Une étrangère ne fait pas
Sur le rempart le moindre pas
Que nos sœurs n'en soient enquesteuses.
Un élégant peigne en leurs mains
Se change en charmant caducée;
Les cœurs féminins sont humains,
Une coiffeuse est si rusée:
«—Eh bien! que pense-t-il de moi,
Lindor, dont tu parles sans cesse?
—Madame, sa noble tendresse
Ne peut vous inspirer d'effroi;
Il vous offre son pur hommage.
—Comment me trouve-t-il?—Au mieux,
A miracle, et, sans persifflage,
Il proteste que vos beaux yeux...
—Est-il riche?—Il donne équipage,
Maison montée, et, pour raison,
L'aimable petite maison.
—Achève ton accommodage!»
Ainsi nos sœurs dans ce canton
Font plus d'un galant personnage:
Coeffant les dames du bon ton
Et les nymphes du bel usage,
Officieuses de Cupidon
Et faiseuses de mariages
Par devant le dieu du plaisir
Et son confrère le Désir.

[232]: Il y avoit, depuis le 14e siècle, un marché au vieux cimetière Saint-Jean. Depuis quelques années, la construction «de fort beaux logis qui rendoient de grands revenus à la fabrique de Saint-Gervais», comme il est dit dans le supplément aux Antiquités de Paris de Du Breuil, 1639, in-4, p. 59, en avoit un peu diminué l'étendue, mais l'avoit fort embelli.

[233]: Cette pièce nous a semblé bonne à reproduire, parce qu'elle est le véritable Catéchisme des poissardes, au commencement du règne de Louis XIV. Elle suffiroit à prouver que le genre poissard n'a eu pour créateur ni l'auteur de Madame Engueule, ou Les accords poissards, comédie-parade, 1754, ni l'illustre Vadé. Voisenon, d'ailleurs, avoit déjà contesté à celui-ci cette noble gloire. (V. ses Œuvres, t. IV, p. 72.) Au temps des Valois, il étoit déjà de bon ton, comme au temps de Louis XV, de bien entendre le langage de la place Maubert. Catherine de Médicis y excelloit: «La royne-mère, lit-on dans le Scaligerana (1667, in-12, p. 46), parloit aussi bien son goffe parisien qu'une revendeuse de la place Maubert, et l'on n'eust point dit qu'elle estoit Italienne.» On disoit quelquefois goiffe pour gof, quand on parloit de ce langage populaire (V. le fragment d'une lettre inédite de Maynard, dans le catalogue des autogr. de M. Ch...; janv. 1856, p. 20). J'étois porté à croire que de goiffe on avoit fait goiffeur, puis goipeur; mais ce dernier mot, qui désigne, comme on sait, un viveur, dérive plutôt du mot espagnol, dont il est ainsi question dans les Mélanges d'histoire et de littérature de Vigneul-Marville (1re édit., p. 325): «Il y a en Espagne de jeunes seigneurs appelés guaps, qui ont rapport à nos petits-maîtres. Guap, en espagnol, veut dire brave, galant, fanfaron

[234]: C'est, on le voit, tout à fait le style poissard. La rime, c'est-à-dire l'assonnance, n'y manque même pas.

[235]: Voilà un calembour qui a été repris bien souvent. M. de Bièvre fut le premier plagiaire.

[236]: Montmartre et les poissardes furent toujours de vieilles connaissances. Un des ouvrages classiques du genre poissard est daté de ce sot mont: ce sont les Lettres écrites de Montmartre par Jeannot Georgin (Ant.-Urbain Coustelier). Londres, 1750, in-12.

[237]: Lisez empreuf et deux, comme nous le trouvons dans une pièce de l'Ancien théâtre (t. III, p. 54), ou plutôt encore empreu et deux, comme dans la Farce de Pathelin (édit. 1662, p. 21). Cette locution, qui se trouve aussi dans le Ménagier de Paris (t. I, p. 141), étoit la manière de compter en usage autrefois. On l'avoit empruntée aux écoliers. Quand ils tiroient au sort, au commencement d'une partie de jeu, ils disoient, pour le premier sorti, empereur. C'étoit le terme classique. Empreu est une abréviation, qui en a amené une autre, qu'on emploie toujours. Dans toute partie de lycéens, celui qui joue le premier est le preu. Le nom de preux donné aux meilleurs chevaliers vient peut-être aussi de ce qu'ils étoient les premiers, les preux en courage.

[238]: Le vocabulaire de ces dames n'avoit pas été refait depuis la harangère du Petit-Pont, qui combattit le régent à belles injures: «Va, va, lui dit-elle, porte ton liard aux tripes.» (Œuvres de Bon. Des Periers, édit L. Lacour, I, 224.)

[239]: Ce mot étoit alors une injure, comme on voit. Il ne se prenoit pas encore pour marchand des halles, il étoit synonyme de vaurien, voleur. C'est d'ailleurs le sens qu'il avoit déjà du temps de Roger de Collerye (V. ses Œuvres, édit. Ch. d'Héricault, p. 272), et de Jacques du Bois (Jacobus Sylvius), qui, dans son Isagoge (1581, in-4, p. 4), dit positivement que poissard se disoit pour voleur (pro fure); à cause de cela, il le fait venir de picare, mot latin, dont les dérivés sont notre verbe picorer et le picaro espagnol. Les voleurs antiques se poissoient les mains, afin de saisir les pièces d'argent au simple toucher. (V. Martial, liv. VIII, épigr. 59.) C'est ce qui avait fait donner au verbe picare (poisser) le sens que nous lui trouvons, et que le mot poissard perpétua si longtemps chez nous. (V. encore notre article sur ce mot dans l'Encyclopédie du XIXe siècle, t. XIX, p. 711.)

[240]: Cette façon de prononcer, en faisant sonner un a au lieu d'un e, étoit purement parisienne au 16e siècle: «Vela pourquoy vous voulez avoir un sarment», fait dire Henri Estienne à Philosaune; à quoi Celtophile répond: «Pardonnez-moy, je ne pense ni à sarment, ni à vigne.—Philos.: J'ay dit sarment pour serment; c'est un petit parisianisme de la place Maubart.» (Deux Dialogues du nouveau langage françois italianisé, p. 398.)