[251]: Cette pièce, que je crois fort rare, n'est sans doute qu'un petit roman, comme il en couroit tant alors. Elle n'en est pas moins curieuse, en ce qu'elle prouveroit combien l'attention du public s'intéressoit à tout ce qui lui parloit déjà d'Alger et de ses princes. Il n'y avoit pas longtemps que Catherine de Médicis avoit fait entreprendre des négociations à Constantinople pour faire donner à celui de ses fils qui fut depuis Henri III l'investiture du royaume d'Alger. (De Meyer, Galeries du XVIe siècle, t. 2, p. 69.) On savoit quelle étoit la richesse de ce pays, auquel, sous Henri II, l'on avoit même fait d'assez gros emprunts d'argent, et on trouvoit qu'il seroit plus avantageux de mettre sa main sur le trésor que d'être obligé d'y recourir encore pour de nouveaux prêts. (V., dans les Mémoires de Nevers, le Journal des premiers états de Blois.) Comme on n'étoit pas de force à faire la guerre, on négocioit, ainsi que je l'ai dit, mais on n'obtint rien. Pendant la révolution, la France eut souvent besoin de crédit auprès de cette Régence, et ne fit que se compromettre par son peu de fidélité, dans les payements. (Revue rétrospective, janvier 1835, p. 150-152.) Elle avoit notamment emprunté, par l'entremise du juif Coen-Bacri, négociant d'Alger, 200,000 piastres au dey, qui ne furent jamais rendus. C'est pour mettre fin aux réclamations, assaisonnées de violences et de coups d'éventail, dont cette affaire étoit devenue l'objet de la part du dey Hussein, que l'expédition de 1830 fut résolue. Pour ne pas payer le dey, on le détrôna. (Sur quelques pièces relatives à cette affaire et signées de M. de Talleyrand, 27 prairial an VI, V. le Catalogue des autographes, dont la vente eut lieu le 23 mars 1848, p. 100, nos 615-616.) La fille du dey, la princesse Aïssa, vint habiter Marseille, où j'ai vu ses charmants enfants en juin 1848. Elle avoit fait, quelques mois auparavant, avec son interprète, M. Farqui, un voyage à Paris pour obtenir de Louis-Philippe la restitution de plusieurs propriétés qui lui avoient appartenu à Alger; mais je ne sache pas que la révolution de 1848 ait laissé au roi le temps de faire droit à sa requête. Elle n'étoit pas chrétienne, et n'avoit même, comme la Royne d'Algier dont il est ici question, nulle envie de le devenir. Au XVIe et au XVIIe siècle, il ne fut pas rare de voir de ces baptêmes de musulmans. L'Estoille, sous la date du 13 juillet 1607, parle de l'inhumation d'une femme barbaresque prise en mer avec plusieurs autres par un capitaine florentin, amenée, puis baptisée à Florence, où Marie de Médicis avoit été sa marraine; mariée ensuite à Mattiati Vernacini, et devenue enfin femme de chambre de la princesse, qu'elle accompagna en France, où elle mourut. Dans la Gazette rimée de du Lorens (25 juillet 1666), il est parlé d'un prince ottoman retiré à Paris, que notre gazetier déclare être un époux des plus sortables pour une infante de Perse tout récemment arrivée dans la même ville; malheureusement le musulman s'étoit fait jacobin. En 1688, on fit, à Versailles, le baptême de deux princes de Macassar. (Journal de Dangeau, t. II, p. 103.) On connoît enfin le prétendu roi d'Ethiopie qui fit tant de bruit à Paris sous Louis XIII, et aussi le petit prince de Madagascar que M. de Mazarin fit, à la même époque, venir à Paris et baptiser. (Tallemant, édit. in-12, t. X, p. 244.)
[252]: C'est à peu près ce qui arriva, vers 1784, à Mlle Aimée Du Buc, créole de la Martinique, amenée à Nantes pour y faire son éducation, et prise par des corsaires sur le vaisseau qui la reconduisoit dans son île natale. Le dey d'Alger, à qui elle fut donnée, l'offrit en présent à Abdul-Hamed, dont elle eut un fils qui fut le sultan Mahmoud. On fait honneur à la belle créole, devenue sultane Validé, de quelques-unes des réformes accomplies par son fils et de l'heureuse influence que le gouvernement françois eut longtemps sans partage à Constantinople. On peut lire dans l'Illustration (février 1854) un curieux article de M. Xavier Eyma sur Mlle Du Buc, et aussi les Lettres sur le Bosphore.
[253]: Carfour, sur lequel nous avons déjà publié une pièce, t. VI, p. 321-328, est l'un des plus fameux chefs de bande qu'il y eût en ce temps où les voleurs étoient si nombreux dans les villes aussi bien que dans les campagnes. Par plus d'un point il ressembloit à Guilleri, mais il étoit moins gentilhomme, moins capitaine. C'étoit le tire-laine véritable, cherchant plutôt les expédients et les ruses que les coups d'audace: «Ses compagnons, est-il dit dans un passage déjà cité de l'Inventaire général de l'histoire des larrons (liv. II, ch. 7), ne l'appeloient que le Boémien, car il savoit toutes les règles du Picaro, et il n'y avoit jour où il n'inventât de nouvelles souplesses pour les attraper.» Une de ses ruses, racontée dans ce même Inventaire général, a été reprise par Gouriet dans ses Personnages célèbres des rues de Paris, t. II, p. 43.
[254]: Il avoit fait comme tant d'autres; de soudart il étoit devenu voleur de grand chemin. La Fontaine, qui connoissoit ces fléaux de la paix, lui préféroit presque la guerre: «Si elle produit des voleurs, écrivoit-il à sa femme, elle les occupe, ce qui est un grand bien pour tout le monde, et particulièrement pour moi, qui crains naturellement de les rencontrer.» (Œuvres complètes, 1836, in-8, p. 609.)
[255]: Dans une pièce du t. I, p. 206, il est parlé de ces prévôts des maréchaux et de leur lieutenant.
[256]: C'étoit un déguisement que les voleurs des bois prenoient alors volontiers. Il est parlé, dans l'Histoire du diocèse de Paris, de l'abbé Lebeuf, t. XI, p. 20, de deux gardes-chasses de Mme de Bassompierre, qui, ainsi couverts soit d'une robe d'ermite, soit d'une livrée de grande maison, savoient attirer dans leurs embuscades les gens qui leur sembloient devoir être une riche proie. Ils infestoient surtout la grand'route d'Orléans, aux environs d'Arpajon, à l'endroit où le voisinage de la vallée Torfou ou de Trefou la rendoit alors si dangereuse. Il a déjà été question de cette forêt dans notre t. I, p. 206, et nous avons donné en note une mauvaise explication de son nom. Il est probable que Carrefour, qui ravageoit de préférence les environs de Paris, avoit devancé dans ce célèbre coupe-gorge les deux bandits dont nous venons de parler. Il y aurait au reste été précédé lui-même par le capitaine Mirloret, dont, suivant l'Estoille, la rencontre y étoit si dangereuse un peu avant 1610. (Edit. du Panth. litér., t. II, p. 647.) La Fontaine, allant en Limousin, ne manqua, pas de maudire en passant ce lieu funeste. Ce qu'il en écrit à sa femme (1re Lettre) prouve qu'il avoit raison de maudire et de trembler:
C'est un passage dangereux,
Un lieu pour les voleurs d'embuche et de retraite.
A gauche un bois, une montagne à draite,
Entre les deux
Un chemin creux.
[257]: En 1605, les Barbets avoient aussi infesté en plein jour les maisons de Paris en se servant de divers déguisements: «Trouvant moyen, dit l'Estoille (t. II, p. 390), d'entrer aux maisons sous couleur d'affaire qu'ils disoient avoir aux maîtres d'icelles; après les avoir accostés sous prétexte de leur parler, demandoient de l'argent avec le poignard sous la gorge. Entre ceux qui furent volés, on compte le président Ripault, le trésorier de M. de Mayenne, nommé Ribaud, lequel ils contraignirent de leur donner deux cents écus en or; et un avocat nommé Dehors, auquel, après l'avoir lié, ils volèrent la valeur de deux mille écus, ainsi qu'on disoit. Chose estrange de dire que dans une ville de Paris se commettent avec impunité des voleries et brigandages, ainsi que dans une forêt.»
[258]: Elle eut lieu à Dijon quelque temps après, ainsi que l'apprend la pièce publiée dans notre t. VI: Recit veritable de l'execution faite du capitaine Carrefour, general des voleurs de France, rompu vif, à Dijon, le 12 decembre 1622.
[259]: En publiant cette pièce, nous tenons une promesse que nous ayons faite t. I, p. 116, dans la note 1 d'une pièce qui est aussi relative aux frères de la Rose-Croix, et à laquelle nous aurons souvent à renvoyer le lecteur.