Quelques braves vont contant
Quel bruit font en s'escartant
Les grains mortels des grenades,
Si bien qu'un bourgeois peureux
Baisse la teste auprès d'eux
Comme au bruit des mousquetades.
L'on y void à certains jours,
Sans rideaux et sans velours,
Un vieil coche de la foire
Où l'on void fort librement
Qu'il a l'air assurément
D'un bordel ambulatoire[43].
Il y vient certains censeurs
Blasmer le siècle et les mœurs,
Et le luxe des étoffes,
Qui font aller leurs chevaux
A pas gravement esgaux,
Pour marcher en philosophes.
Si bien que Fontainebleau
N'a point de si vif tableau,
Encore qu'il en abonde,
Et de guerres et d'amours,
Comme on en void dans le Cours
De la cabale du monde.
Mais quand le soleil, penchant
Sur les rives du couchant,
Replie ses tresses blondes,
Dont le vermeil nous reluit,
Et prend son bonnet de nuit
Pour dormir dessous les ondes,
Retirons-nous, il est tard;
Allons prendre nostre part
Des biens que la terre nous donne,
Et cherchons en lieu secret
La bonté d'un vin clairet,
Car le jour nous abandonne.
Recevez bien ce récit,
Pardonnez si je n'ay dit
Tout ce qui se pouvoit dire:
Car j'ay craint qu'il n'arrivast
Que sa lecture ennuyast
Comme il m'ennuye à l'escrire.
Ce tableau laborieux
Est discret et curieux,
Et fait pourtant bien connoistre
Aux bons esprits que celuy
Qui blasme si bien autruy
Sçauroit bien louer son maistre.