Les braves à l'œil froncé
D'un air demy courroucé
Font flotter leurs grands panaches,
Aux portières s'avançant,
Et guignent tous les passants
Au travers de six moustaches[37].

Le mariolet[38] plus huppé
Fait monstre du point eouppé,
N'osant dire ce qu'il pense,
Car il voit le fanfaron
Menacer de l'esperon
Au premier pas qu'il s'avance.

Les visages peinturés
Sont des amants adorés;
La vieille fait la folastre,
Couverte d'huile de talq,
Et, se tenant à l'escart,
Montre un visage de plastre.

Les barbes des vieux Gaulois,
Malgré les sévères lois
De l'aage qui tout consomme,
Noircissent tous les matins,
Et sans faveur des destins
On voit rajeunir un homme.

Les mignons délicieux
Viennent faire les doux yeux
Aux desseins qui les attendent,
Et tient-on pour vérité
Que d'un ou d'autre costé
Messieurs ont ce qu'ils prétendent.

Le bourgeois passe riottant
Et promène en s'esbattant
Cinq enfants et deux nourrices
Qui ont plein leurs devanteaux
De craquelins, de gasteaux,
De guignons, de pain d'espice[39].

La soubrette a son dessein
Et se fait gonfler le sein
Plus dure qu'un cuir de botte,
Et veut charmer de cela
Les yeux de son Quinola[40],
Qui lui promet une cotte.

Les discrettes dans le Cours
Font les doux yeux sans discours,
Droites comme des pouppées,
Et leurs amants ajustés
Ressemblent, à leurs costés,
Marmots de pommeaux d'espées.

Les nobles de cent couleurs,
Estendus parmy les fleurs[41],
Se paillardent sur la soye,
Laissant dans le désespoir
Le commis vestu de noir
Qui n'a que la petite oye.

Un farouche vient au trot
Et s'en va, sans dire mot,
Guetter le monde à la porte[42];
Je crois que le plus souvent
Il n'y cherche que du vent,
Et c'est ce qu'il en remporte.