La Promenade du Cours, à Paris, en 1653[30].

Prince[31], qui fustes jadis
Un des saincts du paradis
Ou petit Dieu d'amourettes,
Merveille des beaux esprits,
Et dont le cœur fut espris
De mille flammes distrètes,

Escoutez donc ce discours
Concerté dedans le Cours
Et dans ces objets grotesques
Dont les jeunes favoris
Bannissent les vieux maris
A barbes pantalonesques[32].

Or pour le moins, s'ils y sont,
Les pauvres viellards s'en vont
Dès les cinq heures sonnées;
Le serein est dangereux
Et les rendroit catherreux
En l'hyver de leurs années.

Aussitost qu'ils sont partis,
Les galants sont advertis
Que les vieillards font retraite.
A l'approche des amis,
Les masques et les mimis[33]
Se donnent à la soubrette.

Lors, d'un pas doux et coulant
Les carrosses vont branlant
Portière contre portière[34];
Et si le Cours est poudreux[35],
Les larmes de l'amoureux
Raffermissent la poussière.

Là s'apprennent tous les maux
Des domestiques deffauts,
Par l'envie des coquettes,
Qu'une telle est du mestier,
Qu'un autre est banqueroutier,
Qu'un tel porte des cliquettes[36].