Rapport d'un affidé de l'Angleterre, à Paris, en 1655[44].
5 juillet 1655.—J'ai reçu votre lettre, par laquelle j'ai vu ce qu'on m'offre par mois, jusqu'à ce que je me sois fait connaître, ce que j'accepte.
Mais j'entends que quand on aura vu comment je peux servir, et quels services je peux rendre, on augmente de beaucoup ma pension.
Je vous prie de bien faire comprendre ceci: qu'on ne peut pas faire naître les occasions à servir, mais qu'on peut seulement les embrasser lorsqu'on les trouve. Ce que je dis parce que peut-être on pourra s'étonner de la stérilité des avis, ce qui procédera du cours des affaires, et non de ma faute.
Assurez-vous que le prince de Condé ne fera grand'chose cette campagne, que les Espagnols se tiendront sur la défensive, et que nous faisons cette année de grands progrès partout.
8 juillet.—Présentement, il n'y a nul changement à attendre en ce royaume. Les peuples sont accablés de misères, de tailles, de toutes sortes d'impositions, qu'ils aiment mieux souffrir que la guerre[45].
La noblesse est tellement ruinée, qu'elle n'est pas capable de monter à cheval pour aucune exécution, quelque apparence qui leur puisse être présentée d'une plus avantageuse condition[46].
Les parlements sont tous asservis, et ceux qui les composent n'oseroient parler ni rien dire contre le présent gouvernement[47].