[184]: C'est cette lettre que M. Sainte-Beuve trouve si curieuse, comme fixant l'époque où la liaison de M. de La Rochefoucauld et de madame de La Fayette dut s'engager, à bas bruit, avec ces demi-soins qui s'efforcent de tenir encore à l'écart l'indiscrétion et de dépister les clairvoyants.

[185]: Fils de madame de Longueville, né le 29 janvier 1649, à l'hôtel de ville, et qui avoit pour cela le nom de Paris dans ses prénoms. Il fut tué au passage du Rhin en 1672. A l'époque où fut écrite cette lettre, il ne pouvoit, d'après ce que dit de lui madame de La Fayette, avoir moins de seize ou dix-sept ans, ce qui nous amène à l'année 1665, date admise par M. Sainte-Beuve, et qui correspond à celle où furent publiées les Maximes.

[186]: On devine qu'il s'agit de La Rochefoucauld.

[187]: Madame de La Fayette tient à son idée sur le peu de sérieux des Maximes (V. le billet no 2). Maintenant surtout qu'il y a pour elle intérêt de cœur à ce que M. de La Rochefoucauld ne puisse être accusé de sécheresse d'âme, elle cherche a faire croire et à se persuader que les Maximes, dont cette sécheresse railleuse et sceptique est le principal défaut, ne sont qu'une plaisanterie.

[188]: M. Sainte-Beuve a fort bien remarqué que ces mots charmants répondent exactement à cette pensée de la princesse de Clèves: «Madame de Clèves, qui étoit dans cet âge où l'on ne croit pas qu'une femme puisse être aimée quand elle a passé vingt-cinq ans, regardoit avec un extrême étonnement l'attachement que le roi avoit pour cette duchesse de Valentinoy.» Cette idée-là, dit M. Sainte-Beuve, «étoit, comme on voit, familière à madame de La Fayette. Elle craignoit surtout de paroître inspirer la passion a cet âge où d'autres l'affectent. Sa raison délicate devenoit une dernière pudeur. Elle n'avoit que trente-deux ans alors, La Rochefoucauld en avoit cinquante-deux.»

[189]: Elle n'ose plus écrire le nom tout entier. C'est une nuance infinitésimale qui n'a pas été conservée dans la transcription de M. Sainte-Beuve, ce qui nous étonne de sa rare délicatesse.

[190]: Cette pièce, qui est on ne peut plus rare, a soulevé pour nous des questions fort curieuses et fort délicates. Elle figure, ainsi que Le Poëte courtisan, qui est à la suite, dans les Œuvres de Joachim du Bellay. Le recueil de ce poëte publié en 1560, in-4o, par Frédéric Morel, sous ce titre: La Monomachie de Goliath, ensemble plusieurs autres œuvres poétiques de Joachim du Bellay, Angevin, la reproduit, p. 41 et suiv.; elle se trouve aussi dans l'édit. de 1574, in-8o, 1re part., p. 288, mais cette fois avec une mention qui manquoit dans l'édition précédente: Traduction d'une épistre latine sur un nouveau moyen de faire son proufit des lettres. De qui est cette épître latine? C'est ce que nous n'avons pu découvrir. Quel est, d'un autre côté, le véritable auteur de la traduction? Est-ce du Bellay, dont les œuvres s'en enrichirent? Est-ce Quintil du Tronssay, dont le nom figure ici sur la première publication qui en ait été faite? C'est ce que nous n'avons pu savoir davantage. L'opinion, la plus probable, à laquelle nous nous sommes arrêtés, c'est que J. Quintil du Tronssay et Joachim du Bellay ne font qu'un même personnage. Du Bellay est le nom, Quintil du Tronssay serait le pseudonyme. Ce ne peut être en effet autre chose; nulle part ce nom ne se retrouve. Nous connaissons bien à la même époque un du Tronchet et un du Tronchay (V. l'abbé Goujet, t. XI, p. 135; XII, 115, 299); mais l'un s'appelle Bonaventure et l'autre Georges, ce qui exclut l'initiale J. Quant à Quintil, c'est un nom cicéronien de fantaisie, que tout le monde pouvoit endosser, mais que du Bellay plus que personne avait intérêt à prendre; voici pourquoi. En 1551, le Parisien Charles Fontaine avoit écrit contre La Défense et illustration de la langue françoise, publiée l'année précédente par du Bellay, une critique assez plate, mais souvent juste, intitulée d'abord Quintil horatian, puis Quintil censeur quand on la réimprima, en 1574, à la suite de l'Art poétique françois de Sibilet. Du Bellay ne répondit pas; mais ayant, quelques années après, donné de l'épître latine sur La Manière de faire son profit des lettres, la traduction en rimes françoises reproduite ici, et dont plus d'un trait va droit à Charles Fontaine, il aura cru bon de prendre le pseudonyme de Quintil, consacré par Fontaine lui-même, et de le combattre ainsi sous son propre pavillon. Ce procédé n'étoit pas contraire aux habitudes de du Bellay. Dans son premier recueil, daté d'octobre 1549, il avoit emprunté à Ronsard sa manière, comme ici à Fontaine son pseudonyme, et il en étoit résulté entre Ronsard et lui un petit différend fort bien raconté par M. Sainte-Beuve, d'après Bayle, Cl. Binet et Guillaume Colletet. (Tableau historique et critique de la poésie françoise au XVIe siècle, 1843, in-18, p. 338.)—Il ne faut pas s'étonner que du Bellay ait joint à son sobriquet latin un autre, pseudonyme poitevin, et qu'il ait fait imprimer à Poitiers cette première édition de deux de ses meilleures œuvres. Le Poitou fut autant qu'Angers où il naquit, et Paris ou il mourut, la patrie de sa muse. Peut-être y possédoit-il un bien, fief ou métairie portant ce nom de Tronssay, dont il se fait ici une signature. Une chose plus certaine, c'est qu'il alla souvent à Poitiers. Il en revenoit un jour de l'année 1548, lorsqu'il rencontra dans une hôtellerie Ronsard, qui, dès lors, lui fut lié d'amitié. Il y eut toujours des amis. G. Aubert, qui recueillit ses œuvres, étoit de Poitiers.—Nous ne reviendrons pas sur l'auteur de l'épître latine, dont la première de nos deux pièces n'est que la traduction. Peut-être est-ce du Bellay lui-même, qui fut en latin aussi bon poëte qu'en françois. Il se pourroit toutefois qu'il eût traduit le latin d'un autre. Il ne trouvoit pas cette tâche au-dessous de lui. Ses Courtisanes repenties et contre repenties sont traduites du latin de son ami le Tolosain P. Gilbert, sur lequel on peut lire une note excellente de M. de Montaiglon. (Huit sonnets de Joachim du Bellay, 1849, in-8o, p. 17-19.) J. du Bellay survécut bien peu de temps à la publication des deux pièces données ici. Il mourut le 1er janvier 1560, frappé d'apoplexie, quoiqu'il n'eût que trente-cinq ans: «Ceux, lisons-nous dans la traduction du Théâtre universel de Jehan Bodin, par François de Fougerolles, p. 885-886, seul livre où se trouve ce détail que personne n'y avoit encore repris; ceux qui sont sujets à l'ébullition de sang, avec inflammation du cerveau, sont en danger d'être suffoqués, en la pleine lune, par la force des esprits qui le dilatent jusques à crever, comme il arriva à Joachim du Bellay, poëte de mon temps, lorsqu'il s'en retournoit en sa maison, venant de souper.»

[191]: Il veut dire retaillats, épithète ordinaire accolée alors au nom des Juifs convertis. «C'est, dit Laurent Joubert, c'est un Juif ou un Turc qui a quitté sa religion, que les siens nomment depuis retaillat, comme nous disons révolté; mais c'est en autre sens et pour autre occasion. Quand on le tailla premièrement, quand on le circoncit, et depuis on le retaille pour couvrir le prépuce.» Les Erreurs populaires, 1585, in-8o, 2e part., p. 157.

[192]: De rana, grenouille. Le nom de rainette en est venu pour certaine espèce de pommes, vertes comme la petite grenouille d'arbre, que l'on continue d'appeler aussi rainette. La rue Chantereine, à Paris, se nomme ainsi d'après une étymologie pareille. Elle remplace un marais où coassaient les grenouilles ou raines. Qui dit Chantereine veut dire Chantegrenouille.

[193]: Tout ce passage va droit à Charles Fontaine, fils de marchand, qui entreprit le voyage d'Italie pour faire sa cour à Renée de Ferrare, et qui en rapporta, en même temps qu'une grande admiration pour ce qu'on y écrivoit, un grand mépris pour notre littérature nationale, pour la françoise Minerve, comme il est dit ici. Du Bellay devoit d'autant plus s'indigner de ce mépris de Fontaine pour nos muses françoises, qu'il avoit surtout éclaté dans le Quintil horatian, dont le but étoit la critique de sa Défense et illustration de la langue françoise. Au sujet du voyage de Fontaine en Italie, dont font foi plusieurs de ses élégies et de ses épigrammes, on peut consulter la Bibliothèque françoise de l'abbé Goujet, t. XI, p. 120-121.