Le Protecteur est ici fort estimé du peuple et des plus sensés.

Nos ministres d'Etat les plus signalés disent que le Protecteur n'a point fait de fautes en sa conduite, mais que nous en faisons tous les jours.

On ne croit pas qu'entre lui et nous il y ait jamais aucun bon et solide accomodement.

On tient que le Protecteur balancera toujours les affaires sans se déclarer ni pour ni contre nous.

On croit qu'il entretient le prince de Condé de vaines espérances, dont on ne verra nul effet.

M. le prince est aussi lassé des longueurs par lesquelles le Protecteur le mène depuis trois ans, sans avoir encore rien fait en sa faveur.

On ne croit pas que ce soit l'intérêt du Protecteur de rien entreprendre ouvertement contre la France.

On croit qu'il menacera toujours sans rien faire contre nous.

On croit pour certain que M. le prince s'accomodera avec le cardinal, et que M. le duc d'Enghien épousera une nièce que l'on garde ici pour cela, outre trois autres et un neveu qui viennent bientôt.

M. de Candale[67] et M. le grand-maître de la Meilleraye[68], qui devoient épouser des nièces, sont traités fort froidement, à cause qu'ils ont trop délibéré; et à la fin, il faudra qu'ils les demandent avec grande soumission, et peut-être qu'on ne les voudra plus donner, car elles sont toutes destinées pour les grands princes, dedans et dehors le royaume.»