[164]: Nous ne donnons pas ces lettres pour inédites, loin de là; nous prouverons en effet tout à l'heure qu'elles sont connues et ont été publiées bien avant l'époque où l'écrivain qui pensa les avoir découvertes commença leur réputation par quelques extraits qu'il en donna. Les originaux existent au département des Manuscrits de la bibliothèque impériale, dans un des quatorze portefeuilles que le docteur Valant, ami de madame de Sablé, avoit formés avec les lettres qu'elle lui laissoit recueillir parmi celles qu'on lui écrivoit chaque jour. Ces portefeuilles, auxquels la passion d'étude dont notre époque s'est prise à juste raison pour le XVIIe siècle a donné tant de prix, furent déposés par Valant à la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, où ils passèrent, pendant la Révolution, à la bibliothèque de la rue de Richelieu, où ils font partie du fonds appelé Résidu de Saint-Germain. Celui où se trouvent les huit lettres qui vont suivre porte le no 4. Dès l'année 1821, un très-ardent dépisteur de manuscrits et d'autographes curieux, J. Delort, mit la main sur le précieux paquet et le publia tout, en y joignant un facsimile, dans le tome I, p. 217-223, de son livre bizarre Mes Voyages aux environs de Paris. Personne ne seroit allé certainement les chercher dans ce coin, où, publiées, elles étoient moins en vue que, manuscrites et inédites, dans les portefeuilles de la bibliothèque impériale. C'est là que les retrouva M. Sainte-Beuve, pour qui, comme pour tout le monde, la découverte et la publication de Delort étaient non avenues. Plusieurs lettres de cette adorable paresseuse dont madame de Grignan disoit à sa mère: «Elle ne vous écriroit pas dix lignes en dix ans;» dont madame de Sévigné écrivoit: «Elle est fatiguée de dire bonjour et bonsoir;» et qui disoit elle-même: «C'est assez que d'être!» Des lettres de madame de La Fayette! quelle bonne fortune! M. Sainte-Beuve se hâta donc de copier, et de publier, avec quelques extraits des autres, la plus longue et la plus importante dans son article sur madame de La Fayette (Portrait, 1842, in-18, p. 71-73). Il ne manqua pas de dire, ce qu'il croyoit sincèrement, que le tout étoit inédit. M. Gérusez le pensa de même, et, reproduisant dans sa notice de madame de La Fayette et au tome IV du Plutarque français, p. 304, note, la lettre donnée par M. Sainte-Beuve, il eut soin de lui faire honneur de la découverte. Depuis est venu M. V. Cousin, avec son livre sur madame de Sablé, où les lettres avoient leur place tout naturellement marquée d'avance. Les citations faites par M. Sainte-Beuve le gênèrent. S'il eût su que la découverte et la première publication étoient de Delort dès 1821, il eût été plus à l'aise et ne se fût pas privé de la principale lettre, qu'il évita de peur d'avoir l'air d'emprunter quelque chose à M. Sainte-Beuve. Il crut se dédommager en publiant quelques-unes de celles que le fin critique n'avoit pas complétement reproduites, ou qu'il avoit simplement effleurées. Il les donna comme inédites, bien que Delort les eût aussi publiées. Aujourd'hui nous donnons à notre tour tout le paquet. On y trouvera les lettres citées par M. Sainte-Beuve, celles aussi qu'a citées M. Cousin, et de plus celles que Delort seul a reproduites. Comme lui, nous les transcrirons toutes avec la véritable orthographe de madame de La Fayette, à laquelle MM. Sainte-Beuve et Cousin ont substitué la leur.
[165]: Cette lettre, dont nous ne savons pas la date, n'a été reproduite ni par M. Cousin ni par M. Sainte-Beuve.
[166]: Elle y alloit souvent passer ainsi des quinzaines, «pour être, dit madame de Sévigné, comme suspendue entre le ciel et la terre.» En 1672, c'est à Fleury-sous-Meudon qu'elle se retiroit, sans doute dans la maison qui, depuis, appartint à Panckoucke.
[167]: Chez madame de Sablé, même lorsqu'elle fut dans sa retraite voisine de Port-Royal, à Paris, la cuisine étoit des plus fines. «Elle tenoit école de friandise,» dit M. Cousin, qui le prouve par quelques extraits des lettres de La Rochefoucauld, un des gourmets de cette table, un des élèves de madame de Sablé en l'art de la marmelade et des confitures. Madame de Sablé, 2e édit., p. 105.—Il sera parlé tout à l'heure des potages que La Rochefoucauld mangeoit chez Mme de Sablé. D'Andilly avoit donné à la marquise la recette d'un des plus délicats. On la trouve dans ses lettres manuscrites, à la Bibliothèque impériale, sous ce titre: Pour faire une écuellée de panade. M. P. Paris, dans son édition de Tallemant, t. III, p. 122, a reproduit cet échantillon de la gourmandise à Port-Royal.
[168]: Cette lettre, des plus importantes, a, je ne sais comment, échappé à M. Cousin et à M. Sainte-Beuve.
[169]: C'est-à-dire qui l'écrit. Cette fois, madame de La Fayette n'avoit pas écrit elle-même, elle avoit dicté, à qui? je ne sais, mais c'étoit assez souvent son habitude, et toute main alors lui étoit bonne.
[170]: Madame du Plessis-Guénégaud, chez laquelle madame de Sévigné, madame de La Fayette, Arnaud d'Andilly, etc., alloient souvent dans ce beau château de Fresnes, près de Meaux, illustré plus tard par Daguesseau. V. Lettre de Sévigné, 1er août 1667.
[171]: Elles étoient encore manuscrites. L'auteur les avoit communiquées à madame de Sablé, qui, à son tour, sans avoir l'air d'agir en son nom, les communiquoit à ceux ou à celles qui lui paraissoient le plus capables d'en juger. V. les Lettres de La Rochefoucauld dans l'édit. de ses Œuvres. Blaise, 1818, in-8o, p. 220 et suiv. «Mme de Sablé exigeoit, dit M. Cousin (p. 149), que l'on n'en tirât pas de copie et qu'on lui envoyât par écrit son opinion, puis elle montroit toutes ces lettres à La Rochefoucauld.» Que dut-il dire de celle-ci, où se trouve le jugement le plus violent qu'on ait certainement porté alors contre son livre, même dans le camp des femmes, dont les critiques sur ce point étoient pourtant unanimes, avec plus ou moins de vivacité dans la forme? M. Cousin, se faisant fort d'une phrase qu'on trouvera vers le milieu de la lettre suivante, décide, contre Aimé Martin, que madame de La Fayette, loin d'approuver le système de La Rochefoucauld, lui étoit absolument contraire, et déclare que, par conséquent, les notes, presque toujours admiratives, qu'on trouve aux marges d'un exemplaire qui appartint à M. de Cayrol, ne peuvent avoir été écrites par elle. (Madame de Sablé, 2e édit., p. 174.) Si, après ce que dit l'éloquent écrivain, le doute pouvoit être encore permis, il tomberoit devant la lettre reproduite ici, et qu'il est si regrettable que MM. Sainte-Beuve et Cousin n'aient pas connue. C'est la meilleure de leurs armes qu'ils ont laissée échapper.
[172]: M. de La Rochefoucauld étoit en effet, nous l'avons dit, très-friand des potages de Mme de Sablé, et de ses ragoûts. Sans cela même, pas de maximes! Il lui falloit un potage par paragraphe. «Voila, lui écrit-il un jour en lui envoyant son manuscrit, voilà tout ce que j'ai de maximes; mais, comme on ne fait rien pour rien, je vous demande un potage aux carottes, un ragoût de moutons, etc.»Ces potages gâtoient les affaires du moraliste, s'il faut en croire madame de La Fayette; mais quelles affaires? et près de qui? Affaires d'amour et près d'elle-même. Nous verrons tout à l'heure que la liaison s'engageoit alors entre madame de La Fayette et La Rochefoucauld. En dépit des potages et des maximes, elle fut bientôt nouée. Les maximes même, qui pouvoient la rompre, y servirent par les occasions de discussions qu'elles amenèrent entre l'auteur et sa spirituelle adversaire, entre le corrompu à convertir et l'aimable prêcheuse: «C'est, dit fort bien M. Sainte-Beuve, c'est cette idée de corruption générale qu'elle s'attacha à combattre en M. de La Rochefoucauld, et qu'elle rectifia. Le désir d'éclairer et d'adoucir ce noble esprit fut sans doute un appât de raison et de bienfaisance pour elle, aux abords de la liaison étroite.»
[173]: Cette lettre a été publiée tout entière par M. Cousin, La Marquise de Sablé, 2e édit., p. 173. M. Sainte-Beuve, Portrait, 1842, in-18, p. 75, n'en a donné que la première moitié.