Car en estant absent j'enduray plus de peyne,
Que present au milieu de ses plus grands effrois,
Voire qu'il me sembloit mon absence estre vayne,
Et que je supportois le faix de leurs abbois.

Je quittay donc pour lors la sylvestre demeure
Où les nymphes faisoient ordinaire sejour,
Pour venir dans Paris chercher à la mal'heure
Le sujet de donner à mes carmes le cours.

Je voulus delaisser les manoirs de plaisance,
Pour venir à Paris recevoir des douleurs;
Mais je n'y fus plus tost que je maudis la France,
Et deploray cent fois ses sinistres malheurs.

Il semble que le Ciel la destine à produire
Un tas de malheureux pour le jouet du sort;
Quy, ne cherchant sinon ce quy leur pourra nuire,
Reçoivent pour guerdon[127] une exemplaire mort.

Je n'allegueray point pour preuve de mon dire
Ce foudre des combats, cest ennemy de peur,
Quy, cherchant son meilleur, ne trouva que son pire,
Et mourut pour chercher aux enfers plus d'honneur[128].

Après que Thomiris eust de Cyrus la teste,
Elle l'a feit plonger dans un vaisseau de sang;
Et ce fier boutefeu[129], au milieu des tempestes,
Cherche pour s'assouvir avec Cyrus son rang.

Mais quoy? si le Ciel veut tant malhourer la France,
Ce n'est pas pour tollir aux hommes la raison:
Nous avons tous acquis avecque la naissance
Un sens pour refrener l'humaine passion.

La France n'en peut mez, c'est l'humaine nature
Quy fragile en ses faicts, ne se mesure pas,
Et si quelqu'un feut mal, c'est raison qu'il endure
Pour son crime commis un horrible trespas.

Il y a des mortels quy font les autres sages,
Car chacun ne peut pas suivre un mesme sentier:
Les uns naissent posez et les autres volages,
Mais le premier mechant rend sage le dernier.

La France se voyant, trop plongée aux delices
Pour avoir son support sur un Mars belliqueux,
Delaissoit la vertu pour se donner aux vices,
Mais ce Mars la corrige au bien de nos nepveux.