[352]: Thoiras, gouverneur pour le roi au pays d'Aunis, rendit alors de très-grands services. Il ne put s'opposer au débarquement des Anglois dans l'île de Ré, et perdit même un de ses frères dans le combat qui leur fut livré à la descente; mais, s'étant retiré dans le fort Louis, il y fit une si belle défense qu'il donna le temps à MM. de Schomberg et de Marillac de débarquer dans l'île six mille fantassins et trois cents chevaux, qui culbutèrent les Anglois et les forcèrent de repartir à toutes voiles pour l'Angleterre. «Sa Majesté, écrivit Richelieu le 9 nov. 1627, surlendemain de cette victoire, a receu en cette occasion ce qu'elle attendoit de la bonne conduite et du courage de M. le mareschal de Schomberg et des sieurs de Marillac et de Thoirax (sic), qui sortit de la citadelle avec six cents hommes du régiment de Champagne. Toute la noblesse y a si bien fait, qu'il est impossible d'en remarquer un seul aux actions duquel on puisse trouver à redire.» (Lettres de Richelieu, t. II, p. 707.)—Dans les Œuvres poétiques de Jean Auvray, 1631, p. 5, se trouve un sonnet sur la Descente des Anglois dans l'Isle de Ré, et sur leur fuite.
[353]: Pour savoir qu'on disoit happelourde pour pierrerie fausse, il suffit de se rappeler ces vers de La Fontaine:
Tout est fin diamant aux mains d'un habile homme,
Tout devient happelourde entre les mains d'un sot.
Plus tard, vers 1657, quand le sieur d'Arce se fut enrichi, dans l'enclos du Temple, à contrefaire d'une façon merveilleuse «les diamants, émeraudes, topazes et rubis, etc.» (Journal d'un Voy. à Paris en 1657, p. 45), on n'appela plus les fausses pierreries que diamants du Temple. (V. notre Paris démoli, p. 45.) Comme les marchands du Palais en vendoient aussi, on disoit encore bijoux du Palais. V. Œuvres de Montreuil, p. 165, 234.
[354]: J. de Ribault, qui fut envoyé dans la Floride par Coligny pour y fonder une colonie, et qui y fut massacré par les Espagnols. Ses voyages précédèrent de dix ans ceux de Drach.
[355]: Tout le monde sait que le duc de Clarence, frère d'Edouard IV, condamné a mort pour rébellion aux ordres de son frère, demanda qu'on le noyât dans un tonneau de Malvoisie. Ce fait est aujourd'hui contesté. V. L'Esprit dans l'histoire, p. 16.
[356]: Petite lame d'épée ou de dague. On lit dans les comptes royaux de 1458: «Pour une dague à deux taillants d'un pié et demi d'alumelle.» On saluoit avec l'alumelle dégaînée, et de là est venue une singulière erreur de l'auteur du Glossaire de l'Histoire de Paris. Ayant lu dans les registres du Parlement pour 1419: «Charles mist tantôt la main à son allumée, faisant semblant de saluer nostre dict cousin, etc.», il crut que Charles l'avoit salué du bonnet, et il mit en note: «allumée, bonnet.» (De Laborde, Glossaire des émaux, p. 126.)
[357]: Le grand ennemi des protestants, dont les nombreux écrits, plus empreints de fanatisme que de poésie, sont catalogués au long dans le tome 35, p. 286 et suiv., des Mémoires du P. Niceron. La Chamade en rime, citée ici, n'est pas indiquée dans ce catalogue, et comme elle est de beaucoup postérieure à l'année 1577, date au Désordre et scandale de France, que l'on croit être son dernier livre, elle permet de croire qu'il vécut beaucoup plus tard qu'on ne le suppose. V. encore, sur lui, l'abbé d'Artigny, Nouv. Mém. de Littérat., t. II, p. 49; Viollet Le Duc, Biblioth. poét., p. 262-264; et notre t. VI, p. 39.
[358]: Ces vers, dont l'intérêt n'échappera certainement à personne lorsqu'on les aura lus, et surtout lorsque l'on connaîtra le nom de leur auteur, n'ont été imprimés, si nous ne nous trompons, que dans la brochure à petit nombre publiée par M. Fréd. Chavannes, Notice sur un Manuscrit du XVIe siècle, appartenant à la Bibliothèque cantonale de Lausanne (Lausanne, 1844, in-8), et dans la Revue de Paris, du 28 avril 1844, P. 278-280, d'une façon même assez peu correcte. Ils sont extraits, ainsi que ceux de Clément Marot, dont le même numéro donnait des fragments, d'un manuscrit de la bibliothèque de Lausanne, formant 282 pages petit in-fol., et provenant de la succession du docteur Favre de Rolle, célèbre au dernier siècle par sa science et par ses hautes amitiés. Ce manuscrit ne porte aucune signature, mais on voit par certains détails qu'il dut être copié par un maître d'écriture qui vivoit à Genève au temps de Calvin. L'écriture est d'une assez belle gothique. Passons à la question la plus importante. Quelle est la Daulphine dont nous donnons ici l'épistre? Ce ne peut être que Catherine de Médicis. On en doute dans un article du Bulletin de l'Alliance des Arts, 10 mai 1844, p. 347; l'anonyme qui écrivit l'article de la Revue de Paris n'en est pas non plus très-sûr. Quant à nous, nous n'en doutons pas. Catherine de Médicis, c'est Brantôme qui l'assure, «disoit et parloit bon françois, encores qu'elle fût italienne. A ceux de sa nation pourtant, continue-t-il, ne parloit que bon françois souvent, tant elle honoroit la France et la langue.» Non-seulement elle savoit parler celui de la cour, mais aussi celui du peuple. «La Reyne mère, lisons-nous dans le Scaligerana (1667, in-12. p. 46-47), parloit aussi bien son goffe parisien qu'une revendeuse de la place Maubert, et l'on n'eust point dit qu'elle estoit italienne.» On sait par ses lettres qu'elle écrivoit fort bien en prose; pourquoi, amie de la poésie comme elle le fut toujours, n'eût-elle pas de même écrit fort bien en vers, surtout s'adressant à une muse, à la spirituelle Marguerite de Navarre, tante de son mari? L'auteur de l'article de la Revue se demande à quelle époque ces vers furent écrits, et penche pour l'année 1536. Ce seroit trop tôt, selon nous. Catherine n'avoit alors que dix-sept ans, il n'y avoit que trois années qu'elle étoit en France, et elle ne devoit pas, par conséquent, s'être encore rompue à toutes les finesses de notre langue. Je préfère pour date l'année 1543. Comme en 1536, le roi est absent de la cour avec ses deux fils, et Catherine, dont l'affection ne s'est pas attiédie, mais dont l'esprit mieux formé et le langage plus expert peuvent enfin traduire à l'aise la délicatesse de cette affection, est plus à même qu'à tout autre moment de sa vie d'écrire ces vers excellents, les meilleurs peut-être qui soient partis d'un cœur de princesse. Esprit et sincérité, ardeur et grâce, éloquence et naïveté, rien n'y manque de ces rares qualités dont la plupart semblaient si incompatibles avec son caractère.
[359]: De personne, d'âme qui vive.