11 juillet.—Je vous confirme ce que je vous ai dit à plusieurs fois: c'est qu'on ne peut pas faire naître les affaires, on ne peut que les découvrir.
S'il semble que pour quelque temps je ne serai pas fort utile, ayez un peu de patience; on verra les services que je pourrai rendre.
Je distinguerai les lettres que je vous écrirai en trois parties: l'une contiendra les nouvelles qui courent; l'autre, le jugement que je donnerai de l'état des choses; la troisième, qui sera en chiffre, portera les avis de conséquence, et cela une fois la semaine, et deux fois, si la matière le requiert.
Je vous ai mandé que Landrecies se prendra[69], que M. le prince ne fera que ravager la campagne; je vous confirme tout cela.
Je vous ai mandé que le cardinal de Retz, avec le jubilé, donne de la peine; mais cela ne réussira à rien et ne causera aucune altération publique; je vous confirme tout cela.
Le peuple souffrira tout plutôt que le trouble.
Le cardinal est mieux affermi que jamais. Le roi est amoureux de sa nièce: les amours s'échauffent; peut-être il l'épousera; il n'y a rien de certain en cela.
Les Espagnols ne contentent point, ni le prince de Condé, qui en est fort las. Si cette campagne lui réussit comme les précédentes, il s'accommodera avec le cardinal s'il peut. Souvenez-vous bien de cela; et que quand le prince s'accommodera, cela paraîtra tout d'un coup, et que le traité se fera en secret[70], dont cependant je pourrai avoir connaissance.
J'ai des nouvelles certaines que le maréchal de Grammont[71] a commencé une étroite correspondance avec M. le prince par ordre du cardinal.