[222]: Emile Ferret, ou Ferretti, de Castel Franco, qui, après avoir été secrétaire de Léon X, enseigna le droit aux écoles de Valence et d'Avignon, où il mourut le 14 juillet 1552, avec le titre de conseiller au Parlement de Paris, que lui avoit conféré François Ier. On a de lui Juridica opera, 1598, in-4.
[223]: Pour résumer mon sentiment sur les dures études du XVIe siècle, et ajouter quelques faits à ceux qui précèdent, je ne puis m'empêcher de citer quelques lignes d'un discours prononcé par H. Rigault à la distribution des prix du Lycée Louis-le-Grand en 1854, et recueilli dans ses Œuvres complètes: «Et, dit-il après avoir décrit l'horrible vie du collége Montaigu, et sa rude discipline, et cependant eu ces jours terribles, on voyait accourir en foule une jeunesse prête à tout souffrir, la faim, le froid et les coups, pour avoir le droit d'étudier. Un pauvre enfant qui devait un jour devenir principal de Montaigu, Jean Stondonck, venait à pied de Malines à Paris pour être admis à cette sévère école, travaillait le jour sans relâche, et la nuit, montait dans un clocher pour y travailler encore aux rayons gratuits de la lune. C'était le temps héroïque des études classiques, le temps ou Ronsard et Baïf, couchant dans la même chambre, se levaient l'un après l'autre, minuit déjà sonné, et, comme le dit un vieux biographe, Jean Daurat, se passaient la chandelle pour étudier le grec, sans laisser refroidir la place. C'est le temps où Agrippa d'Aubigné savait quatre langues et traduisait le Criton de Platon «avant d'avoir vu tomber ses dents de lait». Aujourd'hui, les mœurs scolaires sont plus douces et les maîtres s'en applaudissent les premiers. La place du grand fouetteur Tempête est supprimée dans l'Université, et le délicat Erasme vanterait les bons lits et la bonne chère de la jeunesse moderne. Mais, ajoutait Rigault apostrophant directement les élèves, mais le savoir est-il aussi précoce? J'en connais beaucoup d'entre vous qui ne traduiraient pas le Criton, et qui ont pourtant leurs dents de sagesse.»
[224]: Rollin, après avoir transcrit dans le Traité des études la première partie du morceau qui précède, dit en note: «Le même manuscrit rapporte une belle action de M. de Mesmes, qui refusa une place considérable que le roi lui offroit, et par ce généreux refus la conserva à celui qui l'avoit occupée jusque là.» Le récit de cette belle action se trouve dans le fragment qui suit.
[225]: Cette pièce, qu'on range parmi les mazarinades à cause de sa date et de son format, est on ne peut plus rare. (C. Moreau, Bibliogr. des mazarin., t. II, p. 105.) M. Brunet, qui l'avoit omise dans les deux premières éditions de son Manuel, ne l'a pas oubliée dans la troisième. V. t. II, 2e partie, p. 1230. Il l'avoit connue par l'excellent livre de M. Ed Frère, Manuel du bibliographe normand, t. I, p. 462.—L'auteur, David Ferrand, est le même à qui l'on doit la Muse normande, recueil en patois normand, dont les 28 parties sont si difficiles à réunir. V. un article de M. Rathery, dans l'Athenæum du 12 fév. 1853, et un autre de M. C. Moreau, dans le Bulletin du Bibliophile, janv. 1862, p. 811. David Ferrand s'y distingue comme homme d'esprit original, mais non comme imprimeur. Je ne sache rien de plus mal imprimé et sur plus affreux papier que cette Muse normande du lettré typographe de Rouen. La pièce reproduite ici n'est pas la seule qu'il ait composée en françois, mais je ne lui en connois point d'autre imprimée à Paris. Elle suivit sans doute de près la mort de Charles Ier, dont elle est la complainte. Il fut exécuté, comme on sait, le 9 février 1649. Elle est un témoignage du grand trouble et de l'indignation que ce supplice jeta en France dans les esprits. Plusieurs autres écrits du temps font foi de la même préoccupation douloureuse, et sont empreints du même sentiment de vengeance. Dès le mois de février, le Banissement du mauvais riche, in-4o, contenoit des vers sur l'exécution du roi d'Angleterre. Le 18 mars, Renaudot écrivoit à Saint-Germain: La déplorable mort de Charles Ier, roi de la Grande-Bretagne; puis François Preuveray publioit: Les dernières paroles du roy d'Angleterre, avec ses adieux aux princes et princesses ses enfants, et aussi les Mémoires du feu roy de la Grande-Bretagne, écrits de sa propre main dans sa prison... traduit de l'anglois en nostre langue par le sieur de Marsys. 143 p. in-4o. G. Sassier faisoit paroître en même temps, en in-4o de 12 pages: Les justes soupirs et pitoyables regrets des bons Anglois sur la mort du très-auguste et très-redouté monarque Charles, roy de la Grande-Bretagne et d'Hibernie, etc. D'autres ne s'en tenoient pas aux lamentations, et, comme je l'ai dit, crioient vengeance. Ainsi, l'on vit paroître chez Arnould Cottinet: Exhortation de la Pucelle d'Orléans à tous les princes de la terre de faire une paix générale tous ensemble pour venger la mort du roi d'Angleterre par une guerre toute particulière. Un anonyme s'indignoit en latin, dans 4 pages in-4o que publièrent la veuve Pepingné et Étienne Maucroy: Diræ in Angliam, ob patratum scelus, 9 februarii 1649. Il demandoit qu'on fît la paix partout, afin de mieux faire la guerre aux deux peuples maudits: les Turcs et les Anglois. Un autre écrit du même genre, Relation véritable de la mort barbare et cruelle du roy d'Angleterre, se terminoit par un appel aux rois pour qu'ils ne missent pas de retard à venger leur frère de la Grande-Bretagne, et par cette apostrophe à la mer: «Et toi, Océan, qui couronnes cette île malheureuse, que ne vomis-tu tes eaux pour la bouleverser.» Quelques-uns tournoient la chose tout autrement, et faisoient de cette mort une menace pour le petit Louis XIV. Dans La France ruinée par les favoris, et dans la Lettre d'un fidèle François à la reine, on présage au roi le sort de Charles Stuart, et à sa mère celui de Marie de Médicis. Un autre plus sensé: Raisonnement sur les affaires présentes, et leur différence de celles d'Angleterre, établit judicieusement que la triste comparaison entre nos troubles et ceux de la Grande-Bretagne étoit absurde, puisque chez nous il ne s'agissoit guère que d'une question de finances et de tyrannie fiscale. Tout le monde s'émut, même les protestants, qui, craignant qu'on ne leur fît un crime de ce qu'avoient si cruellement osé les sectaires anglois, firent publier à Paris et à Rouen: Remontrance des ministres de la province de Londres adressée par eux au général Fairfax et à son conseil de guerre douze jours avant la mort du roy de la Grande-Bretagne. Ils vouloient prouver par cette publication que l'infamie de cette exécution n'étoit en rien imputable à la religion réformée, puisque ses ministres avoient été des premiers à réclamer contre la sentence.
[226]: La reine d'Angleterre, quinze jours après être accouchée d'une fille à Exeter, s'étoit embarquée pour la France, qu'elle ne devoit plus quitter: c'étoit au commencement de 1644. (Journ. d'Ol. d'Ormesson, t. I, p. 224.) Elle habita le vieux château de Saint-Germain, le Palais-Royal, puis le couvent de la Visitation, à Chaillot. (V. plus haut, p. [45], note.) La misère fut souvent grande pour elle et pour tous ceux qui l'avoient suivie. On en fit un crime à Mazarin; on alla même jusqu'à dire qu'il avoit par ses spoliations ajouté encore à la pénurie de ces Anglois réfugiés. La Mazarinade lui dit:
Va rendre compte au Vatican
De ta sincérité fardée.
Des Angloys qui n'ont point de pain,
Que tu laisses mourir de faim;
Et de leur reine désolée
De ses bagues par toi volées,
[227]: Ceci n'est-il pas une allusion à l'énergique mesure prise par Charles Ier lui-même contre les François, gentilshommes, chapelains, etc., qui composoient la maison de la reine à Londres, et dont les prétentions turbulentes avoient soulevé de grands mécontentements à la cour et à la ville? Le roi les réunit tous un soir et leur intima l'ordre de partir sur-le-champ; ce qui fut fait, et sans le moindre retard, car les voitures étoient prêtes. Afin que la reine ne fît rien pour s'opposer à ce départ de ses amis, le roi l'avoit traînée dans son appartement et l'y avoit enfermée. Sa colère, qui fut terrible, ne put heureusement se porter que contre les vitres, qu'elle brisa. Une lettre de M. Pory à M. Mead, conservée à la Bibliothèque Harléienne, manuscr. no 383, donne à ce sujet de curieux détails. La reine, au moment où ceci se passa, n'avoit pas moins de quatre cent quarante personnes attachées à sa maison, ce qui, suivant une lettre du temps, entraînoit une dépense de 240 livres sterling par jour. Revenue de sa colère, Henriette pria, supplia, et fit supplier par Bassompierre, qui étoit alors notre ambassadeur à Londres. Charles n'accorda rien. «Le roy, dit Bassompierre dans une lettre insérée au t. III de ses Ambassades, est si résolu à ne restablir aucun François auprès de la reyne sa femme, et a esté si rude à me parler lorsqu'il m'a donné audience, qu'il ne se peut davantage.» D'après une lettre de lord Dorchester à M. de Vic, l'un des agents de l'Angleterre à Paris, il paroîtroit que le roi refusa même un médecin françois à la reine, bien qu'il fût déjà arrivé à Londres avec l'autorisation de la reine-mère. Quoique tout cela se fût passé depuis bien longtemps, Henriette et ses amis renvoyés en France ne devoient pas l'avoir oublié, et leur rancune devoit être toujours vive contre ceux dont les criailleries avoient poussé le roi à cette extrémité. Il faut lire sur toute cette affaire un chapitre fort intéressant des Curiosities of litterature de d'Israëli; on en trouve une traduction dans l'Écho britannique du 10 janv. 1835, p. 47-53, sous ce titre: Histoire secrète du roi Charles Ier et de la reine Henriette de France.
[228]: Le 27 avril 1646, le roi étoit venu d'Oxford se confier à la loyauté des Écossois, campés à Kelham. Peu de jours après il étoit livré à Fairfax.