Les grandes villes ne respirent que le repos, et détestent tous ceux qui ont été les auteurs des derniers troubles.

L'Ordre ecclésiastique est tout dépendant de la cour et du favori, de qui ils ont reçu leurs bénéfices.

Tous les gouverneurs de places sont attachés de même à la cour et au cardinal.

Tous les grands seigneurs se plaignent, et je n'en connais pas un seul qui soit capable de rien.

Pour Paris, tout le monde déteste le présent gouvernement, et s'y assujettit pourtant volontairement.

On a cru que le cardinal de Retz pourroit causer quelque altération pour le jubilé[48], car, venant à être donné par ses ordres, l'autorité du roi étoit en quelque façon violée, et le jubilé étant refusé au peuple, cela devoit, selon toute apparence, causer quelque sédition; cela n'a point du tout réussi: Les grands-vicaires nommés par le cardinal de Retz ont été mandés en cour. Un d'eux a obéi et y est allé; l'autre y a été amené par force, et le peuple n'a point remué. Et quand on auroit pris tous les curés prisonniers, personne n'auroit rien dit. On voit clairement que dans Paris on veut le repos, et qu'on ne veut plus entendre à aucun remuement; cela est certain.

Quant aux courtisans, ils sont toujours mal contents; mais avec cela, il découle toujours quelque douceur qui les appaise, et nul n'est capable de rien.

Le maréchal de Turenne, qui seul a sens, courage et expérience, est asservi à la faveur; car, depuis qu'il est marié[49], il a si grande peur de perdre la fortune de sa famille, qu'il est le valet des valets de M. le cardinal[50]. Les autres courtisans sont pires que valets, car ce sont des esclaves.

Pour les princes, le duc d'Orléans est dans sa maison de Blois, entièrement enseveli dans la douceur de la vie champêtre[51]. On le prie de venir en cour, et on ne désire pas qu'il vienne. Et lui aime son repos et considère que s'il étoit à la cour, il seroit le jouet des favoris, qui, tous les jours, le rendroient méprisable. Il n'est point homme ni à faire ni à entendre à aucune entreprise, quand même elle seroit assurée.

M. le prince de Condé est brave de sa personne, comme vous savez; mais tout son parti est ici entièrement anéanti. Il est pourtant très certain que s'il avoit un bon succès, il arriveroit ici une grande révolution; mais s'il ne gagne une bataille, il n'y a rien à faire pour lui[52].