aînée de la fille; d'assortir le genre aux affections de l'âme, qu'il faut quelquefois deviner; au désir de plaire, qui se manifeste; à la langueur du maintien, qui ne veut qu'intéresser; à la vivacité, qui ne veut pas qu'on lui résiste; d'établir des nouveautés, de seconder le caprice, et de le maîtriser quelquefois: tout cela demande une intelligence qui n'est pas commune et un tact pour lequel il faut en quelque sorte être né.»